“ Elle est de taille à mettre un frein à la fureur des flots. Mais, lorsque leur promenade amène Pinchinat et Frascolin jusqu’à l’avant ou à l’arrière de l’île, soit à la batterie de l’Éperon, soit à la batterie de Poupe, ils sont tous deux de cet avis que cela manque de caps, de promontoires, de pointes, d’anses, de grèves. Ce littoral n’est qu’un épaulement d’acier, maintenu par des millions de boulons et de rivets. Et combien un peintre aurait lieu de regretter ces vieux rochers, rugueux comme une peau d’éléphant, dont le ressac caresse les goémons et les varechs à la marée montante ! ”
Résumé
Paru en 1895, L’Île à hélice de Jules Verne explore une utopie technologique en déclin. Une île flottante, Standard-Island, propulsée par des hélices, abrite une communauté de millionnaires divisée en deux groupes antagonistes.
À travers les aventures du Quatuor Concertant — Sébastien Zorn, Frascolin, Yvernès et Pinchinat — le roman dépeint une société artificielle vulnérable, confrontée à des conflits politiques, des attaques extérieures et une conclusion tragique. L’œuvre, imprégnée d’une critique sociale, met en évidence l’incapacité des humains à coexister en paix, même dans un monde supposé progressiste. L’île, finalement détruite, symbolise l’échec d’une utopie arrogante.
Citations de L’Île à hélice (Jules Verne)
“ « Lui ! s’écrie Sébastien Zorn, qui se sent l’envie de le prendre à la gorge et de le serrer comme il serre le manche de son violoncelle dans les forte. — Calmez-vous, mon cher Zorn, dit l’Américain. Veuillez passer, vos camarades et vous, dans le salon où le café nous attend. Là, nous pourrons causer à notre aise, et à la fin de notre conversation... — Je vous étranglerai ! réplique Sébastien Zorn. — Non... vous me baiserez les mains... — Je ne vous baiserai rien du tout ! » s’écrie le violoncelliste, à la fois rouge et pâle de colère. ”
“ Ce qui a paru être un mariage de convenance pour Walter Tankerdon et miss Dy Coverley est réellement un mariage de cœur. Tous deux s’aiment d’une affection dans laquelle l’intérêt n’entre pour rien, que l’on veuille bien le croire. Le jeune homme et la jeune fille possèdent ces qualités qui doivent leur assurer la plus heureuse des existences. C’est une âme d’or, ce Walter, et soyez convaincus que l’âme de miss Dy est faite du même métal, — au figuré s’entend, et non dans le sens matériel qu’autoriseraient leurs millions. ”
“ Nous remercions Votre Majesté, dit-il, d’avoir daigné recevoir des artistes qui désiraient lui offrir leurs respectueux hommages. — La reine et moi, répond le roi, nous vous remercions, messieurs, et nous sommes touchés de votre démarche. Sur cette île, où nous espérons achever une existence si troublée, il semble que vous ayez apporté un peu de ce bon air de votre France ! Messieurs, vous n’êtes point inconnus d’un homme qui, tout en s’occupant de sciences, aime passionnément la musique, cet art auquel vous devez un si beau renom dans le monde artiste. ”
“ «O Mozart! divin Mozart! qu'il faut peu te comprendre pour ne pas t'adorer! Toi, la vérité constante! Toi, la beauté parfaite! Toi, le charme inépuisable! Toi, toujours profond et toujours limpide! Toi, l'humanité complète et la simplicité de l'enfant! Toi, qui as tout ressenti, tout exprimé dans une phrase musicale qu'on n'a jamais surpassée et qu'on ne surpassera jamais!»Alors Sébastien Zorn et ses camarades prennent leurs instruments et, à la lueur de l'ampoule électrique qui verse une douce lumière sur le salon, ils jouent le premier des morceaux dont ils ont fait choix pour ce concert. ”
