“ Tu m’as suivi au temple des Chrétiens, Délia ; est-il une religion plus belle et plus pure ? Au milieu de ce monde criminel, dont les vices t’épouvantent, elle est le phare du salut. — Que sais-je ? répondit-elle. Le respect des règles établies n’est-il pas notre religion, à nous autres femmes ? Notre esprit ne fut point enseigné à réfléchir. Ce qu’on m’a dit être juste et nécessaire, en m’imputant à crime le doute, puis-je sans frémir te le voir combattre ! — Ô Délia, si je pouvais te convaincre ! tu serais mon épouse dans le ciel. — Je veux t’aimer sur cette terre, Novator. ”
Délia
Définition et enjeux
Citations sur “Délia”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Comme à un vrai poète antique, il suffit à Tibulle d’un seul trait pour nous montrer la beauté du visage de Délia, ses bras souples et nerveux et sa blonde chevelure ; mais c’est moins un portrait qu’une légère vision aussi vite évanouie qu’évoquée. Délia n’est rien moins qu’une créature unique de son espèce, une sorte de déesse descendue des hauteurs de l’olympe, à laquelle aucune mortelle ne saurait être comparée sans impiété. ”
Various, L'Illustration, No. 0016, 17 Juin 1843
“ Il y eut alors une scène touchante, où le jeune homme, un instant égaré, sentit renaître tout son amour, et trouva, pour exprimer ses regrets et sa passion, des paroles qui allèrent à l'âme de Délia. Les jeunes coeurs ont de ses retours soudains et puissants qui dissipent les vaines fumées de l'ambition, et qui se jouent des plus grands sacrifices.«Vous allez voir si je vous aime, dit Florival à Délia. J'aperçois le baron Pépinster; je vais l'amener dans ce pavillon; il y a un cabinet où vous vous cacherez pour m'entendre, et puis vous déciderez, de mon sort.» ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Délia fut une de ces créatures inconscientes que le monde appelle légères, et qui sont simplement de belles formes animées, comme un arbre au feuillage gracieux, comme un élégant animal aux grands yeux sombres et doux. Il faudrait être bien frivole ou bien égoïste pour en vouloir à ces êtres charmans du mal qu’ils ont pu nous faire. ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ « O mort, noire mort, je t’en supplie, retiens tes mains avides ! Je n’ai point de mère ici pour recueillir dans son sein mes ossemens brûlés, point de sœur pour verser sur ma cendre des parfums de Syrie, pour pleurer, les cheveux épars, devant mon tombeau. » Puis il songe à Délia. Avant son départ, elle avait consulté tous les dieux. En vain les sorciers du Cirque, les oracles ambulans du Forum, les devins de carrefour, toute la tribu nomade des Chaldéens et des Égyptiens, lui assuraient qu’elle reverrait Tibulle. Elle pleurait, la pauvre Délia, et maudissait ces courses lointaines. ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Bien qu’au milieu de ses langueurs maladives le poète cherche à dissiper sa tristesse en évoquant de riantes visions d’amour, bien qu’il se laisse aller à peindre en un ravissant tableau d’intérieur la scène de son retour dans la maison de Délia, un soupçon jaloux le mord au cœur, et il envoie dans son enfer quiconque a violé ses amours et désire qu’il reste longtemps dans les camps; mais il se rassérène bientôt. Le sentiment des basses réalités l’abandonne; d’un puissant coup d’aile, son génie l’emporte loin de ce monde. ”
Jean-Baptiste-Alexis Durand,
Quatre promenades historiques et pittoresques dans la forêt de Fontainebleau…
(1851)
“ Là, son âme ardente, exaltée par la passion et l'infortune, s'égarait dans de mystiques visions; et le délire donnant à ses rêveries toutes les apparences de la réalité, il voyait Délia dans les nuages, et ne cessait de parler à cette amanie adorée. Il adjurait le ciel, les esprits de l'air de lui rendre sa douce compagne. La nuit se passait dans ces divagations plaintives, et jamais il ne quittait ces lieux avant la naissance jour. Il passa près d'une année dans de pareilles occupations. La moitié de la vie est en proie à des soages ! ”
Georges Steff, L'opale au charme mortel (1938)
