“ On n’aurait pas trouvé peut-être dans tout Francfort un homme qui les eût vus face à face : car depuis leur plus extrême jeunesse, ils étaient obligés de s’entourer de précautions infinies et de fuir tous les regards ”
Diète de Francfort
Définition et enjeux
Citations sur “Diète de Francfort”
Owen Wister,
La Pentecôte du Malheur
“ J’ai aussitôt pensé à nos forêts que l’on pille et que l’on abat et à nous-mêmes qui nous vantons de notre glorieux avenir tout en détruisant les ressources nécessaires à cet avenir. Francfort nous donne une bonne leçon, si seulement nous savions en profiter. IV. C’est à Francfort-sur-le-Mein qu’est né un des trois plus grands génies poétiques que l’on ait vus depuis la Grèce et Rome — Goethe, que j’aurai plus d’une fois l’occasion de citer. Mais Francfort possède aussi des gloires modernes que j’ai vues. C’est une des villes les mieux administrées de l’Allemagne. ”
Adolphe Franck,
Dictionnaire des sciences philosophiques
“ Son goût pour les lettres, ses relations avec Herder, Goethe, Wieland, Schil¬ler, et quelques-uns de ses ouvrages lui assurent aussi une place honorable dans l’histoire dela littérature. Enfin il n’est pas resté étranger à l’étude de la philosophie, et la meilleure partie de ses écrits est consacrée à cette science. On cite de lui : Réflexions sur l’univers, Francfort; 1777, six fois réimprimées jusqu’en 1821 ; — Pensées sur la dignité morale, Erfurt, 1787 ; — Principes d’esthétique, Francfort, 1791 ; de la Conscience comme fondement général de la philosophie, Erfurt, 11793. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Il revient à Francfort plus riche qu'il n'en est parti. Son horizon intellectuel et moral s'est élargi ; les expériences qu'il a faites, les connaissances nouvelles qu'il a acquises dans les différents domaines de la pensée et du sentiment compensent dans une large mesure les illusions qu'il a perdues. ”
Paul Féval, Veillées de la famille (1882)
“ Le banquier Moïse est le plus riche argentier de Francfort ; l'ancien procureur Zacharie prête son or mal acquis aux fils des membres de la Diète ; le margrave Albert et le baron Reynier ont épousé deux princesses ; on craint l'épée du chevalier Noir et les maléfices du docteur Mira : n'est-ce pas assez pour que bien des gens aillent répétant ce que les assassins de Berthor ont intérêt à faire croire ? Nous sommes vaincus dans le présent, Blasius. – Et votre avenir n'a plus qu'une semaine, seigneur Otto, interrompit encore le bonhomme. Dans huit jours, je n'aurai plus mon noble partner... ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
(1862-1870)
“ Dans ces occasions, les réflexions et les exemples ne manquaient pas pour nous tenir en garde contre les cours et le service des grands, dont un bourgeois de Francfort pouvait à peine se faire une idée. Je me bornerai à nommer un excellent homme, le docteur Orth, car je n'ai pas tant à élever ici un monument aux hommes qui ont honoré Francfort, qu'à mentionner ceux dont la réputation ou la personne ont eu sur moi, dans mes premières années, une certaine influence. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Mais à Francfort, sous l'influence de la maladie, surtout au contact du piétisme des Moraves, les éléments sentimentaux de sa nature se sont développés, il s'est penché sur les abîmes troubles du mysticisme et son oeil a commencé de s'habituer aux ténèbres. Il ne sera pas étonné par les enseignements de Herder, il subira sans révolte son influence. Pour l'instant, le futur « génie » passe des jours mornes à rêver, à dessiner, à lire dans les chambres où il a tant souffert et qui lui sont devenues odieuses. ”
Documents biographiques, Voltaire
