Résumé

Portrait de Henri Blaze Henri Blaze Revue des Deux Mondes

Le génie de Goethe rayonne donc à la fois sur la vie de la nature et sur la vie de l’ame : il prend ici les parfums, les vapeurs, les cent mystères qui se dégagent à tout moment des entrailles de la terre ou des brouillards de l’air ; là, les passions, la force, la réalité humaine. La science elle-même, grâce à des secrets dont lui seul connaît l’usage, trouve en ses mains l’indépendance et la pleine liberté de l’art. Il tient du ciel le don de s’élever en un clin d’œil du particulier au général, de renouer ce qui semblait séparé, de donner à chaque apparition irrégulière sa forme légitime.
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Voilà ce que M. Berlioz n’a pas senti. En outre, une révolution musicale au profit de la seule forme ne s’accomplira jamais. Quoi qu’on dise, la mélodie est tout ; ces ingénieuses théories qu’on n’invente guère sans raison se dissipent à sa venue. La mélodie, c’est l’ame immortelle de la musique, la lumière qui sème l’ordre et la clarté dans le chaos des sons, et quand les siècles se sont amoncelés sur l’œuvre, quand la partie périssable est tombée en poussière, le seul point qui tremble encore dans le crépuscule du passé.
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Le mystère dont ils s’environnent fait toute leur liberté ; isolés, mais heureux de s’enivrer ainsi, comme des abeilles, du miel le plus doux de la terre, ils ont ce qu’ils souhaitent. Le génie qui se fait centre ne peut, lui, se contenter d’une si médiocre volupté. Or, l’admiration qu’il ambitionne ne se donne pas volontiers ; pour l’avoir, il la faut conquérir : l’humanité est comme la terre qui ne donne rien de ses larmes ni de sa végétation aux étoiles oisives qui se contentent de la regarder avec mélancolie, et se livre tout entière au soleil qui la féconde.
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