“ Les brahmanes tombèrent la face contre terre. Seule, Délia resta debout : — Prends garde, Liamoura. Un nouveau mensonge te perdra à jamais. C'est moi qui ai attiré la Française... — Est-ce toi qui ira l'offrir en sacrifice à ma rivale? Si c'est toi, va, pénètre dans le temple. — Tu connaitrais le secret? — La Déesse a parlé à son incarnation. Elle lui a montré le chemin. Si tu ne me crois pas, va toi-même... Délia reculait, effrayée : — Le Français a connu aussi le secret? — Il le fallait, pour que la victime qui me donnera la victoire sur ma rivale se livre à moi... ”
George Sand,
La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast…
“ J’ai juré d’être ta maîtresse, c’est bien assez, sans devenir ton esclave. ANGELO. Tu me hais ? DELIA. Je te haïrai si tu me contraries davantage. ANGELO. Prends patience, demain j’aurai une litière et des serviteurs pour te reconduire à la ville. Viens seulement jusqu’à l’ermitage de la madone du Cèdre. DELIA. C’est un lieu saint. Ne crains-tu pas de le souiller par de profanes amours ? ANGELO. Je ne crains ni le Ciel ni les hommes. Je ne crois plus à rien. DELIA. C’est pour cela que tu me fais peur ! ANGELO. Si je te fais peur, tu ne songes qu’à m’échapper ; mais c’est en vain. ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ «Par Castor! ricane la vieille, elle se marie tous les jours. » Bien des affranchies ne pensaient point ainsi et préféraient marier leur fille. Elles-mêmes allaient avec leur enfant habiter la maison du mari. Voilà précisément comme Délia et sa mère nous apparaissent dans les poèmes de Tibulle. Nous savons d’une manière positive que ces deux femmes appartenaient à la classe des affranchies. Après comme avant son mariage. Délia n’attacha jamais ses blonds cheveux avec la vitta des matrones, jamais elle n’embarrassa ses pieds dans les plis de la « longue stola. » ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Jamais il n’a été jaloux du mari. Celui-ci tenait peu de place dans la maison, il s’effaçait à propos, et n’était mis en avant par la vieille mère que lorsqu’il s’agissait d’éloigner un amant importun ou ruiné. Nous avons eu la mère d’actrice ; les anciens avaient la mère d’affranchie et de courtisane. Dans les poèmes de Tibulle, la mère de Délia n’est appelée qu’une seule fois de son nom de « mère. » Selon que le poète est dans la joie ou dans la douleur, c’est une « bonne et douce vieille, attentive, précieuse comme l’or, » ou une « sorcière rapace, » et même une «entremetteuse. » ”
Jean-Baptiste-Alexis Durand,
Quatre promenades historiques et pittoresques dans la forêt de Fontainebleau…
(1851)
“ Délia ne peut plus t'entendre, et elle te vient dire par ma voix de prendre une autre amie. — Une autre amie, répliqua tristement le chevalier, que le tombeau s'ouvre pour moi plutôt que de manquer à mes promesses? — La mort de ton amante t'a délié de tes serments, et l'amour ne saurait vivre sans l'espérance: tu es libre et tu n'ignores pas qu'il faut à l'homme une compagne sur la terre. — Le souvenir de Délia suffit à mon existence. — Et si ton affection était nécessaire au bonheur d'une autre, pourrais-tu la lui refuser? la plongerais-tu dans la douleur? ”
Lucien Descaves,
La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore
“ Lorsque Sainte-Beuve, questionneur sournois, demanda au vieil acteur veuf quelques renseignements sur l’ancienne amie de sa femme, celui-ci fit répondre par son fils : « Délie, ou plutôt Délia jouait à l’Odéon, vers 1813, les premiers rôles. Talent passable, mais de grands yeux orientaux, un grand éclat, des traits réguliers, fort séduisante. Elle ne manquait pas d’esprit, ne médisait jamais, ne cherchait point à nuire à ses camarades ; enfin, elle avait un cœur excellent et facile ; jalouse pourtant. Voilà tout ce que mon père peut retrouver dans ses souvenirs. » ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ Pendant les douze longs mois qu’il avait passés loin d’elle, Délia, obsédée par sa mère, par son mari peut-être, céda sans résistance, se soumit, passive. Un amant plus riche possédait l’affranchie. Tibulle s’avoue qu’alors que Délia était sienne, il a follement agi en lui préférant « le butin et les armes [43] . » Qu’un autre triomphe des Ciliciens et revienne à Rome couvert d’or et d’argent; quant à lui, pourvu qu’il soit près de Délia, volontiers il attellerait lui-même ses bœufs, ferait paître son troupeau sur un mont solitaire. Malheureusement (qui le sait mieux que Tibulle?) ”
