“ Votre argile agonise au souffle froid des ans ; La chair est une bête infirme, horrible, morte ; Le vieillard est un spectre ; - où l’âme vit ? - Qu’importe ! Les cheveux noirs sont morts et les dents ne sont plus, L’appétit est gisant dans l’estomac perclus, Les roses de la joue ont passé, le front ploie, Rien n’est resté vivant de ce corps plein de joie Qui faisait fête au monde et sonnait du clairon. Songeur, qu’est-ce que l’âme ? Une veuve Scarron. L’hymen royal l’attend dans le mystère sombre. Son trône est le tombeau. Sa grandeur est de l’ombre. ”
Victor Hugo
Résumé
Dernière Gerbe, poème de Victor Hugo, explore les thèmes de la mort, de l’âme et de la nature à travers des images puissantes : ombre, aube, gouffre, astre, oiseau, flamme. Ces vers, oscillant entre mélancolie et émerveillement, interpellent sur la brièveté de la vie et la recherche de l’infini.
Hugo mêle réflexions existentielles et paysages poétiques, invitant à contempler l’équilibre délicat entre l’humain et l’universel. La structure lyrique, ponctuée de métaphores, révèle une poursuite de la lumière au sein de l’obscurité.
Citations de Dernière Gerbe (Victor Hugo)
“ C’est le ciel que la tombe, aube obscure, reflète ; Le gouffre a pour barreaux les côtes du squelette ; On entend, comme ceux qui songent sur un bord, Bruire l’infini dans le vide du crâne ; Et le Dieu qui pardonne, et le Dieu qui condamne Luit dans les deux yeux de la mort. La clarté du cercueil, pour nous fils des désastres, O nuit sombre, est égale à la clarté des astres ; Comment devant les morts s’aveugler et nier ? Ce qui vécut est plein du mystère sublime ; L’immensité rayonne étoile dans l’abîme Et cadavre dans le charnier. ”
“ L’épanouissement, c’est la loi du Seigneur. Il a fait la beauté, l’amour et le bonheur, Il veut la fleur dans la broussaille. Son âme immense, à qui l’aube sert de clairon, Vibre à l’anxiété du moindre moucheron. Toute douleur en Dieu tressaille. Quand on lie un oiseau, Dieu souffre dans le nceud. Dieu, tout objet froissé vous touche et vous émeut Dans l’ombre où votre esprit repose ; Couché sur l’univers qu’emplit votre rayon, Vous sentez, vous aussi, dans la création, Le pli. ”
