“ Quand cet égout ne nous infectera plus, heureuse alors, heureuse la République ! Par l’éloignement seul de Catilina, elle me paroît avoir déjà pris vigueur. Peut-on, en effet, imaginer quelque crime qui ne lui fût point venu dans l’esprit ! Y a-t-il dans toute l’Italie un empoisonneur, un gladiateur, un brigand, un assassin, un parricide, un faussaire, un fourbe, un débauché, un libertin, un adultère, une femme perdue, un corrupteur de jeunes gens, et pour tout dire enfin, un scélérat de quelque espèce que ce soit, qui ne convienne d’avoir été intimement lié avec lui ? ”
Citations de Catilinaires (Cicéron)
“ Opinez donc, Pères Conscrits, comme vous avez déjà commencé, avec zèle, avec fermeté, dans une conjoncture d’où dépend la conservation de vos personnes, celle du peuple Romain, de vos enfans, de vos temples, de vos autels, de votre Empire, de votre liberté, de l’Italie entière, de toute la République. Vous avez un Consul, qui, jusqu’à la mort, ne manquera ni de courage pour se charger de vos ordres, ni de force pour les faire exécuter. ”
“ C’est Jupiter, c’est lui, n’en doutez pas, qui leur a opposé sa puissance, qui a voulu sauver le Capitole, sauver ces temples, sauver Rome, vous sauver tous. C’est la sagesse des Dieux immortels qui m’a dirigé, et qui m’a fait tomber entre les mains de quoi convaincre si évidemment les coupables. Que dire de cette négociation avec les Allobroges ? Jamais Lentulus et ses complices, si les Dieux ne les avoient pas aveuglés, auroient-ils follement confié leurs lettres, et le secret d’une affaire si importante, à des inconnus, à des étrangers ? ”
“ II. Pensez donc à vous et à la Patrie : conservez vos personnes, vos femmes, vos enfans, vos biens : défendez l’honneur, la vie du peuple Romain : et cessez, Pères Conscrits, de vous alarmer pour moi. Je dois espérer que les Dieux, qui protègent Rome, voudront bien avoir égard à mes services. Mais si la mort se présente à moi, elle me trouvera disposé à la recevoir. Jamais la mort ne sauroit être, ni honteuse pour qui a de la fermeté, ni prématurée pour qui a été honoré du Consulat, ni fâcheuse pour un homme sage. ”
“ Pour séduire de jeunes hommes, quel suborneur eut jamais ses talens ! Plein lui-même d’un amour infâme pour quelques-uns, et servant les autres dans leurs plus honteuses débauches ; promettant à ceux-ci de les rendre lucratives, et faisant naître à ceux-là, non-seulement le désir, mais les moyens d’abréger les jours de leurs pères. Aussi voit-on que dans un moment il est venu à bout d’attrouper une étonnante quantité de scélérats, tant de la ville que de la campagne. Pas un homme obéré, ni dans Rome, ni dans le moindre coin de l’Italie, qu’il n’ait engagé dans cette incroyable Conspiration. ”
“ J’ai à leur dire à eux, ce que je dis en même temps à tous : qu’ils ne verront point leurs désirs accomplis ; que ma vigilance, mes soins, et les précautions que je prends, détruiront tous leurs projets ; qu’il y a dans Rome une multitude infinie de bons Citoyens, unanimement prêts à signaler leur courage et leur fidélité ; que nous avons des troupes innombrables ; et qu’enfin les Dieux immortels opposeront leur prompt secours à un si noir attentat, pour sauver ce Peuple invincible, ce florissant Empire, cette capitale de l’Univers. ”
“ Tant que j’ai été simplement Consul désigné, j’ai su, Catilina, me défendre de vos pièges par moi-même, et sans me faire accompagner de gardes. À la dernière assemblée qui se tint pour l’élection des Consuls, quand vous eûtes la pensée d’assassiner dans le Champ de Mars, et vos compétiteurs et moi, je n’employai contre vous que le secours de mes amis, j’évitai l’éclat, Toutes les fois, en un mot, que j’ai été personnellement votre objet, je ne vous ai opposé que mes propres forces : me doutant bien pourtant que ma perte seroit fatale à l’État. ”
“ Tout est déjà réglé, Pères Conscrits ; j’ai pourvu à tout : et l’ardeur du peuple Romain à se défendre lui-même, et à sauver l’Empire, passe encore mes soins et ma vigilance. Toutes les conditions, tous les âges se réunissent. On ne voit que Citoyens assemblés, et sur la place, et dans les temples qui sont aux environs, et le long de toutes les avenues par où l’on peut aborder où nous sommes. C’est depuis que Rome est fondée, la seule affaire où l’on ait généralement été d’accord, si vous exceptez ceux que je regarde, non pas comme Citoyens, mais comme ennemis ”
