“ Ne serait-ce pas original, mon cher seigneur, de faire ce que nul prince n’a osé jusqu’à présent et, d’aller jusqu’au bout de votre charité ? — Et de me supprimer moi-même ? fit Hermann en souriant. — Oh ! non, pas tout de suite, répondit Frida avec ingénuité. Et, redevenue songeuse et comme attentive à une vision intérieure : — Après... je ne sais pas... — Cela vous est donc, tout à fait égal que je sois prince, Frida ? — Non, mon ami. Je suis heureuse, au contraire, que vous soyez puissant, que vous occupiez sur terre la place que les hommes envient et honorent le plus. ”
Jules Lemaître
Élements biographiques
Jules Lemaître (1853-1914), écrivain, critique dramatique et personnalité du nationalisme français sous la Troisième République, a marqué la littérature par ses analyses percutantes et ses œuvres diverses.
Auteur de critiques rassemblées dans Les Contemporains et de pièces telles que Le Député Leveau ou Le Mariage blanc, il combine réflexion esthétique et engagement politique. Élu à l’Académie française en 1895, son parcours, alliant théâtre, essais et militantisme, reflète une pensée à la fois intellectuelle et engagée.
Citations de Jules Lemaître
Jules Lemaître,
Les Contemporains, 3ème Série
“ Et c'est par là que le rôle de l'homme de guerre devient d'une incomparable grandeur. Il fait l'histoire non pas, comme le politique ou l'écrivain, par des préparations et influences éloignées; il fait l'histoire directement, sur place; il y met la main, sans métaphore. Ce qu'il taille dans de la chair, ce qu'il pétrit dans du sang, c'est la destinée d'un peuple. La guerre est l'action par excellence. Qu'est, auprès de celle-là, l'action du poète ou de l'artiste? Leur œuvre même dépend au fond de celle du soldat. ”
Jules Lemaître,
Revue des Deux Mondes
“ Mais être cette âme, cette fleur, ce parfum, il y en a un moyen plus sûr que de devenir un grand poète ou un grand artiste, ce qui ne dépend pas uniquement de nous ; un moyen moins orgueilleux, moins dangereux pour nous-mêmes, et moins aléatoire : c’est d’être bon, d’être aussi bon qu’on peut, et de l’être comme on le peut toujours. Et ainsi Jean reviendrait, non pas à son ancien apostolat, — qui fut théâtral et vain et qui le maintenait trop distant de ceux qu’il catéchisait, — mais à ce qui en dut être l’esprit, autrefois mal connu de lui-même. ”
