“ Colère, haine, amour, pitié, désir, connaissance, joie, douleur, — ce ne sont là que des noms pour des conditions extrêmes ; les degrés plus pondérés, plus moyens nous échappent, plus encore les degrés inférieurs, sans cesse en jeu, et c’est pourtant eux qui tissent la toile de notre caractère et de notre destinée. ”
Non-être
Définition et enjeux
Le non-être désigne un concept philosophique central, définissable comme l'absence d'être ou un manque d'existence. Cette idée, essentiellement ontologique, a été abordée par de nombreux philosophes, chacun y trouvant une perspective différente. Parménide affirme que le non-être n’existe pas, car l'être, immobile et unique, ne peut être modifié. Héraclite, en revanche, le perçoit comme un état de mouvement incessant, flouant ainsi la limite entre être et non-être. Gorgias, dans son Traité du non-être, soutient que le non-être est plus réel que l'être, puisque l'existence ne peut être perçue ou exprimée.
Platon, dans le Parménide, propose que l'être comporte une part de non-être, tandis qu’Aristote le réduit à une simple négation de l'être. Saint Augustin, quant à lui, questionne le non-être du temps, et Pseudo-Denys l’associe à la transcendance divine. Le thème du non-être, présent tout au long de l’histoire de la philosophie, s’entrelace étroitement avec celui du néant, de l’existence et de la possibilité, soulignant ainsi sa place fondamentale dans la réflexion ontologique.
Citations sur “non-être”
“ Combien vous êtes avides de ces moments où votre passion vous confère un droit plein et absolu devant vous-mêmes, vous donne en quelque sorte l’innocence, de ces moments où, dans la lutte, l’ivresse, le courage, l’espoir, vous êtes en dehors de vous-mêmes et au-dessus de tous les doutes, où vous décrétez : « celui qui, comme nous, n’est pas en dehors de lui-même, ne peut pas savoir du tout ce qu’est la vérité, où est la vérité ! » ”
Édouard Ducret,
Paris canaille : moeurs contemporaines
(1883)
“ Qu'avait-elle donc fait pour être si malheureuse ? Pourquoi la vie était-elle ainsi organisée que les misérables, les gens sans coeur et sans foi torturaient impunément quiconque avait une âme et une conscience ? ”
George Sand,
Histoire de ma vie
“ Ton innocence même, la conscience de ta douceur et de ta probité, la sérénité de ton propre cœur, ne te seront pas un refuge contre la tristesse profonde qui t’enveloppe, si tu te sens vivre dans un milieu impur, sur une terre souillée, parmi des êtres sans foi ni loi, qui se dévorent les uns les autres, et chez qui le vice est bien autrement contagieux que la vertu. ”
Friedrich Nietzsche1880, Le Voyageur et son Ombre Opinions et Sentences mêlées…
“ Là il a appris à mépriser le présent et le prochain et la vie et lui-même — et nous, nous qui habitons les plaines plus lumineuses de la nature et de l’esprit, nous contractons encore, par héritage, en notre sang quelque chose de ce poison du mépris envers les choses prochaines. ”
Friedrich Nietzsche,
Par delà le bien et le mal
“ Plus tard, lorsque la jeune âme, meurtrie par mille désillusions, se trouve enfin pleine de soupçons contre elle-même, encore ardente et sauvage, même dans ses soupçons et ses remords, comme elle se mettra en colère contre elle-même, comme elle se déchirera avec impatience, comme elle se vengera de son long aveuglement, que l’on pourrait croire volontaire, tant elle s’acharne contre lui ! ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Brisez, brisez-moi de telles paroles qui sont des paroles de cœurs lâches et des demi-mesures ! 26. Ô mes frères ! où est le plus grand danger de tout avenir humain ? N’est-ce pas chez les bons et les justes ! — — chez ceux qui parlent et qui sentent dans leur cœur : « Nous savons déjà ce qui est bon et juste, nous le possédons aussi ; malheur à ceux qui veulent encore chercher sur ce domaine ! » Et quel que soit le mal que puissent faire les méchants : le mal que font les bons est le plus nuisible des maux ! ”
Friedrich Nietzsche,
Richard Wagner à Bayreuth
“ Aider à l’âme moderne, non à retrouver son innocence, mais à secouer le sentiment de sa culpabilité ! Excuser l’homme à ses propres yeux en l’amenant au silence forcé, à l’impossibilité d’entendre dans son for intérieur ! ”
