“ L’excursion de Saint-Goar à Oberwesel est pleine d’attrait. La route côtoie le Rhin, qui là se rétrécit subitement et s’étrangle entre de hautes collines. Aucune maison, presque aucun passant. Le lieu est désert, muet et sauvage. De grands bancs d’ardoises à demi rongés sortent du fleuve et couvrent la rive comme des tas d’écaillés gigantesques. ”
Rhin
Définition et enjeux
Le Rhin, fleuve emblématique d'Europe, a fasciné les esprits depuis des siècles par sa dualité entre nature sauvage et histoire ancienne. Victor Hugo, dans Le Rhin, le décrit comme un "fleuve royal" où se mêlent paysages remarquables et récits historiques, tandis qu'Alfred Driou met en évidence ses aspects industriels, comme le montrent les forges de la Lahn.
Ce cours d'eau, à la fois géographique et symbolique, relie des régions et des cultures, de la Prusse aux Alpes, en passant par les villes de Cologne et Strasbourg, illustrant ainsi son rôle central dans l'identité européenne.
Citations sur “Rhin”
“ Du reste, une vie profonde, qui sort du Rhin, anime cette ville. Elle n’est pas moins hérissée de mâts, pas moins encombrée de ballots, pas moins pleine de rumeur que Cologne. On marche, on parle, on pousse, on traîne, on arrive, on part, on vend, on achète, on crie, on chante, on vit enfin dans tous les quartiers, dans toutes les maisons, dans toutes les rues. — La nuit, cet immense bourdonnement se tait ; et l’on n’entend plus dans Mayence que le murmure du Rhin et le bruit éternel des dix-sept moulins à eau amarrés aux piles englouties du pont de Charlemagne. ”
Alfred Driou, Pérégrinations en Suisse, en Savoie… (1880)
“ Traversons maintenant le Rhin, sur le pont de bateaux qui le couvre, passons à travers les plus charmants paysages, enfonçons-nous dans une profonde vallée que couronnent des pics sourcilleux, eux aussi, portant des casteis en ruines, des manoirs pittoresques et des lambeaux de pages de l'histoire de l'humanité. Voici la rivière de la Lahn, charriant un minerai qui teint les eaux d'une forte couleur de rouille. Aussi entend-on retentir le marteau de forges et de hauts-fourneaux. La métallurgie règne en souveraine maîtresse dans cette contrée nouvelle. ”
“ La plaine du Rhin, vue du petit Geissberg, est comme l’océan vu de la falaise de bois-rosé. L’horizon est immense. Mannheim, Philipsburg, les hauts clochers de Spire, une foule de villages, des forêts, des plaines sans fin, le Rhin, le Neckar, d’innombrables îles, au fond les Vosges. ”
“ Après avoir laissé derrière moi la grande porte ogive d’Andernach, toute criblée de trous de mitraille noircis par le temps, je me suis trouvé au bord du Rhin. Le sable fin coupé de petites pelouses m’invitait, et je me suis mis à remonter lentement la rive vers les collines lointaines de la Sayn. La soirée était d’une douceur charmante ; la nature se calmait au moment de s’endormir. ”
“ Le Rhin, qui s'approche à une lieue de la ville, court dans cette campagne en se tordant sur lui-même. En faisant le tour du clocher, on voit trois chaînes de montagnes, les croupes de la forêt Noire au nord, les Vosges à l'ouest, au midi les Alpes.On est si haut que le paysage n'est plus un paysage; c'est, comme ce que je voyais sur la montagne de Heidelberg, une carte de géographie, mais une carte de géographie vivante, avec des brumes, des fumées, des ombres et des lueurs, des frémissements d'eaux et de feuilles, des nuées, des pluies et des rayons de soleil. ”
“ On arrive à ces archives par une belle grille noire, touffue, tordue et savamment brouillée, qui a quatre cents ans. Des oiseaux et des chimères sont perchés çà et là dans ce sombre feuillage de fer. Du haut des clochers la vue est admirable. J’avais sous mes pieds, à une profondeur de trois cent cinquante pieds, le Rhin large et vert ; autour de moi le grand Bâle, devant moi le petit Bâle ; car le Rhin a fait de la ville deux morceaux ; et, comme dans toutes les villes que coupe une rivière, un côté s’est développé aux dépens de l’autre. ”
Victor Hugo,
En voyage, tome I
