“ Il y en a de semées par toute l’Allemagne ; au fond de la terre j’ai rencontré des hommes qui se mouraient de désespoir comme au-dessus. Le moine éleva la gamme sacrée de son instrument, et du front la main d’Ulrich descendit sur son cœur. — Le cœur, Ulrich, noble foyer où la pensée s’épure quand elle y tombe. La tête est la mine : le charbon, la terre, la glaise, le fer, s’y mêlent ; le cœur, c’est la forge ardente : le charbon y devient diamant, le fer épée. ”
Ulrich
Définition et enjeux
Citations sur “Ulrich”
Émile Souvestre,
Revue des Deux Mondes
“ Les brouillards qui flottaient sur les rampes inférieures se déchiraient peu à peu, et, emportés par le vent du matin comme les lambeaux d’un voile magnifique, entrouvraient de larges percées par lesquelles le jour glissait jusqu’au fond de la vallée. Insensiblement arraché malgré lui à sa rêverie, Ulrich commença à regarder ce qui l’entourait. Il y a dans l’air des montagnes, dans les mille défis jetés de toutes parts à notre curiosité, dans la fière rudesse de ce qui frappe nos yeux, je ne sais quoi d’excitant qui endurcit et fortifie. Le corps se sent plus actif, l’esprit plus hardi. ”
Antoinette Dupin, Comment tout finit. Tome 2 (1838)
“ Après avoir fait part de son projet à sa dame, dit M. Ampère, dans des pages éminemment spirituelles sur la chevalerie, Ulrich part, comme pour aller en pondit galamment le duc ; n'est-elle pas tout ce que le coeur et les yeux peuvent jamais désirer qu'elle soit ? A te voir, qui ne dirait avec le poète de Berte : Ele est plus gracieuse que n'est la rose en may (1) ? Non, l'anneau ne pourrait rien pour Isabelle. Tous deux faisaient allusion à Ulrich de Lichteinstein qui donnait à chaque chevalier avec lequel il brisait une lance, un pélerinage à Rome. ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal
“ Il jura que, s’il ne gagnait pas, dans la chance qui allait tourner, il jetterait sa dague contre un crucifix qui était sur la cheminée. Les menaces d’Ulrich n’épouvantèrent point celui dont il outrageait l’image ; Ulrich perdit encore. Furieux, il se lève, lance sa dague, qui n’atteignit pas son but sacrilège, et aussitôt, disent les chroniques du temps, une troupe de démons tombe sur lui et l’étouffe, avec un bruit si épouvantable, que toute la ville* en fut ébranlée [1] . ”
“ « Maintenant Ulrich est mort... L’homme qu’on avait vu plein de santé la veille n’était plus le lendemain qu’un cadavre !... Il avait, dit-on, pour ennemis des gens tout-puissants dont il combattait l’injustice... Il faisait partie d’une vaste association dont tous les membres sont frères ; — mais quelle main s’est levée pour le venger ? » Ses trois fils, les dignes cœurs, ne portent ni le nom de Bluthaupt ni le nom de Rothe ; ils sont bâtards. J’ai entendu affirmer qu’ils sont engagés, eux aussi, dans une lutte désespérée... Qui peut dire s’ils ont un abri où reposer leurs têtes ? ”
Hilaire Léon Sazerac, Les Glanes, album, par H.-L. Sazerac (1849)
“ Vingt fois elle fut sur le point d'interroger Ulrich, mais un sentiment de discrète confiance la retint. Cependant un matin, Ulrich, avant la naissance du jour, sortit sans avoir dit adieu à Marie. Le soir, il ne vint point. Le lendemain, il ne revint point encore!. Marie le chercha partout où elle espérait le pouvoir trouver; elle alla le demander à tous ceux qui le connaissaient ! Pauvre femme ! le cœur navré, épuisée de fatigue et de douleur, elle rentra dans sa triste demeure, où l'attendaient les pleurs et les cris de son enfant, qui lui demandait son père ! ”
“ Hans lui prit les mains et les baisa tendrement. — Je suis heureux de lire au fond de votre bon cœur, Trudchen, répondit-il. — Aimez la comtesse Margarethe... aimez-la plus que moi et avant moi !... c’est la fille du noble Ulrich, mon bon maître ; c’est la sœur des trois déshérités que je voudrais voir puissants et riches au prix de tout mon sang ! ”
Émile Souvestre,
Scènes et récits des Alpes, par Émile Souvestre…
(1857)