Edouard Corbière,
Les trois pirates (2/2)
“ Qu'importe, vous dis-je! ce serait vivre, au moins, par des émotions qui nous rappelleraient au sentiment de l'existence, et c'est leur dédain et leur mépris qui nous tuent par l'ennui et le dégoût d'eux et de nous-mêmes. ”
“ Par une vertu sévère, par le sérieux du regard, par une méfiance acquise à l’égard des hommes et de l’existence, par des tours grossiers, par le mépris d’un genre de vie raffiné, par le pathos et les exigences, par une philosophie cynique, — oui il a même su devenir un caractère dans la conscience continuelle de ce qui lui manquait. ”
“ Et les poètes de cet état nouveau, si on leur laisse le temps de composer des œuvres, ne rêveront que du passé bienheureux et sans amour, du divin égoïsme, de la solitude qui jadis était encore possible sur la terre, de la tranquillité, de l’état d’antipathie, de haine, de mépris, et quels que soient les noms que l’on veuille donner à l’infamie de la chère animalité, où nous vivons. 148. Regard dans le lointain. — Si seules sont appelées morales, ainsi que le veut une définition, les actions que l’on fait à cause du prochain et rien qu’à cause du prochain, il n’y a pas d’actions morales ! ”
Friedrich Nietzsche,
Généalogie de la morale
(1887)
“ Faire sortir l’âme humaine de tous ses gonds, la plonger dans la terreur, la glace, l’ardeur et le ravissement, à un tel point qu’elle en oublie, comme par un coup de baguette magique, toutes les petites misères de son malaise, de son déplaisir et de son dégoût. Comment arriver à ce but ? et quelle voie est la plus sûre ?... Au fond toutes les grandes passions sont bonnes, pour peu qu’elles puissent se donner carrière brusquement, que ce soit la colère, la crainte, la volupté, la haine, l’espérance, le triomphe, le désespoir, ou la cruauté ”
Friedrich Nietzsche,
L’Antéchrist
“ Pour pouvoir dire non en réponse à tout ce qui représente le mouvement ascendant de la vie, à tout ce qui est bien né, la puissance, la beauté, l’affirmation de soi sur la terre, il fallut que l’instinct de ressentiment devenu génie, s’inventât un autre monde, d’où cette affirmation de la vie nous apparut comme le mal, la chose réprouvable en soi. ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Le soi créateur se créa l’estime et le mépris, et le la joie et la peine. Le corps créateur se créa l’esprit comme une main de sa volonté. Encore dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps. Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourne de la vie. ”
Jane de la Vaudère,
Les Demi-Sexes
(1897)
“ Derrière la fausse honte des illusions, du dévouement, de toutes les piétés sociales, derrière vos affiches de scepticisme et vos paradoxes féroces, il y a le dégoût de votre existence manquée, la crainte de l’avenir, le regret de mille petites choses puériles qui vous gonfle le cœur. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Que de places abandonnées par des êtres ou des choses qu’on ne reverra jamais ! Toi, tu as l’esprit gai ; ce sont les circonstances extérieures qui t’affligent. Tu ne sens pas ces nausées d’ennui qui vous font désirer la mort. ”
“ Écoute avec l’oreille de l’âme, et, du fond de ces cerveaux et de ces cœurs d’hommes, compte, si tu le peux, tous les désirs qui s’élèvent en vain. Analyse, si tu le peux, tous les ravages qu’y fait le désespoir et toutes les tortures qu’y exerce la déception incessante des aspirations légitimes de l’être humain. ”
Friedrich Nietzsche,
Généalogie de la morale
“ Comment lui échapper, à ce regard fatal qui vous laisse une profonde tristesse ? ce regard rentré des mal venus dès l’origine qui nous révèle le langage qu’un tel homme se tient à lui-même, — ce regard qui est un soupir. ”
Victor Hugo,
Les Contemplations
(1856)
“ Ils partent radieux ; et qu'ignorant l'envie, L'erreur, l'orgueil, le mal, la haine, la douleur, Tous ces êtres bénis s'envolent de la vie A l'âge où la prunelle innocente est en fleur ! Nous qui sommes démons ou qui sommes apôtres, Nous devons travailler, attendre, préparer ; Pensifs, nous expions pour nous-même ou pour d'autres; Notre chair doit saigner, nos yeux doivent pleurer. ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Mais toi-même — garde-toi de ta propre pitié ! Car il y en a beaucoup qui sont en route vers toi, beaucoup de ceux qui se noient et qui gèlent. — Je te mets aussi en garde contre moi-même. Tu as deviné ma meilleure et ma pire énigme, — qui j’étais et ce que j’ai fait. Je connais la cognée qui peut t’abattre. ”
