“ L’auberge (l’Hôtel de l’Empereur) est excellente entre les meilleures d’Allemagne. Andernach est une ville charmante ; eh bien, Andernach est une ville déserte. Personne n’y vient. — On va où est la cohue, à Coblentz, à Bade, à Mannheim ; on ne vient pas où est l’histoire, où est la nature, où est la poésie, à Andernach. Je suis retourné une seconde fois à l’église. L’ornementation byzantine des clochers est d’une richesse rare et d’un goût à la fois sauvage et exquis. ”
Andernach
Définition et enjeux
Andernach, gare ferroviaire stratégique des Rhénans, incarne le croisement entre histoire et modernité. Victor Hugo la célèbre pour sa beauté solitaire et son héritage romain, tandis que Balzac évoque ses paysages ruraux et ses attaches avec le passé.
Alfred Driou met en lumière son rôle antique, cité frontalière romaine. Cette station, reliant les régions par le Rhin, témoigne d'une continuité géographique et culturelle, entre services actuels et vestiges historiques.
Citations sur “Andernach”
Victor Hugo,
En voyage, tome I
“ L’auteur dit quelques paroles aimables à une fée. Andernach. Je vous écris encore d’Andernach, sur les bords du Rhin, où je suis débarqué il y a trois jours. Andernach est un ancien municipe romain remplacé par une commune gothique qui existe encore. Le paysage, de ma fenêtre, est ravissant. J’ai devant moi, au pied d’une haute colline qui me laisse à peine voir une étroite tranche de ciel, une belle tour du treizième siècle du faîte de laquelle s’élance, complication charmante que je n’ai vue qu’ici, une autre tour plus petite, octogone, à huit frontons, couronnée d’un toit conique ”
“ Le châtelet formidable qui défendait Andernach au levant n’est plus qu’une grande ruine ouvrant mélancoliquement à tous les rayons de soleil ou de lune les baies de ses croisées défoncées, et la cour d’armes de ce logis de guerre est envahie par un beau gazon vert où les femmes de la ville font blanchir, l’été, la toile qu’elles ont filée l’hiver. ”
Alfred Driou, Pérégrinations en Suisse, en Savoie… (1880)
“ Vient Andernach, déjà remarquable en 359, sous le nom d'Antonacum. Elle posséda un des cinquante castels de Drusus, que bientôt fit tomber le batave Civilis, dont le tumultus gallicus fut si terrible, sous le règne de Galba, que Rome en trembla. Andernach, merveilleuse cité 's'élevant avec un sourire parmi les. fleurs qui bordent le Rhin et qu'entoure une enceinte de montagnes de noir basalte qui en font ressortir le frais aspect, fut jadis une ville frontière de l'empire romain et devint le quartier général d'un préfet militaire. ”
Victor Hugo,
En voyage, tome I
“ Après avoir laissé derrière moi la grande porte ogive d’Andernach, toute criblée de trous de mitraille noircis par le temps, je me suis trouvé au bord du Rhin. Le sable fin coupé de petites pelouses m’invitait, et je me suis mis à remonter lentement la rive vers les collines lointaines de la Sayn. La soirée était d’une douceur charmante ; la nature se calmait au moment de s’endormir. ”
Auteur:***, Revue des Deux Mondes
“ Hier au soir, écrit Reiset d’Andernach le 23 mai 1796, les Autrichiens ont rompu la trêve. Lorsque les tonnerres gronderont, la satisfaction sera complète dans notre armée. Toutes les musiques se sont assemblées sur le Rhin et ont fait retentir notre joie. Il paraît que c’est nous, ou plutôt le général Kléber, qui commencera à montrer à ces fiers sots que nous sommes leurs maîtres. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ De temps en temps, les chemins dans lesquels erraient les deux amis en se dirigeant vers Andernach les amenaient sur le piton d’une montagne de granit plus élevée que les autres. Là, par une découpure de la forêt, par une anfractuosité des rochers, ils apercevaient quelque vue du Rhin encadrée dans le grès ou festonnée par de vigoureuses végétations. Les vallées, les sentiers, les arbres exhalaient cette senteur automnale qui porte à la rêverie ; les cimes des bois commençaient à se dorer, à prendre des tons chauds et bruns, signes de vieillesse ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ Je vis donc Prosper Magnan au moment où il entra dans la prison d’Andernach, et il m’inspira la plus profonde pitié. Quoiqu’il fût pâle, défait, taché de sang, sa physionomie avait un caractère de candeur et d’innocence qui me frappa vivement. Pour moi, l’Allemagne respirait dans ses longs cheveux blonds, dans ses yeux bleus. Véritable image de mon pays défaillant, il m’apparut comme une victime et non comme un meurtrier. Au moment où il passa sous ma fenêtre, il jeta, je ne sais où, le sourire amer et mélancolique d’un aliéné qui retrouve une fugitive lueur de raison. ”
