“ Francfort est la ville des cariatides. Je n’ai vu nulle part autant de colosses portefaix qu’à Francfort. Il est impossible de faire travailler, geindre et hurler le marbre, la pierre, le bronze et le bois avec une invention plus riche et une cruauté plus variée. De quelque côté qu’on se tourne, ce sont de pauvres figures de toutes les époques, de tous les styles, de tous les sexes, de tous les âges, de toutes les fantasmagories, qui se tordent et gémissent misérablement sous des poids énormes. ”
Francfort
Définition et enjeux
Francfort, ville historique et culturelle d'Allemagne, a inspiré de nombreuses visions à travers les siècles. Victor Hugo la dépeint comme une métropole de statues et de monuments, tandis que Goethe évoque son rôle symbolique lors de cérémonies impériales. Alexandre Thomas souligne son anonymat malgré son animation foirale, et Owen Wister y voit une leçon de gestion des ressources.
Le thème de l'unité nationale et des débats constitutionnels, comme ceux de la Diète de 1848, résonne dans les réflexions d'auteurs comme Georges Goyau. Francfort incarne ainsi un carrefour de tensions entre tradition et modernité, entre aspirations politiques et réalités sociales.
Citations sur “Francfort”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Francfort est peut-être l’endroit d’Allemagne où l’on aille le plus et que l’on connaisse le moins. Francfort durant la foire, avec sa population flottante et l’agitation de son marché, n’est pas du tout le vrai Francfort. ”
Owen Wister,
La Pentecôte du Malheur
“ J’ai aussitôt pensé à nos forêts que l’on pille et que l’on abat et à nous-mêmes qui nous vantons de notre glorieux avenir tout en détruisant les ressources nécessaires à cet avenir. Francfort nous donne une bonne leçon, si seulement nous savions en profiter. IV. C’est à Francfort-sur-le-Mein qu’est né un des trois plus grands génies poétiques que l’on ait vus depuis la Grèce et Rome — Goethe, que j’aurai plus d’une fois l’occasion de citer. Mais Francfort possède aussi des gloires modernes que j’ai vues. C’est une des villes les mieux administrées de l’Allemagne. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ Ce qui devait surtout réjouir un bourgeois de Francfort, c’est que, dans cette occasion, en présence, de tant de souverains ou de leurs représentants, la ville impériale de Francfort apparaissait aussi comme un petit souverain ; car son écuyer ouvrait la marche ; à sa suite venaient des chevaux de selle, avec des housses armoriées, où l’aigle blanc en champ de gueules se présentait fort bien ; puis des domestiques et des serviteurs, des timbaliers et des trompettes, des délégués du sénat, accompagnés de serviteurs à pied, portant la livrée de la ville. ”
Georges Goyau,
Revue des Deux Mondes
“ Francfort, Berlin, Vienne pressentaient un lendemain redoutable, et d’autant plus redouté qu’on l’ignorait ; c’était une de ces heures où les hommes se sentent « agis » plus qu’ils n’ont conscience d’agir. On savait à peine, dans l’Allemagne d’alors, quel était l’État, et où il était ; on savait moins encore où il serait demain, et quel il serait demain. Le parlement de Francfort n’était-il qu’une crise, ou bien érigeait-il un édifice durable ? ”
“ Depuis un an, les lourds verrous de la prison de Francfort étaient entre eux et la liberté ! On ne devait plus voir ni le noble Otto, ni le bel Albert, au nom de qui battaient en secret tous les cœurs de femme, ni le joyeux Goëtz. Une fois fermées, les portes de la prison de Francfort ne savaient plus ouvrir leurs battants doublés de fer. Otto, Albert, Goëtz, les braves seigneurs étaient là pour vivre et pour mourir ! Oh ! que de haine pour les trafiquants avares qui les avaient remplacés ! Car ces magnificences d’un jour étaient, pour les hommes du pays, comme un sarcasme sanglant. ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Il y a de temps en temps dans l’histoire, à mesure qu’elle se fait, des rencontres singulières, des jours qui se trouvent rapprochés ou rappelés comme par une ironie instructive ou vengeresse. Le jour où la diète de Francfort a, pour la première fois depuis sa dispersion en 1848, repris le cours de ses séances, c’était presque le troisième anniversaire de celui où Francfort avait vu son fameux parlement germanique s’assembler à Saint-Paul. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Et qu’est-ce que sera Francfort, si Vienne et Berlin entraient ainsi de force sur la pente effrayante où roule l’Allemagne ? Francfort, la future capitale de la libre unité allemande, sera peut-être, comme devant un foyer de servitude, un centre d’oppression pour tous les peuples germaniques. S’il n’y avait en face des idées de despotisme que les idées de sage progrès, nous ne douterions pas un moment de la victoire, et nous aurions toute confiance dans l’avenir ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ La constitution de Francfort n’est plus qu’un mot, et, quant à l’assemblée nationale de Francfort, nous ne savons plus, même à l’heure qu’il est, où elle siége. En même temps que la Prusse opposait sa constitution à celle de Francfort, elle opposait aussi une armée à l’insurrection du grand-duché de Bade et du Palatinat. C’est cette armée qui vient de vaincre les insurgés. La Prusse en ce moment triomphe donc partout en Allemagne, soit par ses lois, soit par ses armes. ”
“ On n’aurait pas trouvé peut-être dans tout Francfort un homme qui les eût vus face à face : car depuis leur plus extrême jeunesse, ils étaient obligés de s’entourer de précautions infinies et de fuir tous les regards ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ L’Europe occidentale est, en effet, accablée des préoccupations les plus cruelles. Vienne et Berlin ne sortent pas des crises de cabinet et des tentatives d’insurrection. L’insurrection a marché tête levée dans les rues de Francfort ; elle a laissé après elle des cadavres mutilés par une rage infâme. L’empire allemand commence son existence comme la république française, au bruit du canon de la guerre civile, sous la protection déplorable de l’état de siége. Francfort vaut Paris, et Paris n’a pas d’assassins plus abominables que Francfort. ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ La diète qui allait s’ouvrir à Francfort devait être le congrès des peuples et non plus celui des princes. L’histoire disait bien que les princes des Slaves s’étaient ainsi rapprochés des princes allemands ; mais, de peuple à peuple, il n’y avait point eu de rapprochement pareil, et il ne pouvait y en avoir ; un citoyen slave n’avait rien à faire dans une assemblée de citoyens allemands. Puis cette assemblée de Francfort ruinait à jamais la consistance de l’Autriche ”
Charles-Julien Jeannel, De Dijon à Brême : 1870-1871 (1871)
“ Et vous payez gaiement l'impôt de l'or et du sang à la Prusse, pour le stérile plaisir de vous venger des Français! Car à Francfort il n'y a plus d'idée de liberté : la haine contre la France a fait oublier déjà les violences et les rançons de 1866. Le gouvernement royal pousse la prudence à l'excès, en évitant d'y interner des prisonniers. M. de Bismark n'a rien à craindre : Francfort vit toujours, plus belle et plus prospère; mais son cœur a changé sans retour, elle est comme la vierge violée qui devient amoureuse de son brutal amant. ”
Voltaire,
Correspondance, VI (1753-1756)
“ L’outrage affreux fait à ma nièce dans Francfort a indigné toute l’Europe, et la cour de Versailles comme celle de Vienne, Que peut-on espérer, madame, d’un homme qui n’a point réparé cette indignité, et qui au contraire a disculpé en quelque sorte ses ministres, en écrivant à la ville de Francfort, tandis qu’il les désavouait à Versailles ? Pensez-vous, madame, qu’il ait un cœur aussi bon, aussi vrai que le vôtre ? Pensez—vous qu’il respecte l’humanité et la vérité ? ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Le sénat se composait tout entier de gens incapables ; les bourguemestres, petits marchands ridicules, ne savaient ni lire ni écrire ; Francfort était une ville d’argent où l’on ne pensait qu’à l’argent et où l’argent corrompait et perdait le sens. Francfort avait commis bien des péchés ; il ne fallait pas qu’elle se fiât beaucoup à cette fastueuse indépendance que les conventions des princes allemands semblaient lui garantir ”
“ De toutes ces villes des bords du Rhin c'est Francfort qui frappe le plus le touriste. Francfort est vraiment la capitale du moyen âge. On ne trouvera nulle part ailleurs autant de rues bossues, tortues et contrefaites, autant de places étroites et incorrectes, autant de maisons boiteuses et borgnes, autant de carrefours, de zigzags, de sphinx, de nains, de géants, de diables, d'anges sculptés et de juifs en chair et en os. ”
