“ C’est déshonorer l’âme, croyez-en votre mère, empoisonner le cœur, corrompre la vie, que de ne voir jamais autour de soi que des trompeurs, des fourbes, des méchants, des êtres intéressés à vous nuire. On finit par être comme eux. Tristan ! croyez à l’amitié des hommes, à leur sincérité ; c’est beau, c’est bien, dût-on se tromper quelquefois ; c’est le charme, c’est la dignité de la vie. Aimez-les, ils vous aimeront. Vous m’écoutez, mon fils ? — Ma mère ! je vous écoute de toute mon âme. — Et vous, Léonore, abandonnez-vous à la même franchise, vous aurez les mêmes récompenses. ”
Léon Gozlan
Élements biographiques
Léon Gozlan (1803-1866), écrivain français né à Marseille et décédé à Paris, incarne une figure de transition entre le romantisme et le réalisme. Issu d’une famille juive sépharade, son parcours, marqué par des expériences maritimes et une carrière de chroniqueur, nourrit une œuvre où se mêlent satire sociale, portraits intimes et méditations sur l’humain.
Auteur de Balzac en pantoufles et de Les Nuits du Père-Lachaise, il explore avec acuité les tensions entre ambition et fragilité, entre rêve et déception, dans un style à la fois léger et percutant. Son héritage, souvent sous-estimé, révèle une maîtrise narrative et une lucidité critique qui le placent parmi les voix majeures de son époque.
Citations de Léon Gozlan
Léon Gozlan,
Les Nuits du Père Lachaise
“ C’est Maracaïbo, le singe gigantesque de lady Glenmour, celui qui couche toujours aux pieds de son lit et qui s’est dressé sur ses pattes ayant senti remuer près de lui. Il s’est éveillé et le voilà ! Sur l’un et sur l’autre jeunes gens il darde le fluide jaune de ses yeux ; il se ramasse ensuite sur sa croupe nerveuse et velue, et entre ses bras, durs comme une corde de fer, il est prêt à étrangler jusqu’à ce que mort s’ensuive celui qui fera un pas, un geste de plus. Ses deux longs fléaux de bras se joignent ensuite, et Maracaïbo est alors un singe, plus, un homme. ”
“ Penchés sur le visage de leur fille, lord Brady et sa femme se sentirent sans doute entraînés, attirés l’un vers l’autre par cette ressemblance où le père met sa force et la mère sa grâce, afin qu’ils s’aiment tous deux dans leur image aimée. Nelly fut le Messie du château où elle descendit comme la colombe de l’arche avec la verte branche d’olivier. Quand on est deux à sourire au premier sourire d’un enfant ; quand on est deux pour attendre son réveil ; quand on est deux à s’alarmer de ses cris, on est bientôt heureux de la même joie, triste des mêmes peines. ”
