“ Ceux de nos lecteurs qui ont bien voulu accompagner Sébastien Zorn et ses camarades pendant leur excursion, la connaissent assez pour ne point s’y perdre. D’ailleurs, on ne s’égare pas dans les villes américaines, lorsqu’elles ont à la fois le bonheur et le malheur d’être modernes, — bonheur pour la simplicité des communications urbaines, malheur pour le côté artiste et fantaisiste, qui leur fait absolument défaut. On sait que Milliard-City, de forme ovale, est divisée en deux sections, séparées par une artère centrale, la Unième Avenue, longue d’un peu plus de trois kilomètres. ”
Milliard City
Définition et enjeux
Citations sur “Milliard City”
“ L’observatoire, on ne l’a pas oublié, occupe le milieu d’un vaste square, auquel aboutit la Unième Avenue. À l’autre extrémité de cette principale artère, longue de trois kilomètres, qui sépare les deux sections de Milliard-City, les artistes peuvent apercevoir une sorte de palais monumental, surmonté d’un beffroi de construction très légère et très élégante. Ils se dirent que là doit être le siège du gouvernement, la résidence de la municipalité, en admettant que Milliard-City ait un maire et des adjoints. Ils ne se trompent pas. ”
“ Les Milliardais peuvent donc à chaque instant savoir quel endroit Standard-Island occupe sur l’itinéraire. À part ce déplacement insensible à la surface de cet Océan, Milliard-City n’offre aucune différence avec les grandes capitales de l’ancien et du nouveau continent. L’existence y est identique. Même fonctionnement de la vie publique et privée. Peu occupés, en somme, nos instrumentistes emploient leurs premiers loisirs à visiter tout ce que renferme de curieux le Joyau du Pacifique. Les trams les transportent vers tous les points de l’île. ”
“ Il est impossible de s’entendre. Les partisans de Jem Tankerdon et de Nat Coverley évitent de se rencontrer même dans les rues. On ne va plus d’une section à l’autre. Ni les Tribordais ni les Bâbordais ne dépassent la Unième Avenue. Milliard-City est formée maintenant de deux villes ennemies. Le seul personnage qui court de l’une à l’autre, agité, rompu, fourbu, suant sang et eau, s’épuisant en bons conseils, rebuté à droite, rebuté à gauche, c’est le désespéré surintendant Calistus Munbar. ”
“ Que le roi et la reine de Malécarlie ne soient pas riches, rien de plus vrai, si on les compare à la majorité des Milliardais, et relativement aux exigences de la vie à Milliard-City. Que voulez-vous y faire avec deux cent mille francs de rente, quand le loyer d’un modeste hôtel en coûte cinquante mille. ”
“ À présent, sa coque est trouée en mille endroits. Les joints craquent de toutes parts. Les monuments, Saint-Mary Church, le temple, l’hôtel de ville, viennent de s’effondrer à travers ces plaies béantes par lesquelles la mer jaillit en hautes gerbes. De ces magnifiques édifices, on ne trouverait plus un seul vestige. Que de richesses, que de trésors, tableaux, statues, objets d’art, à jamais anéantis ! La population ne reverra plus rien de cette superbe Milliard-City au lever du jour, si le jour se lève encore pour elle, si elle ne s’est pas engloutie auparavant avec Standard-Island ! ”
“ Avouez que la capitale de Standard-Island justifie le nom qu’elle porte dans la nomenclature géographique. Ces opulentes familles mises à part, on en cite quelques centaines dont le loyer va de cent à deux cent mille francs, et qui se contentent de cette situation modeste. Le surplus de la population comprend les professeurs, les fournisseurs, les employés, les domestiques, les étrangers dont le flottement n’est pas considérable, et qui ne seraient point autorisés à se fixer à Milliard-City ni dans l’île. D’avocats, il y en a très peu, ce qui rend les procès assez rares ”
Henry Morel, Le pilori des communeux : biographie des membres de la Commune… (1871)
“ Vers de 10 avril, lorsque les communications entre Paris et Versailles furent complètement interrompues, Millière resta dans Paris, où il prit une part active aux travaux de la Commune. Arrêté lors de l'entrée des troupes, il fut fusillé sur les marches du Panthéon et mourut en criant : — Vive la République ! vive la liberté ! vive l'humanité! Millière était un homme de cinquante-quatre ans. Né à Saint-Etienne, croyons-nous, il avait été avocat au. barreau de cette ville et chef du contentieux à la compagnie d'assurance le Soleil avant d'entrer à la Marseillaise. ”
