“ Mais, mademoiselle, dit le docteur avec ce feu que donne le désir et qui ressemble trop à la flamme sainte de l’amour ; mais, je vous le jure, c’est mon cœur qui parle en ce moment, et qui, par malheur, ne peut avoir d’autre organe que ma bouche ! C’est tout ce que mon âme a de plus pur qui s’exhale vers vous, comme l’encens vers la divinité ! Vous aussi, Agnès, vous êtes l’idéal de mes rêves : vous êtes l’ange de mes visions. Un regard de vous me mettrait sur le trône du monde, un sourire de vos lèvres me ravirait au ciel. ”
Joseph Méry
Élements biographiques
Joseph Méry (1797-1866), écrivain, journaliste et dramaturge français, incarne la pluridisciplinarité de la création littéraire du XIXe siècle. Son œuvre, marquée par un esprit satirique aigu et une sensibilité romantique, explore les tensions sociales, les ambiguïtés politiques et les profondeurs de l’âme humaine.
Auteur de romans comme La guerre du Nizam et Le paradis terrestre, ainsi que de pièces de théâtre et de librettos, Méry allie critique sociale, aventure exotique et introspection poétique, illustrant une carrière aussi variée qu’originale.
Citations de Joseph Méry
Joseph Méry,
Napoléon en Italie
(1859)
“ Un jour, le vent, parti des bords du lac de Côme Apporte un bruit lointain-à l'écho de ton Dôme, Noble cité ! bientôt l'espoir, ce bien perdu, Remonté vers le ciel, semble enfin descendu : Sur son lit de souffrance un peuple se réveille ; Il n'a qu'un même coeur, et qu'une même oreille, Il écoute, et du haut de sa vaste prison, Il entend résonner la foudre à l'horizon ! C'est le tonnerre ami, la voix de délivrance, La foudre du salut, le canon de la France ! C'est la victoire ailée ! elle a franchi les monts Et vient rendre la vie à ceux que nous aimons ! ”
Joseph Méry,
Le transporté (1/4)
“ Il me semblait, poursuivit Maurice, que j'étais assis, là-bas, sur la corniche de la poupe, devant une mer qui charriait des étoiles, comme ces fleuves qui charrient des grains d'or. J'éprouvais une joie ineffable à sentir ma respiration libre et ma poitrine inondée de fraîcheur: c'est la première fois qu'un rêve me donne cette volupté. La voûte du ciel était sombre, comme si toutes les étoiles fussent tombées dans la mer. Je ne voyais rien, je n'entendais rien autour de moi, et je m'écoutais vivre avec délices, comme l'égoïste anachorète de l'Océan. ”
