“ Puis, le jeune héros dépose ses lauriers aux pieds de la reine Cléophile et lui demande son cœur en échange. Et Cléophile, coquette, feint de se dérober : Je crains que, satisfait d’avoir conquis un cœur, Vous ne l’abandonniez à sa triste langueur ; Qu’insensible à l’ardeur que vous avez causée, Votre âme ne dédaigne une conquête aisée. On attend peu d’amour d’un héros tel que vous. La gloire fit toujours vos transports les plus doux, Et peut-être, au moment que ce grand cœur soupire, La gloire de me vaincre est tout ce qu’il désire. ”
Jules Lemaître
Résumé
Jules Lemaître consacre une étude approfondie à l’œuvre de Jean Racine, examinant ses tragédies telles que Phèdre ou Andromaque, caractérisées par un amour intense, une tension dramatique et des influences jansénistes.
L’auteur met en évidence la subtilité de la psychologie des personnages, l’harmonie entre la raison et les émotions, ainsi que la rivalité avec Corneille. Ce texte, publié dans un contexte littéraire dominé par le classicisme, révèle la complexité des héros et la lutte entre le désir et la moralité, illustrée par des citations fortes.
Citations de Jean Racine (Jules Lemaître)
“ Mais il est certain que son amour répond assez à l’idée que nous nous faisons de l’amour d’une sultane, d’une femme de harem, d’une personne sensuelle, grasse, aux paupières lourdes, aux lèvres rouges, désœuvrée et totalement dépourvue tendresse, de mièvrerie et d’idéalisme. C’est un amour charnel et furieux, que le danger excite, et qui se tourne en cruauté quand ce qu’il désire lui échappe. Elle adore Bajazet avant de lui avoir jamais parlé : vous pensez donc bien que ce n’est pas de son âme qu’elle est éprise. Les sentiments de Roxane sont simples ; elle est naïve et terrible. ”
“ Aux gestes présents d’Agrippine s’ajoute toute une perspective d’ignominies dans le passé ; à ceux de Néron toute une perspective de forfaits dans l’avenir. Par un procédé où excelle ce génie, si fort sous une forme qui se contient, il nous fait entendre plus d’horreurs encore qu’il n’en exprime. Chaque scène s’amplifie dans notre esprit, et de toutes les horreurs qu’elle rappelle, et de toutes celles qu’elle présage. Le drame est tout en scènes familières, presque de comédie, n’était l’image de la mort partout aperçue et l’attente du dénouement sanglant. ”
