“ Tu vaux mieux que le fer, tu es libre ! tu vaux mieux que l’argent, tu es libre ! tu vaux mieux que l’or, tu es libre, Boccold ! Boccold, c’était le nom du mineur affranchi. On le conduisit aux pieds d’Ulrich qui, tirant son épée toute ruisselante des feux de la mine, s’écria : — Au nom de mon père, votre maître et le mien, le graf Eberard Eberstein, je te fais libre, Jean Boccold ! Va où tu veux ! vis où tu peux ! meurs dans ton Dieu ! Un manteau fut jeté sur les épaules de Boccold, et on l’aida ensuite à monter sur le trône qu’occupait le divinateur. ”
Léon Gozlan
Résumé
"Les vendanges" de Léon Gozlan, publié en 1869, explore les tensions entre liberté et domination, religion et autorité, à travers une galerie de personnages dont les destins sont entrelacés : le mineur affranchi Boccold, le marchand Fournisseaux, ou encore la jeune Katty. L’auteur dépeint un monde où les rapports de domination et de soumission, les conflits familiaux et les dilemmes éthiques s’entremêlent, souvent sous le signe d’un dieu omniprésent.
La scène où Boccold est proclamé libre par Ulrich illustre la lutte pour l’émancipation, tandis que les dialogues sur les indulgences et le pape révèlent une critique des structures religieuses. L’œuvre, à la fois réaliste et symbolique, questionne les fondements du pouvoir et la fragilité des relations humaines.
Citations de Les vendanges (Léon Gozlan)
“ Qui le fait croire cela, Fournisseaux ? — Votre gendre veut me renvoyer. Est-ce qu’on renvoie un homme comme moi ? on le tue plutôt ; on retire, sans qu’il le sache, l’échelle par où il doit descendre ; on lui laisse rouler une barrique sur les jambes ; mais le renvoyer ? ce n’est pas avoir de cœur ! Et où irais-je, moi, dans Paris ? Je n’y connais personne ; je n’y ai pas d’amis ; quand j’ai dépassé la rue des Lombards, la tête me tourne comme si j’étais sur mer. Vous voyez, monsieur Richomme, que puisqu’on me renvoie, c’est que la maison est perdue. ”
“ Le blanc plaît à la Vierge. Soyez de moitié, lord Brady, dans le serment que je ferai à Dieu de laisser Katty revêtue d’une robe blanche jusqu’à l’âge de quinze ans. — Jusqu’à quinze ans, Hanna ! — mais cette robe blanche sera son linceul ! — Notre fille mourra à huit ans, vous le savez. — La Vierge, la seconde mère que nous lui donnons, milord, voudra sans doute que notre enfant demeure plus longtemps sur la terre. Katty ne nous appartiendra plus jusqu’à quinze ans ; mais si elle parvient à cet âge, elle sera tout à nous. Vous associez-vous au vœu de sa mère ; le permettez-vous ? ”