“ À deux reprises, pendant la quinzaine qui suivit, des orages éclatèrent avec violentes bourrasques et terribles rafales, car il s’en forme bien quelques-unes sur le Pacifique, malgré son nom. La houle du large vint se briser contre la coque métallique, elle la couvrit de ses embruns comme l’accore d’un littoral. Mais Standard-Island ne frémit même pas sous les assauts de cette mer démontée. Les fureurs de l’Océan sont impuissantes contre elle. Le génie de l’homme a vaincu la nature. ”
“ « Le quatuor en si bémol d’Onslow, dit-il. Allons... Une mesure pour rien ! » Ce quatuor d’Onslow, ils le savaient par cœur, et de bons instrumentistes n’ont certes pas besoin d’y voir clair pour promener leurs doigts habiles sur la touche d’un violoncelle, de deux violons et d’un alto. Les voici donc qui s’abandonnent à leur inspiration. Jamais peut-être ils n’ont joué avec plus de talent et plus d’âme dans les casinos et sur les théâtres de la Confédération américaine. L’espace s’emplit d’une sublime harmonie, et, à moins d’être sourds, comment des êtres humains pourraient-ils résister ? ”
“ C'est le canon de l'observatoire.— S'il ne sonne que midi, réplique Frascolin en consultant sa montre, j'affirme qu'il retarde...— Non, monsieur l'alto, non! Le soleil ne retarde pas plus ici qu'ailleurs!» Et un singulier sourire relève les lèvres de l'Américain, ses yeux pétillent sous le binocle, et il se frotte les mains. On serait tenté de croire qu'il se félicite d'avoir «fait une bonne farce». Frascolin, moins émerillonné que ses camarades par la bonne chère, le regarde d'un oeil soupçonneux, sans trop savoir qu'imaginer. ”
“ Suffisamment instruit, ayant parcouru l’Amérique et l’Europe, voyageant quelquefois, mais toujours rappelé par ses habitudes et ses goûts à l’existence attrayante de Standard-Island, il est familier avec les exercices de sport, à la tête de toute la jeunesse milliardaise dans les concours de tennis, de polo, de golf et de crocket. Il n’est pas autrement fier de la fortune qu’il aura un jour, et son cœur est bon. Il est vrai, faute de misérables dans l’île, il n’a point l’occasion d’exercer la charité. ”
“ À supposer que Sébastien Zorn, Frascolin, Yvernès, Pinchinat eussent été gens à ne s’étonner de rien, il leur eût été difficile de ne point s’abandonner à un légitime accès de colère en sautant à la gorge de Calistus Munbar. Avoir toutes les raisons de penser que l’on foule du pied le sol de l’Amérique septentrionale et être transporté en plein Océan ! Se croire à quelque vingt milles de San-Diégo, où l’on est attendu le lendemain pour un concert, et apprendre brutalement qu’on s’en éloigne à bord d’une île artificielle, flottante et mouvante ! ”
“ Quelle nationalité indique ce pavillon ? Aucun de nos Parisiens ne peut le reconnaître. C’est bien le pavillon américain avec ses raies transversales rouges et blanches ; mais le yacht, au lieu des soixante-sept étoiles qui brillaient au firmament de la Confédération à cette époque, n’en porte qu’une seule : une étoile, ou plutôt un soleil d’or, écartelé sur l’azur du yacht, et qui semble rivaliser d’irradiation avec l’astre du jour. « Notre pavillon, messieurs, » dit Calistus Munbar en se découvrant par respect. Sébastien Zorn et ses camarades ne peuvent faire autrement que l’imiter. ”
“ À trois cents milles au sud, se développe la Nouvelle-Zélande, et comment la rallier, si les courants portent au large ? Vers l’ouest, à quinze cents milles, c’est l’Australie. Vers l’est, à quelques milliers de milles, c’est l’Amérique méridionale à la hauteur du Chili. Au delà de la Nouvelle-Zélande, c’est l’océan Glacial avec le désert antarctique. Est-ce donc sur les terres du pôle que Standard-Island ira se briser ?... Est-ce là que des navigateurs retrouveront un jour les restes de toute une population morte de misère et de faim ?... ”