“ Ô ! si tous ses partisans le rejoignoient ; si cette foule de scélérats quittoit Rome ; quelle félicité pour cette ville ! quelle gloire pour mon Consulat ! Ils ne mettent plus de frein à leur licence ; ils ne renferment plus leurs attentats dans les bornes de l’humanité ; ils n’ont dans l’esprit que meurtres, que rapines, qu’incendies. Ils ont absorbé leur patrimoine ; ils n’ont plus ni biens, ni crédit ; et cependant, comme s’ils étoient dans leur l’abondance d’autrefois, ils conservent leurs mêmes passions. ”
“ César ajoute que chaque ville répondra, sous de grièves peines, des prisonniers à elle confiés : il les condamne à une captivité horrible : il veut, et c’étoit une précaution à prendre contre de si grands criminels, que jamais on ne puisse demander leur grâce, ni au Sénat, ni au Peuple : il leur ravit jusqu’à l’espérance, seule consolation des misérables : il ordonne la confiscation de leurs biens : il ne leur laisse que la vie sans doute, de peur qu’en la leur ôtant, ce ne fût mettre fin par un tourment seul, à tous leurs maux, et d’esprit et de corps. ”
“ Actif, vigilant, infatigable, ne craignant ni froid, ni faim, ni soif. 17. Je l’avoue, Romains, si je n’avois pas éloigné un homme si remuant, si déterminé, si audacieux, si rusé, si appliqué à concerter ses projets, si attentif à les suivre, j’aurois eu peine à dissiper la tempête qui vous menaçoit. Il n’eût pas, sans doute, remis aux Saturnales la ruine de la République : il ne l’eût pas annoncée si long-temps auparavant : il n’eût pas risqué des lettres écrites de sa main, et cachetées de son cachet, témoins irréprochables de son crime. ”
“ I. Romains, voilà hors de péril : votre vie, vos biens, vos femmes, vos enfans n’ont pas été la proie de l’ennemi : cette ville fortunée, le siège d’un Empire si florissant, échappe à la fureur qui se promettoit de l’engloutir : et vous devez cet heureux événement à l’amour singulier qu’ont pour vous les Dieux immortels : vous le devez à ma vigilance, aux mesures que j’ai prises, aux dangers que j’ai courus. ”
“ Aucun de ceux qui paroissent s’attendrir sur son sort, ne l’aimeroit mieux à Marseille qu’au camp de Mallius : et lui-même, quand sa démarche actuelle ne seroit pas préméditée, n’aimeroit-il pas mieux chercher la mort en faisant son métier de brigand, que de se tenir paisible dans un lieu d’exil ? Au fond, puisqu’à cela près, qu’en sortant de Rome, il nous y a laissés en vie, toutes ses entreprises lui avoient réussi : loin de nous plaindre qu’il aille en exil, c’est ce que nous devons souhaiter. ”
“ Pour moi, je le croirois de bronze, s’il ne cherchoit pas à noyer une partie de sa douleur dans le sang de son esclave. À l’égard donc des scélérats qui ont voulu égorger, qui ont voulu massacrer nos femmes et nos enfans, mettre le feu à toutes nos maisons, détruire Rome de fond en comble, livrer cet Empire à des Allobroges, et les établir sur les ruines, sur les cendres de cette ville ; la sévérité fera voir que nous sommes touchés de compassion ; et il paroîtroit, si nous étions moins vifs sur ce point, qu’il y a de la cruauté à être si peu sensibles aux malheurs extrêmes de la Patrie. ”
“ VIII. On voit dans les Affranchis, qui ont été assez sages et assez heureux pour obtenir d’avoir part à nos privilèges ; on leur voit, Pères Conscrits, une ardeur merveilleuse à défendre Rome, qu’ils regardent comme leur Patrie véritable ; tandis que des Citoyens d’une haute naissance, la regardent comme une ville ennemie. Mais à quoi bon parler de personnes qui ont leur propre liberté à conserver, et dont la fortune tient par tant d’endroits à celle de la République ? ”