Duc de Broglie, Revue des Deux Mondes
“ L’honnête prince, en effet, ne tenait réellement plus en place. Le séjour de Francfort, dans des conditions à la vérité incommodes et presque misérables, lui était devenu insupportable. Puis, depuis qu’il voyait les souverains de France et de Prusse à la tête de leurs armées, il se sentait piqué d’émulation, ne rêvait plus que de guerroyer, de commander à son tour et de rentrer en triomphe dans sa capitale, le casque en tête et le sabre en main. A peine avait-il su Frédéric à Prague, qu’il voulait à tout prix et à tout risque partir pour Munich. ”
Jules Claretie,
Voyages d'un Parisien, par Jules Claretie…
(1865)
“ Mais on ne va pas à Francfort pour rencontrer le bois de Boulogne , les maisons des Champs-Elysées et les bonnes en colloque avec les militaires , sous les grands marronniers . Ces allées ressemblent fort à celles du Bois de Boulogne , aussi parfaitement élégantes et ratissées , et les cygnes sont aussi blancs que les nôtres , quoiqu' ils nagent dans des lacs vaseux et verdâtres . Francfort a d' ailleurs plus d' un point de rapport avec Paris . Son animation d' abord et son luxe , puis , disons-le , ses omnibus . Le modèle , la disposition , tout est exactement semblable aux nôtres . ”
Charles Benoist,
Revue des Deux Mondes
“ C’en est une ; et la preuve, c’est que, malgré tout le mal qu’il dit de lui-même et des autres, de la Diète, de ses pompes et de ses œuvres, Bismarck ne veut pas partir de Francfort : il y reste. S’il y reste, avec son besoin d’agir, c’est qu’il sent, c’est qu’il sait qu’il y fait pourtant quelque chose, et que ce qu’il fait est très utile, très hardi, très fort et de grande conséquence, puisqu’il se fait, lui, ou qu’il se complète. Les huit années de Francfort sont, en ce sens, les années « plastiques, » les années créatrices ou éducatrices de sa vie. ”
Hector Berlioz,
Mémoires de Hector Berlioz
“ Ce chemin de fer, lui aussi, est tout endormi, il se hâte lentement, il ne marche pas, il flâne, et, ce jour-là surtout, il faisait d’interminables points d’orgue à chaque station. Mais enfin tout adagio a un terme, et j’arrivai à Francfort avant la nuit. Voilà une ville charmante et bien éveillée ! Un air d’activité et de richesse y règne partout ; elle est en outre bien bâtie, brillante et blanche comme une pièce de cent sous toute neuve, et des boulevards plantés d’arbustes et de fleurs dans le style des jardins anglais, forment sa ceinture verdoyante et parfumée. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ Car, dans une ville comme Francfort, où trois religions partagent les habitants en trois classes inégales ; où quelques hommes seulement, tirés de celle qui domine, peuvent parvenir au gouvernement, il doit se trouver bien des personnes riches et instruites qui se replient sur elles-mêmes, et, par l’étude ou par des goûts particuliers, se font une vie indépendante et retirée. Ces personnes, je dois en parler présentement et aussi dans la suite, afin qu’on se puisse représenter ce qui caractérisait à cette époque un bourgeois de Francfort. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Quels que soient les talens dont on dispose à Francfort, on ne peut pas faire qu’une influence trop uniquement morale s’emploie avec autant d’empire que si l’on avait sous la main des ressources plus matérielles, pour obtenir ou commander l’obéissance. Ni M. de Gagern n’a été suffisamment écouté à Berlin, ni M. Welker à Olmütz. La Prusse et l’Autriche, une fois qu’elles ont eu repris pied, n’ont voulu que d’elles-mêmes pour mettre l’ordre chez elles. ”
Raymond Poincaré,
Revue des Deux Mondes
“ Il n’y avait rien qui nous pût déconsidérer davantage aux yeux de l’Allemagne. L’occupation de Francfort elle-même, qui, à un moment donné, soulagea notre opinion publique, n’eut pas l’influence que nous espérions, parce qu’elle fut momentanée et qu’elle fut ensuite exploitée contre nous comme une preuve d’impuissance. Nous avons complètement méconnu la psychologie allemande. Nous avons cru que nous nous concilierions le gouvernement du Reich par des sourires. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ Non content de leur faire du matin au soir les honneurs de Francfort, il les introduisit dans la maison de son père, et là, tous les jours à table, il fallait, bon gré mal gré, que le jurisconsulte austère de la ville libre oubliât les questions de droit et les affaires de conseil pour tenir tête à ces trois folles imaginations, que la philosophie et la poésie enivraient. Un soir, on parlait politique au milieu d’amples libations de vin du Rhin ; à chaque coupe qu’on vidait, la haine des tyrans et de la tyrannie s’échauffait que c’était un plaisir de les voir. ”
