“ Mannheim n’est qu’à quelques lieues de Worms, sur l’autre rive du Rhin. Mannheim n’a guère, à mes yeux, d’autre mérite que d’être née la même année que Corneille, en 1606. Deux cents ans, pour une ville, c’est l’adolescence. Aussi Mannheim est-elle toute neuve. Les braves bourgeois, qui prennent le régulier pour le beau et le monotone pour l’harmonieux, et qui admirent de tout leur cœur la tragédie française et le côté en pierre de la rue de Rivoli, admireraient fort Mannheim. Cela est assommant. Il y a trente rues, et il n’y a qu’une rue ; il y a mille maisons, et il n’y a qu’une maison. ”
Victor Hugo
Résumé
Victor Hugo consacre « Le Rhin » à une immersion poétique dans le paysage et l’histoire européenne, en suivant le cours du fleuve mythique. À travers des descriptions détaillées de villes comme Mayence ou Cologne, il combine nature, architecture (cathédrales, clochers) et récits historiques (Charlemagne, Pécopin).
Ce texte, publié dans ses En voyage, célèbre la beauté des collines rhénanes et les contrastes entre modernité et antiquité, tout en évoquant l’âme de l’Europe. La réflexion sur le temps, l’homme et la nature y résonne, comme en témoignent les images de moulins, de rues régulières ou des légendes locales.
Citations de Le Rhin (Victor Hugo)
“ Les laveuses du Rhin étendent leur toile sur les buissons ; les laveuses de la Nähe battent leur linge, vont et viennent, jambes nues et les pieds mouillés, sur des radeaux formés de troncs de sapins amarrés au bord de l’eau, et rient de quelque touriste qui dessine l’Ehrenfels. La tour des Rats, présente et debout au milieu de cette joie, fume dans l’ombre des montagnes. Le soleil se couche, le soir vient, la nuit tombe, les toits de la ville ne font plus qu’un seul toit, les monts se massent en un seul tas de ténèbres où s’enfonce et se perd la grande clarté blanche du Rhin. ”
“ Du reste, une vie profonde, qui sort du Rhin, anime cette ville. Elle n’est pas moins hérissée de mâts, pas moins encombrée de ballots, pas moins pleine de rumeur que Cologne. On marche, on parle, on pousse, on traîne, on arrive, on part, on vend, on achète, on crie, on chante, on vit enfin dans tous les quartiers, dans toutes les maisons, dans toutes les rues. — La nuit, cet immense bourdonnement se tait ; et l’on n’entend plus dans Mayence que le murmure du Rhin et le bruit éternel des dix-sept moulins à eau amarrés aux piles englouties du pont de Charlemagne. ”