“ Quant au second, il est persuadé que de soi la mort n’est point une peine imposée aux hommes par les Dieux immortels ; que c’est plutôt ou une indispensable loi de la nature, ou la fin de nos travaux et de nos misères ; que par cette raison elle a toujours été soufferte tranquillement par les sages, souvent même avec joie par des âmes courageuses : mais que certainement une prison et une prison perpétuelle, est une peine inventée exprès pour punir les grands crimes. Il faut, conclut de là César, tenir nos coupables en prison, et les disperser dans les villes municipales. ”
“ Car enfin, si je vous livre au supplice, toute la troupe de vos confédérés nous demeure. Mais si vous partez, comme il y a long-temps que je vous y exhorte, ils vous accompagneront, et Rome n’en sera plus infectée. Quoi ! ce que vous aviez résolu de vous-même, Catilina, balancez-vous à le faire par mes ordres ? Le Consul vous enjoint de sortir de Rome à titre d’ennemi. Vous me demandez si c’est un exil dans les formes ? Je ne vous [11] exile point ; mais de vous-même, si vous me voulez croire, exilez-vous. ”
“ IX. Qui seroit donc assez ennemi de la vérité, assez téméraire, assez insensé, pour dire, que tout ce que nous voyons, mais particulièrement cette ville, n’est pas gouverné par la sagesse et par la puissance des Dieux ? Car enfin, quand ces Aruspices nous préisoient des massacres, des incendies, la ruine de l’État causée par d’exécrables Citoyens, on trouvoit alors le crime trop affreux pour y ajouter foi : et vous le voyez, non-seulement médité, mais presque accompli. ”
“ Parmi nos mécontens, ce sont là ceux qui ont le plus l’apparence d’honnêtes gens ; car ils sont riches ; mais le motif de leur rebellion est injuste et impudent. Quoi ! vous serez riche, et abondamment riche, en terres, en maisons, en esclaves, en argent, en tout, et vous ne voudrez renoncer à rien pour satisfaire vos créanciers ? Qu’attendez-vous ? une guerre ? Mais la guerre entraînant une désolation générale, vos maisons seront-elles respectées ? Vous promettez-vous de voir [6] annuller vos dettes ? Mais en vain l’attendriez-vous de Catilina. ”
“ Au lieu que dans celle-ci, la plus cruelle et la plus envenimée qui fût jamais ; dans celle-ci, telle que jamais les Barbares n’en imaginèrent une semblable entre eux ; dans celle-ci, où Lentulus, Catilina, Cassius, Céthégus s’étoient fait une loi d’avoir pour ennemi quiconque voudroit se conserver avec la patrie ; dans celle-ci enfin, ou l’on aspiroit à ne laisser de tous nos Citoyens, que ce qui pourroit se dérober à un massacre général ; ni de tout Rome, que ce qui pourroit échapper à un incendie universel ”
“ XI. Pour pouvoir donc résister aux excellentes troupes de Catilina, voyons, Romains, ce que nous avons. Opposez d’abord à ce vieux gladiateur [11] estropié, vos Consuls et vos Généraux. Produisez ensuite la fleur et la force de toute l’Italie, pour faire tête à ces misérables noyés de dettes. Vous avez de votre côté, et colonies, et villes municipales : tandis que l’ennemi a, pour tout retranchement, quelques monticules couvertes de broussailles. Tant d’autres avantages qui vous rendent si considérables et si puissans, ne doivent pas se mettre en parallèle avec l’indigence de ce voleur. ”
“ Un homme qui vous est connu pour l’ennemi de l’État, qui va se mettre contre nous à la tête d’une armée, qui déjà est attendu dans le camp ennemi, qui est l’auteur et le chef d’une Conspiration, qui soulève, qui enrôle esclaves et Citoyens : vous, instruit de tout cela, vous souffrirez qu’il se retire tranquillement, et de manière à faire dire, non que vous l’avez chassé de Rome, mais que vous lui avez donné les moyens de s’y introduire plus sûrement ? Pourquoi ne pas le charger de chaînes ? Pourquoi ne pas le faire traîner au supplice ? ”
“ Une armée ennemie campe dans les détroits de l’Étrurie ; le nombre des rebelles augmente tous les jours ; leur Général est dans l’enceinte de nos murs ; il vient dans le Sénat même affronter nos regards ; à toute heure, et jusques dans notre sein, il forme de nouveaux projets contre nous. Que dans l’instant je vous arrête, Catilina, que je vous fasse périr : tout ce qu’il y a de bons citoyens me reprocheront, je crois, d’avoir été trop lent : et aucun d’eux, d’être trop sévère. ”
