“ Ne sachant plus à quel moyen avoir recours pour rendre le sentiment à Casimire, Marine décroche le bénitier en cristal placé près du lit de Casimire, et le vide sur son front. La fraîcheur de l’eau la surprend ; elle remue aussitôt les lèvres, elle soupire, elle rouvre les yeux, ses yeux qui rencontrent ceux du commandeur. Elle est sauvée. Après avoir regardé autour d’elle, Casimire se dégagea avec pudeur, laissant glisser doucement ses bras le long de son corps ; sa main en descendant rencontra la main du commandeur, qui n’osait pas encore l’abandonner. ”
Casimire
Définition et enjeux
Le thème de “Casimire” a été abordé par des auteurs tels que Léon Gozlan. Il est souvent associé à des termes comme Casimir, commandeur, le roi, le marquis ou Périer.
Citations sur “Casimire”
“ Alors Casimire, à mots brisés, lui raconta le voyage secret du commandeur et son arrestation. Marine leva au ciel des regards qui voulaient dire : Malheureuse ! qu’a-t-elle fait ? — Auras-tu soin de mes deux enfants ? dit-elle aussitôt à Casimire. — Mon Dieu ! tu fais toujours des histoires. ”
“ Oh ! cette amitié vous appartient tout entière, interrompit Casimire au moins aussi émue que le commandeur. Pauvres jeunes gens qui ne voyaient pas combien ils se trompaient l’un et l’autre, celle-ci en mettant un mot faible sur une passion forte, absolue, celui-ci en croyant que véritablement il s’était mépris. ”
“ Tableau triste à mourir, tendre à briser le cœur ! Marine faisait inutilement respirer des sels à Casimire, en criant par toute la chambre qu’elle était morte ; et le commandeur penchait sur ce visage insensible, son visage devenu brun, martial, aux fatigues de la guerre. Il n’osait pas décroiser ses bras, de peur de voir s’évanouir cet être faible qui paraissait ne plus tenir à la vie que par cette étreinte. Vainement le commandeur prononçait leurs deux noms, le silence de pierre et l’anéantissement de Casimire persistaient. ”
“ Une ligne était restée cachée dans un pli au bas de la lettre. Casimire, en la déployant dans toute son étendue, lut cette ligne oubliée ; elle leva les yeux au Ciel. Cette ligne ne contenait que ces mots : « P. S. J’ai fait mon devoir comme les autres. » Casimire répéta avec une émotion qui s’éleva jusqu’à la tendresse maternelle : — Il a fait son devoir comme les autres ! Quelle sublime modestie ! murmura-t-elle avec onction ; il me dit cela comme une chose indifférente, oubliée dans le cours de sa lettre. Oh ! oui, il a fait son devoir ! ”
“ La morale de Casimire, en se développant, tendait constamment, on a pu le voir, à se placer, dans cet état de lutte, entre son cœur et les doctrines de son père : elle allait au bien lorsqu’elle écoutait son cœur ; elle tombait dans le faux quand elle se conduisait à la clarté de ces doctrines. Plus elle avançait en âge, et plus cette collision intérieure occupait de l’espace et prenait de la force. ”
“ Enfin, étourdi d’un coup si inattendu, le jeune commandeur demanda en tremblant à Casimire si elle l’autorisait à lui écrire pendant son séjour à l’armée. — Je vous le permets de grand cœur, répondit Casimire ; mais je n’ai pas besoin de vous dire que vos lettres, puisqu’elles ne passeront pas par les mains de mon père, devront se borner à me donner des nouvelles de votre santé et à me parler des événements du siège auquel vous allez prendre part. Mes vœux vous accompagneront. ”
“ Allons, dit le marquis en roulant dans les rues désertes de Varsovie, j’étais un grand fou de douter un instant de mon succès auprès de Casimire. Où diable avais-je pris ces doutes, ces scrupules, ces craintes ? J’avais trop mauvaise opinion de moi-même ; on ne se démolit pas ainsi. Après avoir semé il n’est pas si extraordinaire de recueillir. Devant les pas de Casimire j’ai semé la galanterie, le plaisir, les fêtes, le bonheur ; je moissonne l’affection, la tendresse, l’amour. C’est quelle est vraiment belle mademoiselle de Canilly, vraiment très-belle ! ”