“ Il y a dans ces relations la même moralité, la même honorabilité, la même arrière-pensée, le même relâchement, la même crainte, — il y a là tout votre moi aimable et haïssable ! Vos affaiblissements physiques prêteront aux choses des couleurs ternes, vos fièvres en feront des monstres ! Votre matin n’éclaire-t-il pas autrement les choses que votre soir ? Ne craignez-vous pas de retrouver dans la caverne de tout ce qui est la connaissance votre propre fantôme, filet où s’enveloppe la vérité pour se déguiser devant vous ? ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Ô hypocrites sensibles et lascifs ! Il vous manque l’innocence dans le désir : et c’est pourquoi vous calomniez le désir ! En vérité, vous n’aimez pas la terre comme des créateurs, des générateurs, joyeux de créer ! Où y a-t-il de l’innocence ? Là où il y a la volonté d’engendrer. Et celui qui veut créer au-dessus de lui-même, celui-là a pour moi la volonté la plus pure. Où y a-t-il de la beauté ? Là où il faut que je veuille de toute ma volonté ; où je veux aimer et disparaître, afin qu’une image ne reste pas seulement image. ”
“ Regarder et accueillir par contre les événements de la vie des autres, comme s’ils étaient les nôtres — la revendication d’une philosophie de la pitié —, cela nous ruinerait à fond, en très peu de temps ”
Friedrich Nietzsche,
Humain, trop humain
“ Alors la psychologie servait non seulement à suspecter tout ce qui est humain, mais à le calomnier, à le fouetter, à le crucifier : on voulait se trouver aussi pervers et méchant que possible, on recherchait l’inquiétude sur le salut de l’âme, la désespérance en sa propreforce. ”
Jules Lemaître,
Les Contemporains, 2ème Série
“ Se voir et se mépriser, haïr en soi le plus cher de sa vie, se sentir l'auteur des peines qu'on endure et entendre dire à ceux qui les voient du dehors: Quelle chose étrange de souffrir ainsi! Ne pouvoir étouffer cette voix maudite qui accuse d'ignorance et de mensonge ceux qui, séduits par les apparences de notre vie, nous aiment et nous estiment encore: y a-t-il quelque part un plus grand supplice? ”
Maurice Barrès,
Sous l’œil des barbares
“ J'existe, essence immuable et insaisissable, derrière ce corps, derrière ces pensées, derrière ces actes que vous me reprochez; je forme et déforme l'univers, et rien n'existe que je sois tenté d'adorer.Je me désintéresse de tout ce qui sort de moi. ”
Herbert George Wells,
Pages choisies
(1896)
“ Des appétits, des instincts, des désirs qui nuisent à l’humanité, un étrange réservoir caché qui éclate soudain et inonde l’individualité tout entière de la créature : de colère, de haine ou de crainte. ”
“ La main de ce mendiant tendue vers moi, me révèle la déchéance forcée de sa nature morale, et dans le mouvement de cet esclave qui s’agenouille, qui tremble, je découvre l’abaissement de son cœur. Comment la vie ne serait-elle pas respectable dans chacun de ses modes ? N’est-ce pas de la mystérieuse intimité de l’âme et du corps que résulte l’être humain ? ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Aline et Valcour
“ Oublie-tu la bassesse de ton existence, le peu de dignité de ta place, l’avilissement où te plongent tes vices, et tous les droits enfin que la vertu et la nature me donnent sur ton méprisable individu ? ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
(1891)
“ Celui-là seul ne ment pas qui parle contre sa conscience, mais surtout celui qui parle contre son inconscience. Et c’est ainsi que vous parlez de vous-mêmes dans vos relations et vous trompez le voisin sur vous-mêmes. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres de Goethe
“ Et quand nous sommes accourus, quand là-bas est devenu ici, c’est toujours après comme auparavant ; nous restons dans notre misère, dans notre sphère bornée, et notre âme soupire après le soulagement qui la fuit. ”
Friedrich Nietzsche,