“ Si l’obstiné Sébastien Zorn se refuse à admirer ces merveilles, si Frascolin est plus modéré dans ses sentiments, en quel état de ravissement vit sans cesse l’enthousiaste Yvernès ! À son opinion, le vingtième siècle ne s’écoulera pas sans que les mers soient sillonnées de villes flottantes. Ce doit être le dernier mot du progrès et du confort dans l’avenir. Quel spectacle superbe que celui de cette île mouvante, allant visiter ses sœurs de l’Océanie ! ”
“ En se défilant d’un tronc à un autre, l’animal peut bondir sans qu’il soit possible de prévenir son attaque, et c’est bien ce qu’il allait faire, lorsque ses terribles grognements cessent, son pas se ralentit... L’épaisse ombre vient de s’emplir d’une musique pénétrante, un largo expressif dans lequel l’âme d’un artiste se révèle tout entière. C’est Yvernès, qui, son violon tiré de l’étui, le fait vibrer sous la puissante caresse de l’archet. Une idée de génie ! Et pourquoi des musiciens n’auraient-ils pas demandé leur salut à la musique ? ”
“ Pinchinat n’a point été dupe d’une illusion. Trop grosse pour un homme, cette masse ne peut être que celle d’un quadrupède de forte taille. Quel quadrupède ?... Un fauve ?... Un fauve à coup sûr... Mais quel fauve ?... « Un plantigrade ! dit Yvernès. — Au diable l’animal, murmure Sébastien Zorn d’une voix basse mais impatientée, et par animal, c’est toi que j’entends, Yvernès !... Ne peux-tu donc parler comme tout le monde ?... Qu’est-ce que c’est que ça, un plantigrade ? — Une bête qui marche sur ses plantes ! explique Pinchinat. — Un ours ! » répond Frascolin. ”
“ Que dira le Royaume-Uni ?... Un bâtiment anglais, c’est un morceau de l’Angleterre, et l’on sait que la Grande-Bretagne ne se laisse pas impunément amputer... À quelles réclamations et responsabilités Standard-Island ne doit-elle pas s’attendre ?... Ainsi débute la nouvelle année. Ce jour-là, jusqu’à dix heures du matin, le commodore Simcoë n’est point en mesure d’entreprendre des recherches au large. L’espace est encore encrassé de vapeurs, bien que le vent qui fraîchit commence à dissiper la pluie de cendres. Enfin le soleil perce les brumes de l’horizon. ”
“ Pour lui, il ne songe qu’à jouir en paix de ses richesses et — il ne s’en cache pas, — il s’opposerait à toute tentative de transformer le Joyau du Pacifique en une énorme usine ou une immense maison de commerce. Grand, correct, la tête belle sous ses cheveux grisonnants, il porte toute sa barbe, dont le châtain se mêle de quelques fils argentés. D’un caractère assez froid, de manières distinguées, il occupe le premier rang parmi les notables qui conservent, à Milliard-City, les traditions de la haute société des États-Unis du Sud. ”
“ Les avenues de la ville, les pelouses du parc menacent de s’entr’ouvrir... Aussi, comme la nuit s’approche, Milliard-City est-elle abandonnée pour la campagne, qui, moins surchargée de lourdes bâtisses, offre plus de sécurité. La population entière se répand entre les deux ports et les batteries de l’Éperon et de la Poupe. Vers neuf heures, un ébranlement secoue Standard-Island jusque dans ses fondations. La fabrique de Tribord-Harbour, qui fournissait la lumière électrique, vient de s’affaisser dans l’abîme. L’obscurité est si profonde qu’elle ne laisse voir ni ciel ni mer. ”