“ Arrivée chez elle, Casimire s’écria, dans la plus profonde agitation : Tant de gloire ! et il n’en dit rien dans sa lettre. Sa lettre n’a plus le même sens pour moi. Je ne puis croire à tant de modestie ; la modestie ne va pas si loin dans le cœur d’un jeune homme à son premier succès. ”
“ Casimire pâlit. — Quant aux autres, ils n’ont pas même le droit de faire valoir leur trahison de second ordre auprès de l’étranger qui les emploie ; quand ils ont fini leur besogne d’encre ou de sang, on les paye avec de l’or s’ils ont réussi, ou on les pend entre les deux frontières s’ils n’ont pas mené à bonne fin leurs trahisons. Voilà ce que je pense de ceux qui servent l’étranger contre leur pays. Casimire tomba au pied du fauteuil sur lequel elle était assise. — Oh ! mon Dieu ! qu’ai-je dit, s’écria le commandeur, qui ait pu vous émouvoir ainsi ? Casimire ! Casimire ! ”
“ Maintenant que l’événement touche à sa fin, je puis dire, après avoir été assez modeste avec vous, que Casimire eût pu tomber plus mal. Je lui prépare une existence que peu d’hommes auraient eu les moyens, sinon le désir, de lui rendre aussi brillante. ”
“ Mais vous ne serez pas obscur ; non, oh ! non, vous ne le serez pas. Peu d’hommes, au contraire, seront aussi élevés que vous sur la terre... Mais que dis-je ? Et Casimire retint une seconde fois sa pensée, près de la jeter dans un abîme. La vie de son père compromise par une indiscrétion, par un parjure ! Si elle avait pu dire tout ce qu’elle savait, elle aurait à coup sûr empêché le commandeur de la quitter, et de la quitter peut-être pour toujours. Son cœur se déchirait dans ce double tiraillement. ”
“ « Le commandeur de Courtenay. » Pas un mot affectueux ! s’écria Casimire en froissant la lettre du commandeur. Je ne suis rien dans ses souvenirs. Les convenances ont dicté cette lettre ; elle est écrite tout simplement à Mlle de Canilly : Casimire est oubliée. Rien pour moi ! Pourtant j’ai peine à comprendre cette indifférence après ces signes de douleur au moment de son départ : ses indécisions, sa pâleur, ses regrets, ses larmes. Ah ! c’est moi seule que je dois accuser ; je lui avais dit de ne m’écrire que sur les événements de la guerre : il m’a obéi. ”
“ Casimire atteignait à peine sa dix-septième année, le commandeur n’avait pas encore vingt et un ans. Et ils étaient en Italie ! Ils n’avaient qu’eux pour guides, pour conseil, pour obstacle, car ce n’était pas le marquis de Courtenay qui pouvait, par les ombrages d’une jalousie dont ils auraient béni les soupçons, les tenir l’un envers l’autre dans un état de salutaire défiance. Si l’excès de douleur dans ce corps affaibli avait un jour éveillé la pensée du suicide, l’excès d’une joie inattendue avait, pour ainsi dire, dérangé chaque pierre de son architecture intellectuelle ébranlée. ”
“ Le cocher garda donc la voiture, et le commandeur et Casimire gagnèrent le bois à la marge duquel ils supposaient qu’était le village aperçu de loin. La nuit ne descend pas dans les climats chauds, elle tombe ; elle n’a pas plus tôt atteint le zénith, où viennent expirer les dernières lames d’or du soleil couchant, qu’elle plane déjà sur la cime des arbres, jetant de tous côtés son crêpe sombre, vaste tente déployée. Casimire et son compagnon faillirent s’égarer avant d’arriver à l’endroit qu’ils ne découvraient plus maintenant qu’à travers le fouillis d’arbres brunis par la nuit. ”
“ Il pensa bien aussi à quitter Varsovie et à se retirer, avec Casimire, dans quelque province obscure de l’Allemagne. Mais, s’objecta-t-il aussitôt, il arrivera, si je mets en pratique ce moyen, bon au premier coup-d’œil, qu’on dira dans le monde que j’ai entraîné Casimire parce qu’il m’a été plus facile de la faire disparaître que de la défendre avec succès. Et le commandeur tournait sa pensée d’un autre côté. Comme tout le monde il méprisait la calomnie, mais, comme tout le monde, il n’avait pas la force de la laisser se dévorer elle-même. ”