“ Mais, à Francfort, il se trouva livré à des hommes qui ignoraient les égards dus aux grands talents, dont l’extravagance égalait la grossièreté, et qui croyaient donner une preuve de zèle à leur souverain en outrageant de la manière la plus cruelle un homme qui était à leurs yeux un grand coupable, par cette seule raison que la demande de Frédéric annonçait une disgrâce. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Il avait naguère la certitude que la vie le traiterait en enfant gâté et qu'il n'aurait qu'à étendre la main pour en cueillir les fruits dorés ; or, le monde qu'il jugeait si orgueilleusement à Francfort l'a souvent froissé et traité sans égards, la réalité l'a douloureusement meurtri, l'amour lui a fait une blessure d'autant plus cruelle que son amour-propre y est intéressé ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ À partir de ce jour de l’entrevue, et après être retournée à Francfort, elle lui écrivit sur toutes choses, lui envoya toutes ses pensées, tantôt sur le ton de l’hymne et de l’adoration, tantôt sur celui de la gaieté et du badinage. Quelquefois cette effusion à laquelle elle se livre est bien étrange et touche de près au ridicule : « Quand je suis au milieu de la nature, dont votre esprit, lui écrit-elle, m’a fait comprendre la vie intime, souvent je confonds et votre esprit et cette vie. Je me couche sur le gazon vert en l’embrassant...» ”
Saint-René Taillandier,
Une Page de la Vie de Voltaire - L’Aventure de Francfort
“ Frédéric tombera, glorieusement sans doute, mais il tombera, aux applaudissemens du monde. « C’est une nouveauté dans l’histoire que les plus grandes puissances de l’Europe aient été obligées de se liguer contre un marquis de Brandebourg ; mais avec cette gloire il aura un malheur : c’est qu’il ne sera plaint de personne. Il ne savait pas, lorsque je le quittai, que mon sort serait préférable au sien. Je lui pardonne tout, hors la barbarie vandale dont on usa avec Mme Denis. » Toujours le souvenir des outrages de Francfort ! il y revient sans cesse. ”
Paul Janet,
Une nouvelle phase de la philosophie spiritualiste
“ Au contraire le philosophe de Francfort, nourri dans la philosophie du XVIIIe siècle, aboutit au pessimisme, et, posant également le principe de la liberté absolue, il pense que cette volonté aveugle et indifférente ne peut produire « que le plus mauvais des mondes possibles. » ”
Maurice Barrrès, Revue des Deux Mondes
“ Ce citoyen libre de Francfort, ce bourgeois haussé d’une classe, ce parfait produit d’une vigoureuse famille, bien adapté à la vie allemande, avec quelle heureuse audace il s’appuie sur ses erreurs ! Rien n’entrave le jeu de ses facultés artistiques et, comme c’est toujours de l’âme que naît une œuvre littéraire, il parvient, au moyen des plus grossiers malentendus, dès l’instant qu’ils l’émeuvent, à établir un poème le plus solide et le plus sincère. ”
“ Francfort est la ville des cariatides. Je n’ai vu nulle part autant de colosses portefaix qu’à Francfort. Il est impossible de faire travailler, geindre et hurler le marbre, la pierre, le bronze et le bois avec une invention plus riche et une cruauté plus variée. De quelque côté qu’on se tourne, ce sont de pauvres figures de toutes les époques, de tous les styles, de tous les sexes, de tous les âges, de toutes les fantasmagories, qui se tordent et gémissent misérablement sous des poids énormes. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ J’arrivai donc à Mayence au jour fixé et par un froid rigoureux. Les jeunes princes et les personnes de leur suite me firent, comme je pouvais m’y attendre, le plus aimable accueil. On se rappela les entretiens de Francfort ; en poursuivit ceux qu’on avait commencés, et, comme on parlait de la littérature du jour et de ses témérités, on en vint tout naturellement à la fameuse pièce : Les dieux, les héros et Wieland, et j’eus d’abord le plaisir d’observer que l’on traitait l’affaire gaiement. ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ On lit dans une lettre de Goethe à Kestner, écrite pendant une absence de Francfort : — « Voici la lettre de mon père. Dieu bon ! s’il m’arrive de vieillir, faudra-t-il que je devienne aussi comme cela ? Faudra-t-il que mon âme se détache de ce qui est bon et aimable ? Étrange. Il semblerait que plus l’homme avance en âge, plus il doive s’affranchir du terre-à-terre et du mesquin... Mais il devient toujours plus terre-à-terre et plus mesquin. Il ne me reste... qu’à oublier qui je suis, où je suis et ce que je suis. » ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Dans sa correspondance avec les OEser et Annette Schön-kopf, il nous apparaît passant les interminables journées où la maladie le retient au lit ou dans un fauteuil, à revivre inlassablement et à regretter les bonnes heures trop courtes de Leipzig. Alors qu'en vérité il mène à Francfort une vie intellectuelle et morale très intense et nouvelle, il se donne l'air vis-à-vis de ses amis lointains de n'exister que par leur souvenir. ”