“ Vous me connaissez depuis le berceau , continua Ulrich ; j' ai été élevé ici comme votre fils , vous savez qu' il n' y a en moi ni lâcheté ni malice , et que la femme qu' on me donnera ne sera point à un homme sans cœur . Dieu me punisse si elle pleure jamais par ma faute ! Laissez donc Fréneli et moi être heureux , tante Trina , et nous vous remercierons à deux genoux , comme les papistes remercient leurs saintes . Voyez , votre petite-fille vous prie avec moi ; ne nous ôtez pas la force et le contentement de vivre . ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Quand l’œuvre d’Ulrich aura été publiée dans son intégrité, on saisira mieux l’importance qu’elle présente pour l’histoire de la théologie dominicaine, plus particulièrement de l’école rhénane. C’est à Strasbourg que vécurent Tauler, Nicolas de Strasbourg, Jean de Dambach. Dans quelle mesure ont-ils subi l’influence d’Ulrich et de sa Somme ? Jean de Fribourg, lui, Jean Nider, Denis le Chartreux accuseront plus nettement leurs emprunts. Il y a là, pour la mystique comme pour la pensée théologique, tout un chapitre, et non des moins intéressants, à écrire. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ M. Ulrich avait la science profonde de la forêt et de la montagne. Il jouissait de l'occasion qui lui était donnée d'expliquer les Vosges, et de découvrir son neveu. L'ardente jeunesse de Jean l'amusait souvent et lui rappelait des temps abolis. Les instincts de forestier et de chasseur qui sommeillaient au cœur du jeune homme s'émurent et s'enhardirent. Mais il eut aussi ses colères, ses révoltes, ses mots de menace juvéniles, contre lesquels l'oncle protestait faiblement parce qu'il les approuvait au fond. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Malgré le peu de lumière qui flottait dans la chambre, l'oncle Ulrich et Jean crurent voir un sourire sur le visage du vieillard, réponse de l'âme encore jeune. Ils se retirèrent sans bruit, disant : — Bonsoir, monsieur Oberlé; bonsoir, grand- père 1 La veilleuse agita sa flamme, déplaça les ombres et les lueurs; la porte se referma, et le songe interrompu continua dans la chambre où n'entraient guère, depuis le coucher du soleil, que les heures sonnées au clocher de l'église d'Alsheim. M. Ulrich et son neveu se quittèrent au bas du perron. ”
“ Il ne fait pas bon pour nous, mes amis, dans la cité de Heidelberg... nous sommes trop près ici du château de Rothe, et les gens qui ont tué notre père ont trop d’intérêt à nous envoyer le rejoindre. — C’était un vaillant et digne Allemand que le comte Ulrich ! dit le poëte en élevant son verre avec solennité : — je consacrerai quelque jour des vers à sa mémoire ; en attendant, que Dieu fasse paix à son âme ! Tous les étudiants, assis autour d’Otto, se découvrirent avec respect. ”
“ Depuis de longues années déjà, la mort de son premier époux, le baron Ulrich de Saul, l’avait laissée dame et maîtresse du manoir de Linkenberg. À compter le nombre de jours de Toussaint, où la puissante baronne était venue dire ses patenôtres en l’église des onze mille Vierges, et ses messes d’anniversaire qu’elle avait fait dire pour le sire Ulrich et pour deux autres maris qu’elle avait eus depuis sa mort, on eût pensé peut-être que depuis longtemps les jours de sa jeunesse étaient passés ”
“ Mais, depuis lors, une voix impitoyable criait au fond de sa conscience, fit Fritz cherchait dans l’anéantissement de l’ivresse un refuge contre ses remords. Il y avait au monde trois hommes qui connaissaient son secret : d’abord Johann et M. le chevalier de Reinhold, qui avait achevé de coudre ses lèvres en payant son silence à plusieurs reprises, le troisième était Otto, le bâtard du comte Ulrich, à qui Fritz avait fait autrefois sa confidence. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Lorsque, dans les chemins, dans les villages, il apercevait un homme de cinquante ans ou plus, et qu'il le reconnaissait pour Alsacien, il était ; rare qu'il ne fût pas reconnu lui-même, et qu'un sourire mystérieux ne préparât la question du maître de Heidenbruch : « Allons, c'est encore un ami, celui-là, un enfant de chez nous? » Si M. Ulrich, à l'expression du visage, au mouvement des paupières, à un peu de crainte quelquefois, sentait que le jugement était juste, il ajoutait à demi-voix : « Toi, tu as la figure d'un soldat français ! » ”