Othenin d’Haussonville, Revue des Deux Mondes
“ La physionomie des villes influe, je commence à le croire, sur le caractère de leur population. A New-York, la ville de la richesse et de l’élégance, nous avons eu la réception sociale, empressée et délicate ; à Baltimore, nous avons eu la réception municipale, toute ronde et cordiale. A Washington, nous allons avoir la réception officielle, nécessairement plus cérémonieuse et plus froide. A peine débarqués dans la ville, nous sentons qu’à la différence de New-York et de Baltimore, la ville même et la société ne sont pour rien dans l’invitation que nous avons reçue. ”
A. Cochin, Le Régime municipal des grandes villes…
“ Ce New-York compte aujourd’hui 1 million d’habitans, Paris 2 millions et Londres 3 millions. Il faut maintenant prendre son parti de la formation rapide des grosses agglomérations urbaines, de l’accroissement continu des capitales, et des difficultés du gouvernement de populations si nombreuses concentrées sur un même point. Toutes les villes grandissent et grandiront ; c’est une loi. Deux forces entraînent les hommes, l’une à la dispersion vers les terres inhabitées, l’autre à la concentration dans les lieux les plus peuplés. ”
André Chevrillon,
Les États-Unis et la vie américaine
“ Voici que la ville a boomé ; les habitans se cotisent pour embellir les parcs, les grands capitalistes, un Pullman, un Pilseney, un Carneggie, la dotent d’une église, d’une université, d’un hôpital. Ils aiment leur cité comme un industriel son usine ; autrefois, parce qu’ils croyaient à son avenir, aujourd’hui, parce qu’ils participent à sa grandeur. Voyons quelques-unes de ces villes qui ont boomê, celles dont leurs citoyens sont le plus fiers, Chicago, — la Porcopolis, — Reine des Prairies, — Saint-Paul, Minneapolis, Omaha, Kansas-City, Denver. ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ Les quartiers d’une ville ce forment ainsi, par l’effet de l’accroissement de la population, ou par les spéculations d’entrepreneurs qui calculent, d’après les progrès du luxe et de l’opulence, le besoin que de nouveaux riches auront d’occuper des habitations plus agréables et plus commodes. Ainsi, dans beaucoup de villes, on peut compter ces progrès et les changemens de mœurs, par la suite des quartiers, qui, les uns après les autres, ont agrandi l’enceinte primitive, laquelle ne forme plus que le cœur de ce qu’on appelle, par exemple, à Paris et à Londres, la cité. ”
Émile Bergerat,
Les Chroniques de l'homme masqué…
(18..)
“ Le lieu où nous conversions, notre conversation même, l'idée de cette recherche du Million, qui est l'obsession, avouée ou non, du Parisien. Paris, c'est Millionville. Plus nous allons, et plus ce besoin s'exalte chez tous les Parisiens d'avoir le Million, de l'acquérir et de le conquérir. Pourquoi voulez-vous que les gens d'esprit échappent à ce désir impérieux qui, demain, sera une nécessité, presque une condition d'existence ? ”
Ernest Duvergier de Hauranne,
Revue des Deux Mondes
“ Sauf cette rue commerçante, le bas Baltimore est laid et sordide, comme le bas New-York. Des ruelles étroites et boueuses découpent irrégulièrement les vastes massifs que séparent les grandes rues. Le dessin même en est fantasque et tortueux. C’est le quartier des matelots, des nègres, des castaways, et en général de toute la population pauvre de la ville. ”
Albert Londres,
Marseille, porte du sud
(1927)
“ Les hommes soigneux réparent leurs habits ingrats. D’autres, leurs chaussures à la main, frappent à coups de caillou sur les semelles pour leur apprendre ce qu’il en coûte de vouloir, sans prévenir, filer ainsi loin de l’empeigne. C’est dehors et chacun chez soi. Ils reçoivent des visites ! — Assis-toi donc ! dit l’un d’eux, en montrant une place sur le bitume à son ami qui vient le voir. l’enclos milliard Il y a l’enclos Milliard, appelé aussi Californie. Milliard : mille millions ! Californie : mines d’or et d’argent. ”
Paul de Martigny,
Mémoires d’un reporter