Les confessions délicates des véritables nymphes du Palais-Royal… (1820)
“ Vous jugez bien que j'y perdis cette grande innocence qui d'ailleurs causa ma ruine; j'appris ce que c'était qu'un homme, mais aucun d'eux ne sut plus avec moi ce que c'était qu'une vierge. Le nom de BRIOCHE me resta; mes compagnes savaient mes aventures, et cette idée d'Edouard leur parut si plaisante,qu'elles me baptisèrent aussitôt pour toujours de ce sobriquet. Le reste de ma vie galante n'est pas digne d'être raconté. La naïveté de Délia plut infiniment ; ce cachet de bonhomie et d'ignorance empreint dans tout son récit, divertir, beaucoup l'auditoire ”
Jules Soury,
Une étude de mœurs antiques. — La Délia de Tibulle
“ La vieillesse ou l’usure progressive des tissus organiques inaptes à renouveler les élémens de la vie est un état particulier à tout ce qui vit, à l’animal comme au végétal, un mode spécial de développement, un moment de l’être. Délia survécut à Tibulle. S’il fallait en croire Ovide [58] , elle aurait même assisté aux funérailles de son ancien amant avec la mère et la sœur du poète. Némésis, la triste héroïne des élégies du deuxième livre, serait venue, elle aussi, couvrir de larmes et de baisers le corps exposé sur le bûcher. ”
Eugène Sue,
Les Secrets de l'oreiller.... Tome 4
(1858)
“ Lorsqu'on lui annonça la 'visite de ce dernier, la duchesse délia Sorga était à sa toilette;.elle fut assez surprise de l'empressement qu'il témoignait de la voir, quoique cet empressement ne dépassât point les limites d'une stricte politesse. L'amour véritable passe soudain des plus noirs abattements aux plus éblouissantes illusions, puis retombe dans les ténèbres de la désespérance pour en sortir encore au plus léger rayon d'espoir. Ainsi, madame délia Sorga, d'abord étonnée de la prompte visite de son voisin, eut un instant cette enivrante pensée qu'un vague attrait le conduisait chez elle ”
J.-P.-R. Cuisin, Clémentine orpheline et androgyne… (1820)
“ Saint-Elme, Nathalia ; la belle comtesse de Damarsan et dona Angelina partageaient également mes inquiétudes ; Délia seule nous parut moins curieuse ; la raison en était toute simple, ma mère lui avait tout appris lors de son séjour à Bordeaux ; nous nous mîmes donc à la presser tendrement de satisfaire notre curiosité ; mais Délia, digue d'être la confidente de la comtesse de Sombeuilles, ne voutut jamais consentir à nous éclairer sur cet objet. ”
Jean-François Marmontel,
Contes moraux. Tome 1
(1761)
“ Ainsi parloit Elmire, mais Soliman ne l'écoutoit pas. Délia changea de ton une seconde fois pour célébrer l'inconstance. Tout ce que la mobile variété de la nature a d'intéressant & d'aimable, fut retracé dans ses chants. On croyoit voir le papillon voltiger sur les roses, & les zéphirs s'égarer parmi les fleurs. Ecoutez la Tourterelle, disoit Délia : elle est fidelle, mais elle est trille. Voyez la Fauvette volage : le plaisir agite ses aîles ”
“ De loin, alors je jetais un sourire clandestin à Délia ; elle penchait un peu la tête pour ne point se trahir, mais le pli de sa bouche, l'expression de tendre connivence répandue sur ses traits faisait la plus charmante réponse. Ce fut au cours d'une de ces fiévreuses promenades que, vers cinq heures, j'aperçus, non loin de l'île, une grosse barque qui se dirigeait vers le château et portait fièrement à la corne du mât un pavillon blanc tout neuf. La joie pensa m'ar- racher un vivat : je venais de reconnaître le signal dont j'avais convenu avec Bridon. ”
“ Nous y passâmes la matinée entière dans un réciproque contente- ment. Ascanio coup sur coup me fît trois fois échec et mat ; pour moi, j'y gagnai du moins de ne point trouver le temps trop long à s'écouler. Vers midi, un valet vint nous avertir que le déjeûner était servi ; le jeu, ma foi ! nous avait mis l'estomac dans les talons, nous le suivîmes sans nous faire prier. Les deux couverts que j'aperçus dressés, en pénétrant dans la salle à manger, me firent voir dès l'abord que Délia ne paraîtrait pas au repas. ”