Saint-René Taillandier,
Une Page de la Vie de Voltaire - L’Aventure de Francfort
“ Il est poli, compatissant, hospitalier, économe, un peu trop économe quand il s’agit d’une lettre urgente, d’une lettre qui intéresse le plus précieux de tous les biens, la liberté individuelle, si étrangement confisquée, mais enfin il n’est pas indifférent à la santé de son hôte ; il lui procure un bon médecin, il veut bien ne pas installer un corps de garde à sa porte, ayant, il est vrai, une médiocre confiance dans les grenadiers de Francfort, et finalement, lorsqu’il a mis sa cave au service de l’illustre victime, il est heureux de l’avoir consolée. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ Ce qui devait surtout réjouir un bourgeois de Francfort, c’est que, dans cette occasion, en présence, de tant de souverains ou de leurs représentants, la ville impériale de Francfort apparaissait aussi comme un petit souverain ; car son écuyer ouvrait la marche ; à sa suite venaient des chevaux de selle, avec des housses armoriées, où l’aigle blanc en champ de gueules se présentait fort bien ; puis des domestiques et des serviteurs, des timbaliers et des trompettes, des délégués du sénat, accompagnés de serviteurs à pied, portant la livrée de la ville. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ A travers les épreuves de tous genres de cette période à la lois si vide et si pleine, Goethe n'a pas, en effet, perdu de vue l'idéal qu'il avait aperçu déjà à Francfort : enrichir, autant qu'il est en son pouvoir, sa puissante individualité. ”
Ernest Seillière,
Revue des Deux Mondes
“ « Aussi les créatures attendent-elles avec un grand désir la manifestation des enfans de Dieu... dans l’espérance qu’elles seront elles-mêmes affranchies de cet asservissement à la corruption, pour participer à la liberté et à la gloire des enfans de Dieu. » Sans nous essayer dans l’interprétation de ces lignes, nous rappellerons que le philosophe de Francfort, les renforçant par une citation de son mystique favori, maître Eckhard [13] , y voyait une confirmation de sa thèse métaphysique sur la Négation de la Volonté de vivre. ”
Daniel Stern, Dante et Goethe : dialogues
“ Il n'a plus pour auditoire une foule croyante qui se presse dans les églises pour entendre le récit véritable d'un voyage qu'elle tient pour réel. Personne, dans l'Allemagne du XIXe siècle, ne prendrait le poëte au sérieux, s'il racontait qu'il a fait un pacte avec le diable. Sur ce point, les bonnes femmes de Francfort ne sont guère moins différentes des bonnes femmes de Vérone que Herder ne l'est de saint François d'Assise. Il faudra donc, pour la vraisemblance poétique, que Wolfgang Gœthe revête la robe et le bonnet du docteur Faust. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ C’était une magnifique Néerlandaise, qui, sans expression voluptueuse, rappelait par la beauté de ses formes les femmes de Rubens. Ces dames, dans les séjours plus ou moins longs qu’elles avaient faits à Francfort, s’étaient liées intimement avec ma sœur ; elles avaient ouvert et égayé le caractère sérieux, rebelle et presque dur de Cornélie, et c’est ainsi que, pour l’esprit et pour le cœur, un Pempelfort, un Dusseldorf, nous étaient tombés en partage à Francfort. ”
Johann Peter Eckermann,
Conversations de Goethe
“ Je suis allé, ces jours-ci, plusieurs fois chez Goethe. Aujourd’hui nous n’avons presque parlé que de nos affaires. Je lui ai dit ce que je pensais de ses articles de critique de Francfort, et je les ai appelés « des échos de ses années d’Université ; » cette expression a paru lui plaire, parce qu’elle indique le point de vue sous lequel on doit considérer ces travaux de jeunesse. Il m’a donné ensuite les onze premières livraisons de son journal l’Art et l’Antiquité, pour que je les emporte aussi à Iéna avec le Journal de Francfort. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Mais dès qu'il est décidé qu'il ne retournera pas à Francfort, nous l'entendons dire sa volonté de jouer sérieusement son nouveau rôle et d'en tirer le plus grand profit possible pour lui-même. Il a le sentiment qu'il commence de vivre une nouvelle existence, non seulement au point de vue matériel, mais aussi au point de vue moral. ”
