“ S’approchant du fils de Claudius : Novator, dit elle à voix basse, encore une œuvre de Néron ! — Ne t’abuses pas, Délia, dit-il en frémissant, l’imprudence ou le hasard... — Crois moi, reprit-elle, hier je l’ai su par Fénius, Néron, du haut de son palais, contemplait Rome de ce regard fauve dont il marque ceux qui doivent mourir, et il a dit : Je ne suis pas logé en homme. Cet incendie, Novator, est un nouveau crime de Néron. — À ce moment, Sénèque, sombre et courbé moins par la vieillesse que par le chagrin, arriva, donnant le bras à sa femme Pauline. ”
André Léo
Résumé
Revue sociale, œuvre d’André Léo, plonge le lecteur dans les tourments de l’Empire romain sous le règne de Néron, un tyran rongé par l’ambition et la cruauté. À travers les dialogues tendus entre Novator, un jeune sénateur idéaliste, et les figures historiques de Sénèque ou Claudius, l’auteur dénonce la décadence morale, les persécutions des chrétiens et la petitesse des élites.
Les thèmes de la justice, de la fraternité et de la résistance face à l’horreur traversent cette œuvre, où le cirque et les crimes de l’État s’opposent à l’espérance d’une société renouvelée. L’œuvre, inspirée par les récits de l’Antiquité, s’inscrit dans une tradition critique de la société, comme en témoignent ses similitudes avec Une chrétienne et Néron.
Citations de Revue sociale (André Léo)
“ Tu m’as suivi au temple des Chrétiens, Délia ; est-il une religion plus belle et plus pure ? Au milieu de ce monde criminel, dont les vices t’épouvantent, elle est le phare du salut. — Que sais-je ? répondit-elle. Le respect des règles établies n’est-il pas notre religion, à nous autres femmes ? Notre esprit ne fut point enseigné à réfléchir. Ce qu’on m’a dit être juste et nécessaire, en m’imputant à crime le doute, puis-je sans frémir te le voir combattre ! — Ô Délia, si je pouvais te convaincre ! tu serais mon épouse dans le ciel. — Je veux t’aimer sur cette terre, Novator. ”
“ Quel est ton secret pour nous sauver, Novator ! — La justice, dit-il. Ami, écoute en ton cœur mes paroles. Sous le règne de l’injustice ou du mal, le bien, détruit en germe, ne peut fructifier. De même que la dureté du maître engendre la haine de l’esclave, de même de mauvaises lois enfantent de mauvais citoyens. L’arbitraire qui insulte continuellement à la dignité humaine, l’ébranle, puis l’abat et enfin la détruit. Rien n’est plus fécond que le mal. Un seul en produit mille, et quand les règles éternelles de la justice sont méconnues par les lois des États, l’homme, ayant perdu bornes. ”