Honoré de Balzac,
Nouveaux contes philosophiques…
(1832)
“ A une demi-lieue d'Andernach , les deux amis, marchant au milieu d'un profond silence, comme si la guerre ne dévastait pas ce beau pays , suivirent un chemin pratiqué pour les chèvres à travers les hautes murailles de granit bleuâtre entre lesquelles le Rhin bouillonne. Bientôt ils descendirent un des versans de la gorge au fond de laquelle se trouve la petite ville, assise avec coquetterie au bord du fleuve, où. elle offre un joli port aux mariniers. — L'Allemagne est un bien beau pays !.... ”
Dimitrij Petrovič Buturlin, Examen critique des quatre dernières campagnes de Turenne (1839)
“ L'on y gagnait encore de se rapprocher du prince de Condé, qui s'était porté de Metz à Sierck. Le 19 novembre, le maréchal français décampa de Neuwied, passa le Rhin sur le pont qu'il avait fait jeter à Andernach, et arriva le 23 à Wittlich sur la route de Maestricht et de Liège à Mayence. On laissa dans les retranchements des têtes de pont d'Andernach deux mille six cents hommes. Ce détachement avait encore en soutien quatre bataillons postés à la rive gauche du fleuve. ”
“ Toute ombre qui se dresse sur un bord du fleuve en fait dresser une autre sur l'autre bord. Le cercueil de sainte Nizza, petite fille de Louis le Débonnaire, est à Coblenz; le tombeau de sainte Ida, cousine de Charles Martel, est à Cologne. Sainte Hildegarde a laissé à Eubengen l'anneau que lui donna saint Bernard, avec cette devise: J'aime à souffrir. Sigebert est le dernier roi d'Austrasie qui ait habité Andernach. Sainte Geneviève vivait à Frauenkirch, dans les bois, près d'une source minérale qui avoisine aujourd'hui une chapelle commémorative. ”
Lucien Vigneron, Au delà du Rhin (Prusse rhénane… (1892)
“ A propos d'Andernach, je trouve dans les notes de Victor Hugo celle-ci : Il va errer dans la campagne et il nous dit qu'il rencontre aux environs la tombe de Hoche : « Il me semblait entendre sortir de cet amas de pierres une voix qui disait : Il faut que la France reprenne le Rhin. » Ah ! bien oui ! il s'agit bien de cela ! Les voix de V. Hugo ne sont pas comme celles de Jeanne d'Arc; elles l'ont souvent induit en erreur. J'ai vu aussi l'église aux quatre tourelles, c'était un jour de fête et elle était si pleine que j'ai dû me tenir sous le porche pour assister à la messe. ”
Lucien Vigneron, Au delà du Rhin (Prusse rhénane… (1892)
“ Rien d'intéressant à. voir dans l'intérieur de l'église. Il faut faire le tour de la ville qui a son enceinte de murailles avec quatorze tours rondes ou carrées, d'aspect encore martial. Quand on traverse le chemin qui va à la gare du chemin de fer, on passe devant la Poste, et comme les employés n'ont pas beaucoup de distractions à Andernach, ils mettent tous le nez aux fenêtres pour contempler les nobles étrangers à qui on n'a jamais fait tant d'honneur. « Au fond, là-bas, des paysans grimpent dans les vignes » , disent encore les notes citées ”
Alfred Driou, Pérégrinations en Suisse, en Savoie… (1880)
“ Ce fut suivies bords du Rhin, à Andernach, que les rois d'Austrasie fixèrent pendant longtemps leur séjour. A cette époque, il n'élail moindre seigneur qui ne vécût le plus souvent en guerre avec ses voisins. Aussi toutes-les collines qui capitonnent les rives du fleuve se hérissèrent peu à peu de châteaux-forts, vrais et-curieux nids d'aigle- où les fiers suzerains bravaient non-seulement leurs vassaux, mais aussi les rois et les empereurs auxquels ils eussent dù obéir et payer tribut.. ”
X.-B. Saintine,
Le chemin des écoliers : promenade de Paris à Marly-le-Roy en suivant les bords du Rhin
(1862)
“ Andrecht, le garçon d'étable du vieux, n'est pas l'amoureux de Maria ; il est son frère. Père Schawrobh, le vacher, un grippe-sou s'il en fut, avait chargé Andrecht de porter une somme de cinquante florins à Gernsbach, où il avait un intérêt sur un train de bois alors dévalant vers le Rhin. Andrecht joua l'argent, à ce qu'il paraît, ou le cacha sous une pierre, et dit l'avoir égaré en route. ”