“ Parlons donc du Rhin à notre aise, en toute admiration et en toute joie ; remontons ce fleuve royal et cette pensée souveraine. Mais par où commencer ? comment se guider dans tous nos souvenirs charmants ou graves, souriants ou profonds, parmi tous ces rêves, tous ces contes, tous ces enseignements ? Nous attacherons-nous à l’archéologue, à l’artiste ou au penseur ? Car le Rhin a un triple aspect ; il va du passé au présent, du présent à l’avenir ; il se souvient, il décrit et il prévoit ; la science s’y traduit en poésie, la poésie s’y résout en prophétie ”
“ Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects, dans ce fleuve des guerriers et des penseurs, dans cette vague superbe qui fait bondir la France, dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne. Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie. ”
“ Les laveuses du Rhin étendent leur toile sur les buissons ; les laveuses de la Nähe battent leur linge, vont et viennent, jambes nues et les pieds mouillés, sur des radeaux formés de troncs de sapins amarrés au bord de l’eau, et rient de quelque touriste qui dessine l’Ehrenfels. La tour des Rats, présente et debout au milieu de cette joie, fume dans l’ombre des montagnes. Le soleil se couche, le soir vient, la nuit tombe, les toits de la ville ne font plus qu’un seul toit, les monts se massent en un seul tas de ténèbres où s’enfonce et se perd la grande clarté blanche du Rhin. ”
Hermann Christ,
La flore de la Suisse et ses origines
(1883)
“ Le Rhin, qui coule dans une gorge d'une profondeur effrayante, entre des pentes de dolomie friable, désagrégée et s'effondrant sans cesse, ne se voit nulle part de ce vaste plateau forestier qui paraît s'adosser immédiatement à la chaîne opposée. ”
“ Un nouveau monde allait surgir, et, chose remarquable et digne qu’on y insiste, c’est sur les bords du Rhin que venaient de trouver et de prendre une nouvelle forme ces deux mystérieux outils avec lesquels Dieu travaille sans cesse à la civilisation de l’homme, la catapulte et le livre, la guerre et la pensée. Le Rhin, dans les destinées de l’Europe, a une sorte de signification providentielle. C’est le grand fossé transversal qui sépare le sud du nord. La providence en a fait le fleuve-frontière ; les forteresses en font le fleuve-muraille. ”
Lucien Vigneron, Au delà du Rhin (Prusse rhénane… (1892)
“ Au Rhin, au Rhin, au Rhin allemand ! Qui veut être le défenseur du fleuve ? Celui qui aime la Patrie peut être tranquille, La garde sur le Rhin reste fidèle et ferme à son poste L'appel est vite entendu par cent mille hommes, Tous les yeux brillent d'un éclat plus vif, La jeunesse allemande honnête et forte Garde la frontière sainte. Et si mon coeur redoute la mort, C'est que je ne suis pas un Allemand. Comme ton fleuve est riche en eau, O Allemagne, ainsi es-tu riche en sang de héros ! ”
“ Bien au contraire, il se fit un écroulement profond où la civilisation sembla tomber; la chaîne des traditions certaines se rompit; l'histoire parut s'effacer; les hommes et les événements de cette sombre époque traversèrent le Rhin comme des ombres, jetant à peine au fleuve un reflet fantastique, évanoui aussitôt qu'aperçu.De là, pour le Rhin, après une période historique, une période merveilleuse.L'imagination de l'homme, pas plus que la nature, n'accepte le vide. ”
Nicolas Martin, Poésies de N. Martin (1867)
“ Pendant ces six années d'études, les vacances m'avaient, à mainte reprise, ramené à Bonn, sur les rives de ce beau fleuve, le Rhin , qui m'avait bercé tout enfant, et dont les naïves légendes peuplaient ma mémoire comme autant de nixes et d'ondines. Je l'ai toujours aimé, ce Rhin paternel, et plus je l'ai connu, plus je l'ai aimé en l'admirant. Le Rhin n'est-il pas une majestueuse image de la vie humaine ? Voyez-le, à sa source, descendre du mont Gothar, pareil à l'enfant qui doute de ses forces, et craint de quitter l'abri natal, au moment de parcourir une longue carrière. ”
Lucien Vigneron, Au delà du Rhin (Prusse rhénane… (1892)