“ Du reste, maintenant qu'une secrète collusion nous unissait, j'aurais appréhendé que la présence de Délia ne causât quelque embarras, soit qu'un mot in- considéré ou un regard ne nous dénonçât aux soupçons toujours prêts de notre hôte, soit que par une rougeur ou �� � 512 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE une réticence, la dame elle-même ne se vendît. Ascanio qui m'observait du coin de l'oeil parut enchanté de ma discrétion et, tout en me faisant asseoir, me réitéra le chagrin que lui causait ma détermination de m'éloigner dès le lendemain. ”
Amours et galanteries de Jupiter-Scapin… (1816)
“ On dit ordinairement que la panse mène la danse; mais ici ce fut la danse qui mena la panse. Le Corse , qui avait besoin de restaurer ses forces , fit monter à dîner; une espèce d'intimité commença alors à s'établir entre nos deux desservans de Cythère. Bonaparte, en s'en allant, promit à Délia de revenir dans quelques jours lui rendre visite. Mais dans l'intervalle il s'aperçut que la prêtresse de Vénus lui avait légué une petite galanterie. Furieux d'avoir été trompé par une fille qui jouait les ingénuités, il se transporta chez l'abbesse du couvent des Bons-Enfans ”
Jean-François Marmontel,
Contes moraux. Tome 1
(1761)
“ Les premiers momens de son amour pour Délia ne furent qu'une ivresse ; mais des qu'il eut le tems de la réfle- xion, il s'app?rçut-qu'el le étoit plus pétulente que sensible, plus avide de plaisir que flatée d'en donner; en un mot, plus digne que lui d'avoir un Serrail fous ses loix. ”
Jacques Delille,
L’Homme des champs
“ Ne reçut les baisers de l’onde caressante. Éole l’adoroit, et son fougueux amour Vainement l’appeloit dans sa bruyante cour ; La nymphe refusoit les farouches hommages D’un dieu dont les soupirs ressemblent aux orages : L’amant le plus bruyant n’est pas le plus aimé. L’amour vole à ce dieu par lui-même enflammé. Éole ! écoute-moi, lui dit-il. Égérie Du sensible Dolon dès long-temps est chérie ; Son père la destine aux vœux d’un autre amant : Seconde mes désirs pour ce couple charmant. Que l’île d’Égérie, au gré de la tempête, Vers les champs de Dolon vogue, aborde, et s’arrête ”
Delly, Folie de sages (1978)
“ Morèges ne vous a pas redonné les forces que vous aviez perdues ? — Non. Je suis si lasse... mortellement lasse. Je vais chercher sous un autre ciel le repos, l'oubli... Mais je crois que je ne les trouverai jamais. Ces mots échappaient à ses lèvres, malgré elle, lui semblait-il. Non, elle ne pouvait réprimer le désir de se confier, de laisser voir la plaie morale qui était en elle. — Pas de cette façon, dit le prêtre avec une grave douceur. Une âme comme la vôtre ne peut les trouver qu'en Dieu. ”
Delly, La douloureuse victoire (1980)
“ L'abbé dit sur un ton de sévère tristesse : — Vous faites le malheur de celui que vous prétendez aimer, madame. Elle secoua doucement la tête, en souriant. — Je suis sa joie. — Toutes les joies de ce monde sont caduques. — Nous boirons la nôtre jusqu'à la dernière goutte. Elle parlait toujours avec le même calme : mais une vie impérieuse et brûlante paraissait dans ses yeux. Le prêtre eut un douloureux serrement de cœur. Cette femme lui barrait la route. Elle se révélait toute-puissante, tenant entre ses mains l'âme de Bruno devenu son jouet. ”
Delly, Le chant de la misère : roman (1979)
“ Le dimanche suivant, je me rendis comme de coutume à l'Abbaye-Blanche. Par Alexine, qui avait été demander des nouvelles, je savais que l'enfant allait mieux depuis l'instant où il avait revu sa mère. Marie m'accueillit sur le seuil de de la salle et me dit : — Tout le monde est près de Jean. Venez, chère mademoiselle. Je la suivis, le cœur battant à la pensée de « la » voir installée là, celle qu'il eût dû chasser sans pitié, — celle que je haïssais. Oui, elle était assise près du lit de l'enfant en penchant vers le petit malade sa tête aux vaporeux cheveux blonds. ”
Delly, La porte scellée : roman (1975)
“ Si vous saviez ce que je souffre ! Je crois, je voudrais me rapprocher de Dieu... et cela ne m'est pas permis ! Cependant, je vais bientôt mourir. Ce sera ce soir, demain, dans quinze jours... qu'importe ! A quelque moment que ce soit, je m'en irai sans sacrements, je serai portée en terre sans les prières de l'Eglise. Et mon âme, où sera-t-elle ? Dites, où sera-t-elle ? Le prêtre tressaillit, à l'interrogation pleine d'angoisse jetée par la voix basse et tremblante. Se rapprochant de Gilberte, il lui prit la main. — Vous regrettez votre faute, mon enfant ? ”