Guillaume II, Souvenirs de ma vie (1859-1888… (1926)
“ A l'exposition des chalets de bois, nous rencontrâmes inopinément le comte Andrassy, et je fus particulièrement flatté de faire la connaissance de ce cofondateur de l'alliance entre l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Andrassy était un Hongrois pur sang, aux cheveux noirs comme du charbon, dont une boucle lui tombait sur le front ; il donnait l'impression d'un homme qui sait ce qu'il veut. Pendant notre entretien, le public devenait toujours plus dense, de sorte que le prince de Galles qui survenait eut de la peine à se frayer un passage. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes nocturnes
“ Le banquier du comte de Fach ne se souvenait nullement du garde-chasse, et le régisseur du comte qui avait fait le certificat d’Andrès, venait de mourir. La déposition de deux hommes qui prétendaient avoir reconnu Andrès à la lueur des flammes pendant le sac du château, compliqua encore les difficultés de sa situation : Andrès fut regardé comme un scélérat endurci, et on le condamna à la torture, afin de lui arracher un aveu de conscience. Andrès était déjà plongé depuis un an dans son cachot, le chagrin avait miné ses forces, et son corps jadis si robuste, était devenu faible et impuissant. ”
Gaston Ducaunnès-Duval, Andernos (notes historiques) (1955)
“ Les quelques pièces de pins qu'on rencontre appartiennent au seigneur ; il n'y a point de vigne, les trois quarts de la paroisse sont en landes stériles. Les ruches d'abeilles sont réduites à une douzaine, en 1757, à la suite des grandes chaleurs qui les ont décimées. Ignac était, comme il a été dit, un quartier de la paroisse de Lège qui relevait de la seigneurie d'Andernos. Il était situé sur le bord du bassin et sur le bord des sables à une lieue de la mer. ”
E. T. A. Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ Le jour fixé pour l’exécution de Denner et d’Andrès était arrivé. Le matin même, Andrès, qui était à genoux et priait silencieusement, vit la porte de sa prison s’ouvrir et le jeune comte de Vach paraître devant lui. — « Andrès, dit le comte, tu vas mourir. Allège enfin ta conscience par un franc aveu ! Dis-moi, as-tu tué ton seigneur ? es-tu véritablement le meurtrier de mon oncle ? » — Les larmes jaillirent alors des yeux d’Andrès, et il répéta encore tout ce qu’il avait déclaré devant le tribunal, avant que le supplice intolérable de la question lui eût arraché un mensonge. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes nocturnes
“ L’étranger déposa son bonnet et son manteau sous lequel il portait une petite cassette et une valise. Il tira aussi un stylet et une paire de pistolets qu’il mit sur la table. Andrès s’était approché du lit de Giorgina ; elle y était étendue sans connaissance. L’étranger s’approcha aussi, regarda long-temps la malade d’un air pensif, prit sa main et consulta attentivement son pouls. Lorsque Andrès, au désespoir, s’écria : — Ah ! mon Dieu, elle va mourir ! l’étranger lui répondit : — Nullement, mon ami, soyez tranquille. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes nocturnes
“ Arrêtez ! arrêtez ! s’écrièrent mille voix, et les soldats eurent peine à repousser le peuple qui se pressait déjà pour faire descendre Andrès de l’échelle. L’homme qui avait prononcé le premier cri approchait à cheval, et Andrès reconnut en lui, au premier coup-d’œil, le marchand de Francfort qui lui avait compté l’héritage de Giorgina. Le marchand déposa devant le magistrat, qu’Andrès se trouvait à Francfort le jour de l’attaque du château, et il appuya son témoignage par des pièces irrécusables. Le magistrat ordonna alors que l’on reconduisît Andrès dans son cachot. ”
Lafitte, De Saint-Pétersbourg à Arcachon… (1854)
“ Un vieillard d'Andernos, si vieux, que dans le pays on croit que le Temps a oublié de l'emporter dans sa course, s'est livré, depuis ses plus jeunes ans, dit-il, à l'étude du caractère de ces petits animaux. Voici le fruit de ses recherches (çà pourrait servir à l'empereur Nicolas) : Chaque nuit, à minuit, tous les écureuils des Landes se réunissent à Andernos. Là, un d'eux, c'est probablement le chef, fait des signes cabalistiques, et tous se précipitent dans le gouffre que tout voyageur peut voir à quelques kilomètres de ce village. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Cependant des piquets de cavaliers fouillaient dans toutes les directions la forêt de Fulda ; leurs haltes avaient lieu chez le garde général. Andrès tremblait à chaque instant qu'on n'amenât Denner ou quelqu'un de ses compagnons, qui, se voyant pris, s'aviserait de l'accuser de complicité. Les alarmes d'une conscience troublée ne lui laissaient plus de repos ni jour ni nuit. Mais toutes les recherches furent sans résultats ; on ne put se mettre sur la piste des hardis malfaiteurs qui avaient rançonné le pays, et Andrès resta bientôt convaincu que Denner avait tenu sa parole. ”