Léon Gozlan,
Le Dragon rouge
(1843)
“ Leur vie devait être une épreuve constamment renouvelée, dont Dieu seul connaissait le terme et l'issue . Que de fois la loyauté antique du commandeur et la force d'esprit de Casimire, elle qui pressait entre les plis de son beau front, lorsqu'elle méditait, le passé et l'avenir des tiatioris, arrivèrent aux avantderniers soupirs d'une lutte courageuse! ”
“ C’est à ce moment que Casimire, si habile, comme on l’a vu, à établir des calculs pour savoir s’il lui convenait mieux d’être douce que sévère envers le commandeur, et qui avait fini par lui ordonner de quitter brusquement l’armée, calculs infinis d’amour-propre, ruses exagérées, craintes mises en balance avec le désir, vit enfin ce qu’elle n’avait pas même soupçonné, qu’elle avait brisé à jamais l’existence militaire du commandeur, compromis son honneur et fermé son avenir ”
“ J’ai voulu dire qu’à deux heures après minuit... — Je comprends... à deux heures après minuit, s’écria le marquis, il est temps d’aller dormir, je me retire. C’est que tout m’effraie, ajouta-t-il en prenant son chapeau, un mot, un signe, un rien. Je suis comme quand on aime, n’est-ce pas ? — Je n’en sais rien, dit Casimire. — Méchante ! mais vous avez raison de feindre. Nous autres, jeunes gentilshommes, nous sommes trop portés à croire qu’on nous adore. Un peu de sévérité nous est due. Pas trop ! n’est-ce pas, ma charmante Casimire, pas trop ? ”
“ L’effet produit par cet appareil de fête mélangée de deuil n’était pas gai ; le bal n’attendait plus que des veuves, des orphelins, des victimes et un orchestre de fantômes. L’état dans lequel languissait alors l’esprit de Casimire, par la mort si récente de son père, s’assombrit encore de ce spectacle lamentable. Elle sentit ses joues se refroidir comme du granit, et le demi-sourire d’hilarité que lui avait d’abord inspiré la bizarrerie du marquis s’évapora sur ses lèvres. Sa main se scella avec la crispation de la terreur au bras du commandeur de Courtenay. ”
“ La souveraineté des Canilly est empreinte partout. Le cœur de Casimire grossissait à chacune des paroles ambitieuses de son père, dont la pantomime vraiment admirable se réglait sur la vivacité de ses propres paroles. Elle se voyait reine, revêtue du manteau de velours, parlant à ses sujets, la couronne en tête. — Comprenez-vous, comprenez-vous, maintenant ? s’écria-t-il en croisant ses bras, si je dois entrer, si je puis me dispenser d’entre dans cette conspiration, y prendre une part de lion, et attendre d’immenses profits ? C’est un roi qui va conspirer avec un roi contre un régent. ”
“ Casimire était placée à cet heureux commencement de la vie, entre les frontières de l’enfance et celles de la puberté. Son front, son nez, ses lèvres, tout l’arc de son visage, d’une blancheur solide, offrait le renflement de la fleur près de passer de l’état de bouton à l’épanouissement. On sentait sous cette enveloppe fraîche grandir, travailler, fermenter le germe de la jeunesse et de la beauté. ”
“ Tu vas le voir, curieuse. — Ah ! c’est la réponse, répliqua Casimire avec un doux sourire qui pouvait bien signifier : — Elle est un peu longue, la réponse ; mais je l’écouterai pourtant jusqu’au bout. — Une dame d’honneur, reprit Marine, me tira ensuite à l’écart, et me dit : Nourrice, la duchesse va accoucher ; je serais bien heureuse et bien récompensée, si je pouvais la première annoncer au duc de Bourgogne que Dieu lui a envoyé un garçon. Voilà quarante louis pour toi : si c’est un garçon, baisse la tête ; si ce n’est pas un garçon, retire-la en arrière. ”