“ Dans la vie sentimentale de chaque Allemand, le Rhin occupe une place prépondérante. Même l'âme bourgeoise la plus sèche est traversée d'un frisson au souvenir du charme harmonieux qui s'échappe du château entouré de légendes, des hauteurs rhénanes couronnées de vignes ; et chaque année des milliers de pèlerins (voyageurs) qui ont soif de nature, rafraîchissent leur esprit et leurs sentiments en traversant une contrée à la puissance enchanteresse. L'histoire et la nature concourent libéralement et harmonieusement pour assurer ce charme du Rhin. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Le Rhin ne sort point d’une couche de roseaux : il se lève d’un lit de frimas, son urne ou plutôt ses urnes sont de glace ; son origine est congénère à ces peuples du Nord dont il devint le fleuve adoptif et la ceinture guerrière. Le Rhin, né du Saint-Gothard dans les Grisons, verse ses eaux à la mer de la Hollande, de la Norwège et de l’Angleterre ; le Rhône, fils aussi du Saint-Gothard, porte son tribut au Neptune de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce : des neiges stériles forment les réservoirs de la fécondité du monde ancien et du monde moderne. ”
X.-B. Saintine,
Le chemin des écoliers : promenade de Paris à Marly-le-Roy en suivant les bords du Rhin
(1862)
“ Nous avançons; le Rhin s'est élargi, il reprend ses allures majestueuses; c'est encore le grand fleuve, le père des eaux, appelant à lui ses nombreux affluents, pour en composer des lacs, des torrents, des cataractes. Un souvenir mythologique me revient; mon œil essaye de plonger au fond du gouffre; Il nul bon génie ne règne dans ces abîmes ; les nixes méchantes et les séduisantes ondines parcourent seules ce ténébreux empire. ”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Notre première pensée, en arrivant à Bâle, fut de courir vers le Rhin. Chaque grande époque historique semble avoir eu un fleuve inséparablement lié à ses souvenirs. L’âge biblique a eu l’Euphrate, l’âge héroïque le Simoïs, Rome le Tibre ; mais le Rhin se rattache à l’histoire moderne tout entière. Le Rhin, ce n’est pas seulement un nom comme le Tage, le Volga, le Meschacébé ; le Rhin ! c’est le fleuve [3] , c’est celui que les maîtres du monde ne nommaient jamais sans y joindre le titre de superbe ; c’est le Rubicon que les peuples ne passent qu’après avoir tiré l’épée et jeté le fourreau. ”
“ Il faut que la France reprenne le Rhin. Une demi-heure après, j’étais sur la route d’Andernach, dont je ne m’étais éloigné que de cinq quarts de lieue. Je ne comprends rien aux « touristes ». Ceci est un endroit admirable. Je viens de parcourir le pays, qui est superbe. Du haut des collines la vue embrasse un cirque de géants, du Siebengebürge aux crêtes d’Ehrenbreitstein. Ici, il n’y a pas une pierre des édifices qui ne soit un souvenir, pas un détail du paysage qui ne soit une grâce. Les habitants ont ce visage affectueux et bon qui réjouit l’étranger. ”
Heinrich Heine,
Poëmes et légendes
“ Je revois le vieux Rhin qui coule ; montagnes et burgs se mirent en ses flots bleus ; les grappes d’or scintillent et les fleurs resplendissent sur les collines qu’escaladent les vendangeurs. Oh ! je voudrais aller vers toi, ami fidèle, vers toi qui me restes attaché comme au mur en ruine s’agriffe le lierre vert ! Oh ! je voudrais aller vers toi et écouter tes vers en silence, tandis que chanterait le rouge-gorge et que les vagues du Rhin m’empliraient de leur doux murmure. À FRANZ DE Z. Une étoile brillante m’attire vers le Nord ”
Victor Hugo,
En voyage, tome I
“ Ainsi, trois pâtres, trois ruisseaux. La Suisse et le Rhin s’engendrent de la même façon dans les mêmes montagnes. Le Rhin a tous les aspects. Il est tantôt large, tantôt étroit. Il est glauque, transparent, rapide, joyeux de cette grande joie qui est propre à tout ce qui est puissant. Il est torrent à Schaffhouse, gouffre à Laufen, rivière à Sickingen, fleuve à Mayence, lac à Saint-Goar, marais à Leyde. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo En voyage…
“ Le Rhin supérieur est plus vert, plus sauvage, plus écumant, tout aussi encaissé ; il n’a pas les ponts de bateaux, mais il a les ponts de bois couverts ; il a l’ombre de la Forêt-Noire, et les quatre villes-forestières, Waldshut, Laufenburg, Sœckingen, Rheinfelden, qui égalent peut-être, sinon en grandeur monumentale, du moins en beauté pittoresque, les quatre villes impériales du Rhin inférieur. Spire, Mayence, Coblentz et Cologne ; il n’a pas le Mein et la Moselle, mais il a la Murg et le Neckar ”
