André de Guerne

Résumé

André de Guerne Le bois sacré (1898)

Et tu rêves, ô coeur, d'un amour pur et fort, Oublieux de la vie, oublieux de la mort, O mensonge ! oublieux du destin qui nous leurre ! L'homme doit se hâter déjà pour cueillir l'heure, Et tu veux que, de l'ombre au néant ballotté, Il mêle à son instant toute l'éternité ; lu veux que l'éphémère aime et s'enivre, efface De ses troubles regards l'aspect de l'autre face Qu'à l'humaine beauté façonne le tombeau, Et ne distingue pas sous l'effrayant lambeau Des amoureuses chairs, fraîches, roses, suaves, Le squelette futur et la tête aux yeux caves!
Source : Gallica

André de Guerne Le bois sacré (1898)

O destin ! faut-il donc qu'un éternel mystère Réserve aux uns l'abîme, à d'autres les sommets, Et que sur ton écorce infâme, ô vieille terre! L'aube, égale pour tous, n'étincelle jamais?
Aux uns le jour serein comme aux autres la mine; Aux uns le blond froment ; le pain noir de charbon A ceux que l'ombre couvre et que le sort domine, O Nature ! et cela te paraît sage et bon !
Tu n'as jamais senti que l'oeuvre coutumière Est douce au laboureur dans l'aube et la clarté, Mais que l'irrémissible exil de la lumière Fait le travail coupable et le coeur révolté.
Source : Gallica

André de Guerne Le bois sacré (1898)

Qu'un spectre décharné, comme une ombre aperçu.
Et l'homme épouvanté, qui désespère et sonde
La vanité de tout et le néant du monde,
Maudit la nuit funèbre où sa mère a conçu.
Son âme froide et morne est un lac immobile ; Le souvenir glacé pèse à son coeur débile Comme au bras d'un vieillard le bouclier des forts. Lutteur toujours vaincu du cirque de la vie, Sans rêves, sans désirs, sans espoirs, il n'envie Que la paix immuable et le sommeil des morts.
Espère! l'aube luit qu'attend ton voeu suprême.
Regarde à l'horizon se lever, vague et blême,
Le jour de ton repos et de ta liberté.
Source : Gallica

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