“ Il est vrai, si les riches Tribordais vont au concert par amour de l’art, il est possible que les riches Bâbordais n’y aillent que par convenance. Lorsque Sébastien Zorn, Pinchinat, Yvernès et Frascolin paraissaient devant les spectateurs de New-York, de Chicago, de Philadelphie, de Baltimore, ce n’était pas exagération de leur part que de dire : voilà un public qui vaut des millions. Eh bien, ce soir-là, ils seraient restés au-dessous de la vérité s’ils n’avaient pas compté par milliards. Qu’on y songe ! Jem Tankerdon, Nat Coverley et leurs familles brillent au premier rang des fauteuils. ”
“ Cependant, lorsqu’ils sont arrivés devant l’habitation du chef, celui-ci, — un Fidgien de haute taille, l’air farouche, la physionomie féroce, — s’avance vers eux au milieu d’un cortège d’indigènes. Sa tête toute blanche de chaux, est crépue. Il a revêtu son costume de cérémonie, une chemise rayée, une ceinture autour du corps, le pied gauche chaussé d’une vieille pantoufle en tapisserie, et — comment Pinchinat n’a-t-il pas éclaté de rire ? — un antique habit bleu à boutons d’or, en maint endroit rapiécé, et dont les basques inégales lui battent les mollets. ”
“ Mais si cette partie de l’archipel est volcanique, ce n’est pas à l’un de ses volcans qu’il convient d’attribuer le formidable épanchement, éruption de scories et de cendres, vomi sur ces parages. Les Tongiens n’ont pas même été plongés dans des ténèbres de quarante-huit heures, les brises de l’ouest ayant chassé les nuages de matières éruptives vers l’horizon opposé. Très vraisemblablement, le cratère qui les a expectorées appartient à quelque île isolée dans l’est, à moins que ce ne soit un volcan de formation récente entre les Samoa et les Tonga. ”
“ Disons maintenant que la vitesse maximum de Standard-Island, lorsque ses machines développent leurs dix millions de chevaux, peut atteindre huit nœuds à l’heure. Les plus puissantes lames, quand quelque coup de vent les soulève, n’ont pas de prise sur elle. Par sa grandeur, elle échappe aux ondulations de la houle. Le mal de mer n’y est point à craindre. Les premiers jours « à bord », c’est à peine si l’on ressent le léger frémissement que la rotation des hélices imprime à son sous-sol. ”
“ Peut-être voient-ils sous un jour moins sombre l’aventure où ils sont engagés. On ne l’ignore pas, les musiciens d’orchestre boivent sec. Ce qui est naturel chez ceux qui dépensent leur souffle à chasser les ondes sonores à travers les instruments à vent, est moins excusable chez ceux qui jouent des instruments à cordes. N’importe ! Yvernès, Pinchinat, Frascolin lui-même commencent à voir la vie en rose et même couleur d’or dans cette cité de milliardaires. Seul, Sébastien Zorn, tout en tenant tête à ses camarades, ne laisse pas sa colère se noyer dans les crus originaires de France. ”
“ Puis, le soleil déclinant sur l'horizon, les sommets s'empourprent une dernière fois, les tons s'adoucissent, les couleurs se fondent en une brume chaude et transparente. Ce n'est bientôt plus qu'une masse confuse dont les effluves, chargés de la senteur des orangers et des citronniers, se propagent avec la brise du soir. Après un très court crépuscule, la nuit est profonde.Standard-Island double alors l'extrême pointe du sud-est de la presqu'île, et, le lendemain, elle évolue devant la côte occidentale de l'isthme à l'heure où se lève le jour. ”
“ On l’imagine, c’est du sieur Pinchinat qu’émane cette observation des plus inopportunes. « Oui, répond le roi en souriant, ce qui prouve, messieurs, que l’oreille n’est pas l’organe indispensable au musicien. C’est par le cœur, c’est par lui seul qu’il entend ! Et Beethoven ne l’a-t-il pas prouvé dans cette incomparable symphonie dont je vous parlais, composée alors que sa surdité ne lui permettait plus de percevoir les sons ? » Après Haydn, Weber, Mendelssohn, Beethoven, c’est de Mozart que Sa Majesté parle avec une entraînante éloquence. ”