“ « — Vous ne parlez que de New-York, fit-il un jour observer à quelques clients qui n’avaient que Wall Street à la bouche. New-York évidemment c’est quelque chose, et Chicago aussi, bien entendu. Mais sans sortir de votre monde anglais qui n’est peut-être pas le plus amusant qui soit, on peut causer de Londres. Sans doute la guerre est-elle en train de déplacer le point d’équilibre financier. Les Yankees sont les gens les plus riches « in the world ». Je veux bien que New-York ait le présent pour lui. ”
Louis Mie,
La mort de Millière, déposition pour l'histoire
(1876)
“ Les camps divers ne sont qu'une passagère délimitation des partis qui se heurtent; le trépas efface cette frontière d'un moment, et c'est surtout du jour où il n'est plus que l'homme appartient à l'humanité. Ceux qui liront ce récit pourront voir que cette pensée fut la mienne à l'heure même où Millière, avant qu'il n'arrivât à la colonnade du Panthéon, était adossé aux murs du palais du Luxembourg, car à l'ami qui me disait alors : « Eloignons-nous ! je répondais : « Non! nous avons le devoir de raconter sa mort. » ”
Pierre de Coubertin,
Pages d’histoire contemporaine
“ C’est bon, cela, pour les gens de Boston, de Baltimore ou de Washington. Lui doit gagner plus d’argent que son voisin, plus d’argent aujourd’hui qu’hier ; c’est le secret de sa force et il croit que c’est aussi le secret de la force de cette cité qu’il aime et dont il est fier. Make money... honestly if you can. Enrichis-toi et, si tu le peux, honnêtement. New-York est tout entier dans ce précepte d’une crudité vraiment savoureuse. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Ainsi donc, s'il doit y avoir une ville, entre toutes, protégée contre la misère, c'est assurément cette métropole du luxe, de l'art, de l'industrie, du travail, de la science, qui peut si aisément dépenser des milliards pour ses embellissements. ”
Gabriel-Paul-Othenin d' Haussonville,
A travers les États-Unis : notes et impressions
(1883)
“ Je suis frappé de ceci que la grande caserne à six étages où s'entasse la misère dans nos vieux pays semble ici inconnue. Les maisons ne se composent jamais que d'un rez-de-chaussée et d'un premier, et sont occupées tout au plus par deux, généralement par une seule famille. Je m'informe s'il y a beaucoup de misère à Baltimore. On me dit qu'il y en a moins qu'à New-York, et qu'il y a aussi moins de grandes fortunes. En Amérique, comme en Eu- rope, on trouve la confirmation de cette loi singulière qui met toujours en contraste l'extrême pauvreté et l'extrême richesse. ”
Jules Verne,
Le testament d'un excentrique
“ Et pourrait-on s’étonner que la Reine de l’Ouest tienne le second rang, après New York, parmi les villes industrielles et commerçantes des États-Unis, puisque ses affaires atteignent le chiffre annuel de trente milliards ! On sait que Chicago, à l’exemple des grandes cités américaines, jouit d’une liberté aussi absolue que démocratique. La décentralisation y est complète, et, s’il est permis de jouer sur le mot, quelle attraction l’incitait, ce jour-là, à se centraliser autour de La Salle Street ? ”
Fernand Giraudeau, La cité nouvelle (1868)
“ Le lendemain, à la pointe du jour, le roulement des voitures, le bruit des marteaux, les cris de la population commencent à se faire entendre ; la cité se réveille ; une foule inquiète se précipite vers les foyers du commerce et de l'industrie; tout se remue, tout s'agite, tout se presse autour de vous. A une sorte d'engourdissement léthargique succède une activité fébrile; on dirait que chacun n'a qu'un seul jour à sa disposition pour acquérir la richesse et pour en jouir. ”
Henri Rulhmann, Les chemins de fer urbains, étude économique et sociale… (1936)
“ L'agglomération urbaine totale, limitée par une circonférence de 25 kilomètres de rayon, aurait ainsi une population d'environ 15 millions d'habitants. Les grandes cités actuelles gardent par conséquent une importante marge de développement avant d'approcher de cette valeur-limite. Les populations de Londres et de New-York (ville et banlieue) sont voisines de 9 millions d'habitants, celles de Paris et de Berlin de 6 millions d'habitants. ”
A. Cochin, Le Régime municipal des grandes villes…