Émile Ollivier, Revue des Deux Mondes
“ En dehors des représentations solennelles et vaines, qu’ils sont tenus de donner à Francfort, il n’y a dans leur attitude rien qui indique une opposition efficace et sérieuse à la Prusse. Les offenser publiquement le moins possible, leur épargner l’obligation de se mettre trop souvent en scène, à Francfort, tel est le moyen d’en avoir facilement raison ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
(1862-1870)
“ Dans ces occasions, les réflexions et les exemples ne manquaient pas pour nous tenir en garde contre les cours et le service des grands, dont un bourgeois de Francfort pouvait à peine se faire une idée. Je me bornerai à nommer un excellent homme, le docteur Orth, car je n'ai pas tant à élever ici un monument aux hommes qui ont honoré Francfort, qu'à mentionner ceux dont la réputation ou la personne ont eu sur moi, dans mes premières années, une certaine influence. ”
Saint-René Taillandier,
Une Page de la Vie de Voltaire - L’Aventure de Francfort
“ Frédéric tombera, glorieusement sans doute, mais il tombera, aux applaudissemens du monde. « C’est une nouveauté dans l’histoire que les plus grandes puissances de l’Europe aient été obligées de se liguer contre un marquis de Brandebourg ; mais avec cette gloire il aura un malheur : c’est qu’il ne sera plaint de personne. Il ne savait pas, lorsque je le quittai, que mon sort serait préférable au sien. Je lui pardonne tout, hors la barbarie vandale dont on usa avec Mme Denis. » Toujours le souvenir des outrages de Francfort ! il y revient sans cesse. ”
Charles-Marie Laurent, De Paris à Dantzig : récit d'un prisonnier (1871)
“ Enfin, nous voilà à Francfort : on nous avait dit que nous serions internés dans le voisinage; le Mein large comme un fleuve, de beaux quais, des montagnes lointaines où le Rhin s'enfonce, frappent nos regards. Là, le froid commence à se faire sentir avec une rigueur qui ne peut plus se supporter : on nous délivre enfin des tombereaux pour des wagons à bétail, fermés. Nous sommes une trentaine dans un espace étroit; on se chamaille avec un acharnement sans pareil : un coude qui en touche un autre, deux jambes qui se croisent, donnent naissance à des querelles interminables. ”
Voltaire,
Correspondance, VI (1753-1756)
“ Je suis sûr du secret avec Votre Excellence ; elle verra de quelle nature est l’affaire dont il s’agit par la lettre [2] à cachet volant que je prends la liberté de mettre aux pieds de Sa sacrée Majesté l’empereur. Elle verra que ce qui se passe à Francfort est d’un genre bien nouveau ; elle sentira assez quel est mon danger de recourir à Sa sacrée Majesté, dans des conjonctures où tout est à craindre, avant qu’un étranger, qui ne connaît personne dans Francfort, puisse se soustraire à la violence. ”
Saint-René Taillandier,
Revue des Deux Mondes
“ La constitution de Francfort était devenue le drapeau des insurgés. Cette charte qu’on aurait déchirée, le lendemain de la victoire servait, selon l’usage, à soulever les masses aveugles, et les patriotes sincères, les libéraux intelligens, les vrais et dévoué défenseurs du progrès, se laissaient prendre, comme toujours, à ces manifestations hypocrites. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Comme il était moins démocratique que le projet de Francfort, et surtout qu’il médiatisait moins les petits états et respectait plus leur indépendance, ces petits états n’avaient pas hésité à choisir de deux maux le moindre, et à passer de Francfort à Berlin ; mais aussi, à mesure que le danger de Francfort devenait moindre, à mesure qu’ils craignaient moins la médiatisation démocratique, ils se demandaient s’ils ne pourraient pas, à l’aide de quelque nouvel événement, échapper au joug de Berlin, comme ils avaient échappé au joug de Francfort à l’aide de Berlin. ”