Charles de Vitis, Paysages gris et bleus (1910)
“ Rien de majestueux comme le vieux décor de Bâle, vu des ponts. Le Rhin roule en flots pressés, majestueux, lourds, tandis que sur la rive s'étagent les maisons pittoresques à pignons, à logettes, à galeries, les toits bigarrés, les tours et les clochetons des monuments et des églises. On sent là la vieille ville allemande avec un je ne sais quoi de liberté qui a donné l'essor aux grandes entreprises, aux affaires les plus variées. ”
“ Des croupes d’ardoises feuilletées et fines comme des soies brillent au soleil et figurent des dos de sangliers énormes. L’aspect de tout le fleuve est extraordinaire. Il est évident qu’en faisant le Rhin la nature avait prémédité un désert ; l’homme en a fait une rue. ”
“ Le Rhin, les villages, les montagnes, les ruines, tout le spectre sanglant du paysage reparaissant à cette lueur, se mêlaient à la fumée, aux flammes, au glas continuel du tocsin, au fracas des pans du mur s'abattant tout entiers comme des ponts-levis, aux coups sourds de la hache, au tumulte de l'orage et à la rumeur de la ville. Vraiment c'était hideux, mais c'était beau. 14 Si l'on regarde les détails de cette grande chose, rien de plus singulier. Dans l'intervalle d'un tourbillon de feu et d'un tourbillon de fumée, des têtes d'hommes surgissent au bout d'une échelle. ”
“ Aux fenêtres des mansardes, de jeunes filles chantent les yeux baissés sur leur ouvrage ; les oiseaux babillent gaiement dans les lierres de la ruine, les rues fourmillent de peuple et ce peuple fait un bruit de travail et de bonheur ; des barques se croisent sur le Rhin, on entend les rames couper la vague, on voit frissonner les voiles ; les colombes volent autour de l’église ”
“ Derrière soi, sous les ogives d’un porche où s’abrite un puits à demi comblé, on a les quatre colonnes de granit gris données par le pape au grand empereur d’Aix-La-Chapelle, qui vinrent au huitième siècle de Ravenne aux bords du Rhin, et au quinzième des bords du Rhin aux bords du Neckar, et qui, après avoir vu tomber le palais de Charlemagne à Ingelheim, regardent crouler le château des palatins à Heidelberg. Tout le pavé de la cour est obstrué de perrons en ruine, de fontaines taries, de vasques ébréchées. Partout la pierre se fend et l’ortie se fait jour. ”
“ Dans les belles journées d’été, cela compose des spectacles charmants ; le vannier tresse son panier sur le seuil de sa maison, le pêcheur raccommode ses filets dans sa barque, au-dessus de leurs têtes le soleil mûrit la vigne sur la colline. Tous font ce, que Dieu leur donne à faire, l’astre comme l’homme. Les villes sont d’un aspect plus compliqué et plus tumultueux. Elles abondent sur le Rhin. C’est Bingen, c’est Oberwesel, c’est Saint-Goar, c’est Neuwied, c’est Andernach. ”
“ Les croupes des églises, les tours des enceintes fortifiées, font de gros nœuds sombres auxquels se rattachent, de temps en temps, les lignes capricieuses qui courent en tumulte des clochers aux pignons, des pignons aux lucarnes. Tout cela rit, chante, parle, jase, jaillit, rampe, coule, marche, danse, brille au milieu d’une haute clôture de montagnes qui ne s’ouvre à l’horizon que pour laisser passer le Rhin. ”
Noémie Dondel Du Faouëdic, Voyages loin de ma chambre t.1
“ C’est ici que le Rhin a sa plus grande largeur. Avant de quitter Mayence, nous n’oublions pas d’y faire un déjeuner au jambon, puis nous nous embarquons sur un confortable bateau à vapeur, et de dix heures du matin à sept heures du soir, nous descendons, mollement bercées, le Rhin jusqu’à Cologne.Les rêveries de mon esprit sont aussi bercées de mille souvenirs dont quelques-uns bien tristes. Naguère encore, le grand pont du Rhin était gardé par deux sentinelles, d’un côté la sentinelle badoise et de l’autre la sentinelle française. Hélas, il n’y a plus de sentinelle française! Ah! ”
