André de Guerne, Le bois sacré (1898)
“ Et tu rêves, ô coeur, d'un amour pur et fort, Oublieux de la vie, oublieux de la mort, O mensonge ! oublieux du destin qui nous leurre ! L'homme doit se hâter déjà pour cueillir l'heure, Et tu veux que, de l'ombre au néant ballotté, Il mêle à son instant toute l'éternité ; lu veux que l'éphémère aime et s'enivre, efface De ses troubles regards l'aspect de l'autre face Qu'à l'humaine beauté façonne le tombeau, Et ne distingue pas sous l'effrayant lambeau Des amoureuses chairs, fraîches, roses, suaves, Le squelette futur et la tête aux yeux caves! ”
