“ Respecte mes peurs. L'âme a des bonheurs farouches; Elle veut voir s'ouvrir l'éden, et refuser. C'est assez d'un soupir et c'est trop d'un baiser. La pudeur, c'est de l'ombre, et l'amour s'en augmente. Ce que perd la maîtresse est gagné par l'amante; Oublions cette chair que tu nommes beauté. L'amour devient le ciel sitôt le corps ôté. Tu m'aimes, je t'adore. Eh bien! soyons fidèles, Purs, et contentons-nous d'un frémissement d'ailes. Mon coeur en plein mystère et ma vie en plein jour, Je fais ce chaste rêve. Oh! laisse mon amour Se dresser dans mon âme avec un front d'étoile! ”
Victor Hugo
Résumé
Toute la lyre, recueil poétique de Victor Hugo publié en 1866, explore des thèmes universels tels que l’amour, la mort, la nature et l’existentialisme, oscillant entre l’ombre et la lumière. À travers des vers lyriques et introspectifs, Hugo interroge l’âme humaine, la souffrance et la quête de sens, souvent en contraste avec l’obscurité.
Les citations mettent en évidence une tension entre l’idéalisme et la réalité, le désir de spiritualité et la confrontation aux limites de l’existence. Ce recueil, proche de Les Contemplations, révèle la profondeur philosophique et émotionnelle de l’auteur.
Citations de Toute la lyre (Victor Hugo)
“ L’homme, atome en leurs poings tordu, Lui montrent l’horreur souveraine, Et fassent, sans qu’il les comprenne, Des menaces à l’éperdu ! Il ne se peut que l’édifice Soit fait d’ombre et de surdité ; Il ne se peut que sacrifice, Héroïsme, effort, volonté, Il ne se peut que la sagesse, Que l’aube, éternelle largesse, La rose qui s’épanouit, Le droit, la raison, la justice, Tout, la foi, l’amour, aboutisse Au ricanement de la nuit ! Il ne se peut pas que j’invente Ce que Dieu n’aurait pas créé ! Quoi ! pas de but ! quoi ! l’épouvante ! Le vide ! le tombeau troué ! ”
“ pourquoi toujours regarder sous la terre, Interroger la tombe et chercher dans la nuit ? Et toujours écouter, penché sur une pierre, Comme espérant un bruit ? T’imagines-tu donc qué ceux que nous pleurâmes Sont là couchés sous l’herbe attentifs à nos pas ? Crois-tu donc que c’est là qu’on retrouve les âmes ? Songeur, ne sais-tu pas Que Dieu n’a pas voulu, lui qui règne et dispose, Que la flamme restât quand s’éteint le flambeau, Et que l’homme jamais pût mettre quelque chose, Hélas ! dans le tombeau ! Ne sais-tu pas que, l’âme une fois délivrée, Les fosses, dévorant les morts qu’on enfouit, ”