Généalogie de la morale
(1887)
“ Prenez-y bien garde ! Ces êtres souterrains gonflés de vengeance et de haine — que font-ils de cette vengeance et de cette haine ? Avez-vous jamais entendu un pareil langage ? À n’en croire que leurs paroles, vous seriez-vous douté que vous vous trouviez au milieu de tous ces hommes du ressentiment ?... ”
Antonin Fabre, Fléchier orateur, 1672-1690, étude critique (1886)
“ Où trouvez-vous plus de sujet de vous désabuser du monde, que dans ce lieu, où le voyant de si près, malgré vos attachements, vous en éprouvez l'illusion, et bien souvent vous en ressentez l'amertume? ”
Georges Bernanos,
Sous le soleil de Satan
“ Ignorant, craintif, ridicule, lié à jamais par la contrainte d’une dévotion étroite, méfiante, renfermé en soi, sans contact avec les âmes, solitaire, d’intelligence et de cœur stériles, incapable de ces excès dans le bien, des magnifiques imprudences des grandes âmes, le moins héroïque des hommes. ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ La vengeance sur l’esprit et autres arrière-plans de la morale. — La morale, — où croyez-vous qu’elle puisse bien avoir ses avocats les plus dangereux et les plus rancuniers ? Voilà un homme manqué qui ne possède pas assez d’esprit pour pouvoir s’en réjouir et juste assez de culture pour le savoir. Ennuyé, dégoûté, il n’a que du mépris pour lui-même ”
“ Sois une fois ton propre accusateur et ton propre bourreau, prends ta souffrance comme une punition que tu t’es infligée à toi-même ! Jouis de ta supériorité en tant que juge ; mieux encore : jouis de ton bon plaisir, de ton arbitraire tyrannie ! Élève-toi au-dessus de ta vie, comme au-dessus de ta souffrance, regarde au fond des raisons et des déraisons ! ”
“ Tout ce que nous imaginons, pour nous tirer du spectacle constant de notre misère et des ennuis qu'engendre notre vie telle qu'elle est, tourne les esprits vers ce qui est plus ou moins défendu par la stricte morale. ”
Louis Dumur,
Pauline, ou la liberté de l'amour
“ Où en arrivons-nous alors? A l'indifférence, si nous ne sommes pas doués d'une trop vive impressionnabilité; à la rébellion, au crime, au martyre, si nous ne pouvons effacer en nous notre qualité d'êtres sensibles. ”
“ Sous cette forme masquée, en ce respect douteux, avec un mauvais cœur et un esprit souvent tourmenté, la contemplation a fait sa première apparition sur la terre, faible en même temps que terrible, méprisée en secret et couverte publiquement des marques d’un respect superstitieux ! ”
Cantiques de Noël (1876)
“ Je vois votre humanité Qui confond ma vanité ; Je ne puis jamais descendre, Vous venez pour me l'apprendre. Je vois, etc. Je vous coûte ces douleurs : Ces croix, ces soupirs, ces pleurs, C'est pour plaindre ma misère. Est-il un plus tendre père? Je vous coûte, etc. Songez donc, divin enfant, Que vous êtes triomphant ; A quoi bon verser des larmes? Tout l'enfer vous rend les armes. ”
Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
“ Ramenez, comme moi, la vertu égarée sur la terre — oui, ramenez-la vers le corps et vers la vie ; afin qu’elle donne un sens à la terre, un sens humain ! L’esprit et la vertu se sont égarés et mépris de mille façons différentes. Hélas ! dans notre corps habite maintenant encore cette folie et cette méprise : elles sont devenues corps et volonté ! ”
N Ebrard, Du suicide, considéré aux points de vue médical… (1870)
“ Ainsi donc, si le malheureux succombe à un accès de délire, d'ennui, de découragement, de désespoir ou de frivole fantaisie, n'importe quel aura été le mobile de son action: faiblesse, crime, folie, ou encore poussé par l'amour de ses semblables, aura-t-il donné sa vie librement et volontairement? ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ Si, vous autres partisans de cette religion, professez vraiment, à l’égard de vous-mêmes, un sentiment pareil à celui que vous avez à l’égard de votre prochain, si vous ne voulez pas garder sur vous-mêmes, pendant une heure, votre propre souffrance, prévenant toujours de loin tout malheur imaginable, si vous considérez en général la douleur et la misère comme mauvaises, haïssables, dignes d’être détruites, comme une tare de la vie, eh bien alors ! ”