“ Pour recevoir les flots montans d’une population vouée au mouvement et avide de bien-être, il a fallu toucher et même un peu brusquer les vieilles habitudes, les vieilles maisons et les vieux budgets. Londres, Paris, Berlin, Vienne, Genève, Bruxelles, New-York, ont fait des travaux et aussi des dettes. ”
Jules Claretie,
Histoire de la révolution de 1870-1871
(1872-1875)
“ En revanche, M. Millière, correct, froid, mesurant ses paroles, affectant une politesse excessive, conquit l'auditoire et les jurés; car l'homme n'oublie point ses passions, même lorsqu'il rend la justice, et il se laissera influencer éternellement par une intonation juste ou une attitude bien trouvée. La déposition de M. Millière devait lui assurer plus tard une large part de l'influence qu'il a tristement mise au service de la Commune. ”
Héliodore Castillon, Guide à la tour Malakoff et à la Californie parisiennes… (1860)
“ Aveuglement inconcevable qui empêchait les opposants de voir que c'était par la concentration de sa population et par le groupement des maisons que la vie peut pénétrer dans un quartier, et que le fondateur de Plaisance, qui avait fait sortir en quelque sorte de dessous terre plus de 1,500 habitations, pouvait, par te fait de son entreprise, donner, non-seulement de l'ouvrage à un nombre infini d'ouvriers en bâtiment, mais encore ramener, selon les vues du gouvernement, une nombreuse population vers la rive gauche de la Seine. ”
Joseph Méry,
La guerre du Nizam
(1856)
“ Sir Edward tenait une carte du comté de Lancastre et montrait à Octavie cette puissante trinité industrielle qui se donne les mains, Liverpool, Birmingham et Manchester. Voilà trois villes qui font beaucoup de bruit, qui s'enrichissent en s'étourdissant; Liverpool est assise sur les bords de la rivière de la Mersey; Birmingham la traite en voisine avec son rail-way et lui expédie toutes ses oeuvres. Manchester est tout à ses manufactures. Il y a dans les trois villes une quantité considérable de millionnaires dont tout le bonheur consiste à se dire le matin et le soir : Je suis millionnaire! ”
Enrique Gómez Carrillo,
Parmi les ruines . Traduit de l'espagnol par J.-N. Champeaux…
(1915)
“ Mais, aujourd'hui, n'importe qui pourrait venir de n'importe quelle métropole vertigineuse, de New-York, de BuenosAyres, de Londres, et loin de se sentir dans une ville morte, il y trouverait, en petit, ce que sa propre capitale est en grand. ”
Louis Mie,
La mort de Millière, déposition pour l'histoire
(1876)
“ L'explosion fut si violente que la tête de Millière rebondit et parut comme retournée en arrière. La pluie, depuis trois quarts d'heures, avait fouetté son visage; le nuage de poudre s'y fixa. Pendant ses stations au Luxembourg et au Panthéon il avait été d'un calme extrême. Depuis que j'étais sorti du restaurant Foyot, j'avais pu, presque à chaque minute, constater, au milieu des péripéties du drame, la simplicité et le naturel de son attitude, qui confinait presque à l'indifférence. ”
Émile de Laveleye,
La Transformation du gouvernement local aux États-Unis
“ La proportion des personnes vivant dans les localités de plus de 8,000 âmes était, en 1790, de 3.3 pour 100, en 1840, de 8.5, et en 1888 de 20.5. L’accroissement relatif des populations urbaines se fait donc plus rapidement encore aux États-Unis qu’en Europe. Ce sont les capitales surtout qui grandissent d’une façon effrayante. Ainsi, Londres a plus de 4 millions d’habitans, Paris plus de 2 millions. Berlin plus de 1 million, New-York et ses faubourgs 1 million 1/2. Le nombre des villes comptant 50,000 ou 100,000 âmes augmente sans cesse. ”
Edmond About,
L’Homme à l’oreille cassée
“ À Paris comme à Berlin, on ne parle plus que de millions ; il n’est plus question d’autre chose et tous les hommes ont des millions plein la bouche. À force d’en entendre parler, j’ai eu la curiosité de savoir ce que c’est. Allez me chercher un million, et je vous donne quittance ! ”
Théodore Vincens, Mémoire sur les moyens d'assainir et d'embellir les quartiers de la rive gauche de la ville de Paris et d'y attirer la population… (1848)
“ Si vous tenez à un plan qui date de plus d'un siècle, vous n'augmentez pas la vie d'un quartier déjà trop populeux, et vous attirez encore la population de la rive gauche, dont vous ruinez tout-à-fait les propriétaires. ”