“ Les esprits se montent de plus en plus contre les auteurs du mal, ces malfaisants nababs de Milliard-City, qui sont responsables de la situation. Il faut toute l’influence du roi de Malécarlie, toute l’énergie du commodore Simcoë et du colonel Stewart, tout le dévouement des officiers, toute leur autorité sur les marins et les soldats de la milice pour empêcher un soulèvement. La journée se passe sans changement. Chacun a dû se soumettre au rationnement en ce qui concerne l’alimentation et se borner au strict nécessaire, — les plus fortunés comme ceux qui le sont moins. ”
“ En vérité, les voyageurs que la navigation effraie devraient adopter ce genre de traversée à bord d’une île mouvante. En ces conditions, il n’y a point à se préoccuper des éventualités de mer. Rien à redouter de ses bourrasques. Avec dix millions de chevaux-vapeur dans ses flancs, une Standard-Island ne peut jamais être retenue par les calmes, et elle est assez puissante pour lutter contre les vents contraires. Si les collisions constituent un danger, ce n’est pas pour elle. Tant pis pour les bâtiments qui se jetteraient à pleine vapeur ou à toutes voiles sur ses côtes de fer. ”
“ Toutefois, le ciel ne présente pas son aspect habituel. Des reflets de flammes le colorent jusqu’au zénith. L’atmosphère paraît embrumée, bien que le temps soit beau, et le baromètre n’indique pas, par une baisse soudaine, quelque perturbation des courants de l’espace. Au point du jour, les matineux de Milliard-City ont lieu d’éprouver une étrange surprise. Non seulement les détonations ne cessent d’éclater, mais l’air se mélange d’une brume rouge et noire, sorte de poussière impalpable, qui commence à tomber en pluie. ”
“ Le commodore Simcoë ne sait plus quelle est la position de Standard-Island. Entraînée en sens opposé par ses puissantes hélices, on la sentait frémir jusque dans les tôles de ses compartiments. Aussi personne n'a-t-il songé à rentrer dans sa maison. Le parc regorge de monde. On campe en plein air. D'un côté éclatent les cris: «Hurrah pour Tankerdon!», de l'autre: «Hurrah pour Coverley!» Les yeux lancent des éclairs, les poings se tendent. La guerre civile va-t-elle donc se manifester par les pires excès, maintenant que la population est arrivée au paroxysme de l'affolement?... ”
“ Après leur premier épanchement de dépit et de colère, Sébastien Zorn, Pinchinat, Frascolin, abandonnant Yvernès à ses admirations, sont demeurés silencieux et finissent par rester immobiles. Au-dessus d’eux, l’étamine du pavillon se déploie le long de la hampe. Sébastien Zorn éprouve une envie féroce d’en couper la drisse, de l’abaisser comme le pavillon d’un bâtiment qui amène ses couleurs. Mais mieux vaut ne point s’attirer quelque mauvaise affaire, et ses camarades le retiennent au moment où sa main brandit un bowie-knife bien affilé. ”
“ À présent, sa coque est trouée en mille endroits. Les joints craquent de toutes parts. Les monuments, Saint-Mary Church, le temple, l’hôtel de ville, viennent de s’effondrer à travers ces plaies béantes par lesquelles la mer jaillit en hautes gerbes. De ces magnifiques édifices, on ne trouverait plus un seul vestige. Que de richesses, que de trésors, tableaux, statues, objets d’art, à jamais anéantis ! La population ne reverra plus rien de cette superbe Milliard-City au lever du jour, si le jour se lève encore pour elle, si elle ne s’est pas engloutie auparavant avec Standard-Island ! ”