Victor Tissot,
Les curiosités de l'Allemagne du Sud
(1886)
“ Quelle ville, mieux que Francfort, était faite pour servir de berceau à Goethe, le poète universel? Le passé y subsistait encore dans son faste et sa magnificence, dans la fantaisie et la richesse de son architecture ; on retrouvait ses traces partout, et dans les rues, et dans les moeurs et les habitudes ”
Saint-René Taillandier,
Une Page de la Vie de Voltaire - L’Aventure de Francfort
“ C’est à peine s’il se souvient qu’il est prisonnier sur parole. Sa merveilleuse activité d’esprit lui fournit des distractions toujours prêtes. Le soir même du jour où il est resté neuf heures en tête à tête avec le consciencieux Freytag, il a déjà repris la plume. Sa nièce, qui l’attend à Strasbourg, recevra, demain le récit de son aventure, et s’empressera de le rejoindre à Francfort. Il a sur le métier un ouvrage commencé à la prière de la duchesse de Gotha, les Annales de l’Empire, quelle occasion de revoir et de rédiger ses notes ! ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Déjà, dans un compte rendu des Annonces de Francfort 2, Goethe avait blâmé l'arbitraire de cette méthode faussement scientifique et il nous dit dans ses Mémoires 2 qu'il en discuta de nouveau à Francfort avec Lavater et Mlle de Kletlenberg. Il leur soutenait qu'il est superflu et vain de vouloir légitimer la foi par la science, car elles sont en contradiction absolue. En fait de science, l'essentiel n'est pas le savoir en soi, mais l'objet, la qualité, le degré du savoir; la science peut se rectifier, s'étendre, se resserrer, elle est sans limites, sans forme. ”
Daniel Stern, Dante et Goethe : dialogues
“ C'est à Francfort qu'a paru la première histoire complète du docteur Faust, extraite en grande partie, comme le dit naïvement le titre du livre, de ses propres manuscrits, et rédigée «pour l'effroi et l'avertissement des orgueilleux, curieux et impies.» Un débit considérable de livres populaires se faisait, deux fois l'an, pendant la foire, dans la vieille ville impériale; à tous les étalages du Rœmer, notre petit poëte, moyennant quelques kreutzer, se pourvoyait amplement de bouquins, d'images et de complaintes concernant le merveilleux docteur. ”
Saint-René Taillandier,
Une Page de la Vie de Voltaire - L’Aventure de Francfort
“ Eh bien ! les confidences de Collini, le secrétaire de Voltaire, ajoutent encore à la bouffonnerie du spectacle. Ces souvenirs de Collini, publiés en 1807 et fort oubliés aujourd’hui, acquièrent un intérêt nouveau depuis que M. Varnhagen nous a livré les pièces de l’aventure de Francfort. Grâce à Collini et au critique allemand, on peut comparer deux tableaux qui se font valoir l’un l’autre : ici le trouble, les craintes, les machinations des conspirateurs, là l’insouciance et la sécurité de l’homme qui pourra bientôt dire comme le Persan Rica : J’ai troublé le repos d’une grande ville. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ Basedow fut aussi très-recherché à Francfort, et ses grandes facultés excitèrent l’admiration ; mais il n’était fait ni pour édifier ni pour diriger les âmes. Son unique souci était de mieux cultiver le vaste champ qu’il s’était tracé, afin que l’humanité y pût vivre à l’avenir d’une manière plus facile et plus conforme à la nature ; par malheur, il courait à ce but avec trop peu de ménagement. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
“ Car, dans une ville comme Francfort, où trois religions partagent les habitants en trois classes inégales ; où quelques hommes seulement, tirés de celle qui domine, peuvent parvenir au gouvernement, il doit se trouver bien des personnes riches et instruites qui se replient sur elles-mêmes, et, par l’étude ou par des goûts particuliers, se font une vie indépendante et retirée. Ces personnes, je dois en parler présentement et aussi dans la suite, afin qu’on se puisse représenter ce qui caractérisait à cette époque un bourgeois de Francfort. ”