“ Le bonheur de Casimire conservait dans sa plénitude toute la sombre et respectueuse tristesse du deuil étalé sur ses habits, écrit sur son visage. Une ligne noire encadrait ce tableau de bonheur, ce paysage de joie qui commençait à poindre dans le fond de ses yeux. Cela était consolant, mais sans gaieté, sans éclat. Dieu, le monde et son père, ces trois choses sacrées et sévères n’auraient pas blâmé cet amour qui venait s’asseoir sur une robe de deuil et y effeuiller doucement des roses. Les amours accoudés et sérieux font bien aux angles d’un tombeau. ”
“ C’est un bourreau ! fit Casimire, dont le sang, sans qu’elle s’en aperçût, jaillissait de ses lèvres, tant elle les avait mordues de douleur. « Dans une heure, lut-elle ensuite, on va encore me venir prendre et l’on me soumettra à un autre genre de supplice. Courage, mademoiselle de Canilly, courage ! » ”
“ Il ne remarquait pas qu’en allant Casimire avait seulement posé la main sur son épaule, et qu’au retour il était entouré par les bras de Casimire. vi Sans l’influence de M. de Canilly, cette belle fleur qui s’appelait Casimire, serait parvenue, grâce à l’appui du sage commandeur, à la plus riche éclosion. L’amour la rendait déjà rêveuse et réfléchie ; un jeune homme avait surpris son aveu, et, de son côté, elle ne doutait pas de l’amour de ce jeune homme pour elle. ”
“ Comme Casimire insistait : — Eh bien ! nous le monterons tous les deux, dit-il ; nous le dresserons ensemble. Le traité fut accepté. À côté de la selle un coussin fut placé sur la croupe du cheval, qui partit aussitôt qu’il sentit le poids des deux cavaliers. Il flairait sans doute au loin les gras pâturages de l’Ukraine, car il galopait avec une frénésie telle que les arbres passaient comme des visions. Quoique rapide à l’excès, le mouvement était si doux que le commandeur s’occupait à peine des rênes. Casimire, assise derrière lui, avait appuyé la main sur son épaule droite ”
“ Quoique je trouve un peu bizarre l’heure de votre confidence et fort imprévu le motif qui l’a amenée, répondit Casimire, je ne suis pas aussi décourageante que vous avez paru le craindre. Si je ne dois compte de mes sentiments à personne, je me dois les conseils de mon père avant même de chercher à savoir si j’éprouve des sentiments d’affection pour quelqu’un. ”
“ C’est que rien ne se ferait sans moi ; il faut que je monte à l’échelle avec les peintres, que je coure sur les échafaudages avec les maçons, que je presse le serrurier, que je gourmande les ébénistes. Aussi voyez comme ils m’ont arrangé. Mais, comme je vous le disais dans la joie de mon âme, l’œuvre marche à son parfait accomplissement, et certes elle me fera honneur, n’est-ce pas ? dans l’opinion de la personne qui l’inspire. — Assurément, répondit Casimire, qui n’avait pas saisi un seul mot de tout ce qu’avait débité le marquis en s’époussetant, en se brossant, en s’essuyant. ”
Léon Gozlan,
Le Dragon rouge
(1843)
“ Ce fantôme était cependant une barrière élevée entre Casimire et le commandeur. C'était la seule. Ils s'efforçaient de la rendre même plus redoutable et plus sacrée à mesure que ce fantôme se réduisait de plus en plus, pour eux, à la mincité d'une ombre. La liberté qu'il leur laissait de se voir, liberté aussi absolue que s'il n'eût pas existé, les épouvantait, car elle les exposait davantage. Le devoir, aux prises avec de plus dures exigences, les exaltait ”
“ Pendant les huit jours qu’ils y passèrent, ils furent trop occupés de recherches bibliographiques pour se laisser envahir par la langoureuse mélancolie qui s’élève du fond de cette ville morte et fait replier avec tendresse l’âme sur elle-même, comme il arrive quand on se promène sous les cyprès d’un cimetière. Les morts font aimer. Dès que le travail de Casimire fut fini, ils remontèrent aussitôt en voiture ; le front de leurs chevaux se tourna du côté de Florence, ville que l’exil leur avait rendue aussi chère qu’une seconde patrie. ”
“ Non, disait-il à Casimire dans leurs charmants entretiens qui prenaient de jour en jour une couleur plus tendre ; non, le monde n’est pas, comme on voudrait vous le persuader, une société de trompeurs et de trompés. ”