“ Vers trois heures du matin, le parc se coupe sur une longueur de deux kilomètres, suivant le lit de la Serpentine-river, et par cette entaille la mer jaillit en épaisses nappes. Il faut fuir au plus vite, et toute la population se disperse dans la campagne. Les uns courent vers les ports, les autres vers les batteries. Des familles sont séparées, des mères cherchent en vain leurs enfants, tandis que les lames échevelées balayent la surface de Standard-Island comme le ferait un mascaret gigantesque. ”
“ Mozart n’est-il pas le seul qui ait deviné, avec une sûreté aussi constante, aussi complète la forme musicale de tous les sentiments, de toutes leurs nuances de passion et de caractère, c’est-à-dire de tout ce qui est le drame humain ?... Mozart, ce n’est pas un roi, — qu’est-ce qu’un roi maintenant ? ajoute Sa Majesté en secouant la tête, — je dirai qu’il est un dieu, puisqu’on tolère que Dieu existe encore !... C’est le dieu de la Musique ! ”
“ À la nuit tombante, les fauves, après avoir été résolument poursuivis, se retirent sous les massifs, du côté de la batterie de l’Éperon, d’où l’on se propose de les débusquer dès la pointe du jour. Du soir au matin d’effroyables hurlements n’ont cessé de jeter la terreur parmi la population féminine et enfantine de Milliard-City. Son épouvante n’est pas près de se calmer, si même elle se calme jamais. En effet, comment être assuré que Standard-Island en a fini avec cette avant-garde de l’armée britannique ? ”
“ Pour ne point l’oublier, mentionnons que si Sébastien Zorn est bilieux, Yvernès flegmatique, Frascolin paisible, Pinchinat d’une surabondante jovialité, — tous, excellents camarades, éprouvent les uns pour les autres une amitié de frères. Ils se sentent réunis par un lien que nulle discussion d’intérêt ou d’amour-propre n’aurait pu rompre, par une communauté de goûts puisés à la même source. Leurs cœurs, comme ces instruments de bonne fabrication, tiennent toujours l’accord. ”
“ En effet, l’île à hélice est prise dans un de ces mouvements cycloniques, qui agissent comme de puissants condensateurs. Ces tempêtes tournantes, constituées par une masse d’eau dont la giration s’opère autour d’un axe presque vertical, se propagent de l’ouest à l’est, en passant par le sud pour l’hémisphère méridional. Un cyclone, c’est par excellence le météore fécond en désastres, et, pour s’en tirer, il faudrait atteindre son centre relativement calme, ou, tout au moins, la partie droite de la trajectoire, « le demi-cercle maniable » qui est soustrait à la furie des lames. ”
“ Pourquoi ne pas offrir au roi de Malécarlie le gouvernement de Standard-Island ? Cet ex-souverain est un sage, un large et ferme esprit. Sa tolérance et sa philosophie seraient la meilleure garantie contre les surprises de l’avenir. Il connaît les hommes pour les avoir vus de près. Il sait qu’il faut compter avec leurs faiblesses et leur ingratitude. L’ambition n’est plus son fait, et jamais la pensée ne lui viendra de substituer le pouvoir personnel à ces institutions démocratiques qui constituent le régime de l’île à hélice. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
La Politique française en Océanie…Les intérêts français dans l'océan Pacifique…Revue des Deux Mondes (Baron de Hübner…Histoire de la Polynésie orientale…Contribution à l'étude du peuplement zoologique et botanique des îles du PacifiqueLes Polynésiens orientaux au contact de la civilisation…L’Île mystérieuse (Jules Verne…Mistress Branican (Jules Verne…L'Océan Pacifique occidental : description des groupes d'îles au nord et à l'est du continent australien…Dans les mers du sud.... Les Marquises et les Paumotus…