Charles-Victor d' Arlincourt, Le solitaire ; par M. le Vicomte d'Arlincourt… (1821)
“ L'étranger porte un objet inanimé. Prêt à succomber à la fatigue , il semble ne plus respirer qu'avec peine. Il s'avance ; et le pasteur d'Underlach, à la foible lueur de sa lampe, reconnoît entre ses bras le corps de son cher Conrad, privé de sentiment, pâle et ensanglanté. Anselme recule avec effroi. ”
E. T. A. Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ Andrès priait à haute voix, et touchait par sa contenance pieuse tous les assistants. Denner montrait l’assurance d’un scélérat endurci et arrogant. Il regardait hardiment et d’un air enjoué autour de lui, et riait souvent au nez du pauvre Andrès avec une malicieuse satisfaction. Andrès devait être exécuté le premier ; il monta avec fermeté à l’échelle, suivi du bourreau. Soudain, une femme jeta un cri perçant et tomba sans connaissance dans les bras d’un homme âgé. Andrès détourna la tète : c’était Giorgina. Il pria tout haut le Seigneur de lui accorder de la force et du courage. ”
Maurice Barrès,
Revue des Deux Mondes
“ De ces spacieuses solitudes, rien n’émerge que les deux tours féodales d’Andlau, rien n’étincelle que l’étroite prairie sur le ballon près du Spesbourg. Ni la peinture ni les mots ne peuvent rendre les fortes et sereines articulations d’un immense paysage sévère ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Il crut entendre plus d'une fois des bruissements à travers les taillis ; puis à de longues distances il lui sembla voir bondir des formes vagues, qui pouvaient aussi bien appartenir à des démons qu'à des brigands. Son compagnon ne cessait de le rassurer contre toute crainte de danger. Un homme d'un aspect sauvage et armé jusqu'aux dents s'étant levé tout à coup d'un buisson, Andrès allait tirer dessus ; mais l'étranger retint son bras, et l'homme de mauvaise mine, ayant fait un signe d'intelligence, rentra dans les taillis. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Un combat terrible s'engagea entre les paysans et les bandits. A la lueur des coups de feu qui formaient un roulement lugubre, Andrès reconnut dans la mêlée des forestiers à la livrée du comte de Bach. Les brigands, serrés de près, durent songer à la retraite après une assez longue défense. Ils se replièrent du côté où Andrès faisait sentinelle. Denner combattait à leur tête avec un courage digne d'une meilleure cause ; chaque coup de sa carabine couchait un homme dans la poussière ”
Jean-Marie Peigné, Antrain et ses environs : essai (1861)
“ Il serait difficile, à notre avis du moins, d'esquisser, d'une manière bien précise, la physionomie du canton d'Antrain : les extrêmes s'y touchent et nous retrouvons, dans le caractère des habitants, les contrastes frappants qu'on remarque dans la nature de son sol. Dans les communes de Saint-Ouen> Antrain et une partie de Tremblay, la terre est riche, fertile : la population laborieuse, intelligente, civilisée. Mais prenez la route de Salnt-Remy et avancez jusqu'à Marcillé, et vous aurez devant vous des gens pauvres, sales, tristes comme les landes qu'ils habitent. ”
L. Buloz, L'Autriche en 1867 et son rôle dans l'Europe orientale depuis son exclusion de la confédération…
“ Mettons-les en communication par notre frontière avec l’Europe civilisée. » Comme empereur d’Autriche et comme roi de Hongrie, François-Joseph doit favoriser ce développement pacifique des races chrétiennes de l’Orient. « C’est son intérêt et c’est son devoir, » pour employer les paroles du comte Andrassy. L’éminent homme d’état, réprimant l’ardeur fougueuse de ses compatriotes, comprenait parfaitement qu’il y a là une œuvre sociale qui ne réussit pas par l’effort d’un jour, mais qui veut l’application de plusieurs générations. ”
