Charles Florentin Loriot

Oriens (1895)

Résumé

Charles Florentin Loriot Oriens (1895)

Un temple peut parler, c'est un Dieu qui l'a dit: Parle donc, Saint-Etienne, et rends un témoignage A quelque saint mystère au vulgaire interdit.
Fais taire la voix rauque et le vain bavardage De la cité lugubre où l'homme s'étourdit, Tire de tes flancs creux les accents d'un autre âge, Le nôtre t'est docile et déjà t'applaudit...
J'écouterai, debout sur tes portes ouvertes, Les dalles que ta nuit antique a recouvertes Parler d'éternité, de mort, de jugement,
Du réveil lumineux ou sombre de la cendre... Mais, le temple me dit, tout bas, terriblement : Si je parlais!
Source : Gallica

Charles Florentin Loriot Oriens (1895)

Que l'égalité n'est qu'un songe?
Que nous seuls avons sans mensonge
Parlé de la fraternité ?
Il dit, et déjà l'on se rue Sur ces hommes que dans la rue, Attend le rire du moqueur. En dépit des lois méprisées, Devant les portes enfoncées, Un préfet dit : je suis vainqueur.
Nous périssons, ta barque sombre! Eternel Dieu qui dors dans l'ombre, Eveille-toi, nous périssons. Rassurez-vous, répond Dieu même, Que celui-là parte qui m'aime, Qu'il aille vers les nations !
Où vont la nue et le tonnerre, Où va l'onde, où va la lumière, Qu'il aille, expulsé radieux!
Source : Gallica

Charles Florentin Loriot Oriens (1895)

Nulle n'a si longtemps porté dans la cité Cette fragile fleur qu'on nomme la beauté.
Le monde aux fronts charmants n'ose parler de l'âge, Parce que de vieillir lui-même est attristé ; Sa réserve indiscrète et son lâche langage En l'estimant mortelle insulte à la beauté.
Le monde ne sait pas qu'elle est, sur le visage, L'éclat extérieur du coeur manifesté. Si le corps cède aux jours, le coeur à leur outrage Oppose, dédaigneux, son immortalité.
Vous marchez, belle et douce, à travers les années : Prenez donc en pitié les grâces tôt fanées D'une fleur qui brilla dans les soleils levants !
Source : Gallica

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