“ Mais d’ailleurs, ne regardez-vous pas comme un coup du Ciel, que des Gaulois, que des gens d’une nation peu soumise, et la seule qui ne manque pas de force, ni peut-être de volonté, pour faire la guerre au peuple Romain, aient préféré votre salut à leurs intérêts propres, et fermé l’oreille aux flatteuses espérances, que leur donnoient des Patriciens, surtout dans une conjoncture où ils n’avoient pas besoin de combattre pour nous vaincre ; ils n’avoient qu’à se taire ? ”
“ Pour moi, Romains, tout persuadé que j’étois du crime par les lettres, par les cachets, par l’écriture, par l’aveu même des coupables, j’en ai cru voir des preuves encore plus certaines de beaucoup, dans leur air, dans leurs yeux, dans leur silence ; car ils étoient si consternés, ils avoient tellement les yeux baissés, et de temps en temps ils se regardoient tellement à la dérobée, qu’ils sembloient être là, non point pour être convaincus par d’autres, mais pour se trahir eux-mêmes. ”
“ Il ne s’agit plus de leurs anciens démêlés avec le Sénat : une cause commune rapproche les deux partis : et si cette réunion, qui se fait sous mon consulat, est constante, j’ose dire que jamais dissention, jamais guerre ne se rallumera entre les différens Corps, dont la République est composée. Tous les Tribuns du Trésor nous marquent le même dévouement. Tous les Secrétaire, pour qui c’est aujourd’hui par hasard jour d’assemblée au Trésor, ont d’abord accouru [9] où les appeloit le salut commun, Tout ce qu’il y a d’ihabitans nés libres, même ceux de la condition la plus basse, ont accouru. ”
“ En se bornant à faire périr le Chef de ces brigands, peut-être suspendroit-on pour un peu de temps nos peines et nos craintes, tandis que le danger, toujours le même, se renfermeroit dans les veines et dans les entrailles de la République. Comme des malades qui ont une fièvre violente, semblent d’abord s’être soulagés en buvant de l’eau froide dans le fort de l’accès, et que par là ils s’attirent un redoublement plus fâcheux, de même quand le supplice du Chef nous auroit donné quelque relâche, si le reste des conjurés lui survit, nos maux ne feront que croître. ”
“ Car nous n’avons point de Nation à craindre : point de Roi qui ose nous attaquer : tout est tranquille au dehors, et par mer, et par terre, grâce à la valeur d’un [4] de nos Guerriers : il n’y a plus de péril qu’au dedans : l’ennemi est dans l’enceinte de nos murs : l’incontinence, la folie, la scélératesse, voilà, Romains, contre qui nous avons à nous battre. ”
“ Il est vrai que les victoires étrangères ont un avantage sur les victoires domestiques. Car si des étrangers sont une fois subjugués, ils deviennent nos esclaves ; ou si on les reçoit dans notre alliance, ils le regardent comme une grâce qu’on veut bien leur faire. Mais des Citoyens assez furieux pour se révolter contre leur Patrie, si vous empêchez qu’ils ne réussissent dans leur dessein, vous ne pouvez les contenir par la crainte, ni les regagner par des bienfaits. Ainsi je me vois, pour toute ma vie, d’implacables ennemis ”
“ Palatin, et dans tout Rome ; que le peuple est saisi de crainte ; que tous les bons Citoyens accourent en foule ; que le Sénat s’est assemblé dans un lieu [2] fortifié ; que nos seuls regards vous apprennent ce que nous pensons de vous ; rien de tout cela ne fait impression sur votre esprit ? Vous ne sentez pas que vos desseins sont découverts ? Vous ne voyez pas que votre Conspiration, dès-là qu’elle est connue du Sénat, est comme enchaînée ? ”
“ Qu’ils cessent de tendre des pièges au Consul jusques dans sa maison ; d’entourer le tribunal du préteur j de venir avec des poignards au Sénat ; de préparer [17] des torches pour nous brûler. Qu’enfin on lise sur le front de tout Citoyen, les sentimens qu’il a pour la patrie. Je vous annonce, Pères Conscrits, et reposez-vous-en sur l’attention des Consuls, sur l’autorité de cet auguste Corps, sur la valeur des Chevaliers Humains, sur le zèle unanime de tous les fidèles Citoyens : je vous annonce qu’au départ de Catilina, tous ses desseins vont être découverts, manifestés, renversés, punis. ”
Termes fréquents
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