Raoul Lafagette

Résumé

Raoul Lafagette La Voix du soir... (1892)

Mon sage rêve aura la suprême folie De demander sa force à sa mélancolie, De rallumer l'espoir aux ténèbres du deuil, D'affirmer le salut devant l'étroit cercueil, De crier au tombeau : Tu n'es qu'une imposture ! Et, grand visionnaire enfui de la Nature, Échappant au destin d'un coup d'aile indompté, De prouver par la mort son immortalité ! Non, je ne mourrai pas, puisque la mort me navre: Mon voeu pour croire à l'ange atteste le cadavre; L'élu palpite au sein du douloureux martyr ; L'amour qui saigne ainsi ne peut s'anéantir !
Source : Gallica

Raoul Lafagette La Voix du soir... (1892)

Mais l'âme, plus vivante à l'heure où la paupière Se ferma, l'âme est loin de cette morne pierre, Dans la resplendissante éternité du Ciel... Affranchi par la mort, son être essentiel Embrasse l'univers, trône aux apothéoses : Ainsi le veut l'Amour, qui règle toutes choses, L'Amour, Dieu souverain plus fort que le trépas, L'Amour qui nous console et qui ne nous ment pas, L'Amour qui par mes deuils et mes rêves me crie : « La terre est ton exil et non point ta patrie! »
Arrachant ma pensée à l'horreur du tombeau, Ainsi je ne crois vrais que le Juste et le Beau
Source : Gallica

Raoul Lafagette La Voix du soir... (1892)

La mort est un départ et non pas une chute, Et pour te retrouver je marche dans le noir Eclairé par la foi de l'éternel revoir... Une si belle foi ne peut être déçue, L'horrible étape mène à l'ineffable issue Et le plus éprouvé surgit enfin vainqueur ; Ma croyance a jailli des tortures du coeur. Et toi, dont ma détresse est toujours occupée, A quelle décevante et lugubre épopée Tu t'es soustraite, ô France ! ô petit ange ailé! En t'envolant plus haut que le dôme étoile, Après une existence, hélas! pour moi si brève, Dans l'immuable Ciel que m'entr'ouvre le rêve!
Source : Gallica

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