Jean-Charles Chapellier, Essai historique sur Baufremont… (1858-1860)
“ Ulrich eut cinq fils, Rodolphe, Ulrich, Henri, Otton et Bertold. Rodolphe, l'aîné, fut seigneur de Nidau et prit le titre de comte de Neufchâtel qui passa à ses descendants; Ulrich eut le comté d'Arberg ; Henri, évêque de Bâle, obtint l'Erguel et des terres dans la montagne de Diesse ; Otton fut Prévot de l'église collégiale de Soleure, et Bertold eut la seigneurie de Valengin, dont il devait faire hommage au comte de Neufchâtel. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Il y avait deux heures environ que M. Ulrich et son neveu avaient dû se réfugier là. Lorsque le train était arrivé à la station de Russ-Hersbach, l'oncle Ulrich avait tout de suite compris et dit que le moment était passé, pour Jean, de quitter son uniforme. Trop d'attentions eussent été frappées de ce menu fait, dans cette région frontière, qui est peuplée d'observateurs visibles et invisibles, où les pierres entendent et les sapins regardent. ”
J.-Gratien Renoux, Les Prédicateurs célèbres de l'Allemagne… (1881)
“ Le jeune Ulrich croissait au milieu des champs, gardant des troupeaux d'oies ; il se fit bientôt remarquer par son esprit alerte et des dons extraor¬ dinaires ; à six ans il fut envoyé à l'école fondée par les P. Capucins, où il apprit tour à tour l'allemand et le latin ; ses progrès furent rapides et l'on put dès lors pressentir pour lui des destinées brillantes ; souvent au milieu de la classe il montait sur un banc ou sur une chaise, ou en plein champ sur une pierre, et il prêchait à ses condisciples, leur expliquant le catéchisme. ”
Léo Lespès, Le livre de beauté : keepsake pour 1854 (1853)
“ Au même instant le domestique galonné qui avait déjà paru, 358 LES ENFANTS DE THECLA LA HONGROISE. arriva avec un immense sac d'écus qu'il vida dans le manteau d'Ulrich étonné. — Voilà, dit-il, de quoi dormir deux ans sans rien faire, et pouvoir trouver à son réveil bonne table et bon lit. Ulrich se leva, serra le sac sous son manteau et se hâta d'aller trouver sa mère et son frère aîné. — Mère! frère! dit-il, ne travaillez plus, ne vous donnez plus de peines inutiles. Je suis riche, la fortune m'est venue en dormant. ”
Léo Lespès, Le livre de beauté : keepsake pour 1854 (1853)
“ Rebah, ayant ainsi accompli sa double intention, retourna auprès de sa maîtresse et lui dit à nouveau : — Les pipes de défunt notre maître, disposées comme elles le sont, seront cent fois plus éloquentes que tous les maîtres d'école possibles ; dormez en paix, grâce à leurs deux tuyaux, vos enfants étourdis vous reviendront corrigés. Or voici ce qu'il advint. Quand Ulrich, abattu par l'ennui, l'indolence, la constante et facile satisfaction de ses moindres désirs, voulut se recréer, il pensa à sa pipe. ”
Guy de Maupassant,
Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 18
(1908)
“ Il dormit longtemps, très longtemps, d’un sommeil invincible. Mais soudain, une voix, un cri, un nom: «Ulrich», secoua son engourdissement profond et le fit se dresser. Avait-il rêvé? Était-ce un de ces appels bizarres qui traversent les rêves des âmes inquiètes? Non, il l’entendait encore, ce cri vibrant, entré dans son oreille et resté dans sa chair jusqu’au bout de ses doigts nerveux. Certes, on avait crié; on avait appelé: «Ulrich!» Quelqu’un était là, près de la maison. Il n’en pouvait douter. Il ouvrit donc la porte et hurla: «C’est toi, Gaspard!» de toute la puissance de sa gorge.Rien ne répondit; ”
Charles de Vitis, Paysages gris et bleus (1910)
“ L'un d'eux avait nom Ulrich, et sa sœur HH- degarde était l'épouse même du grand Charles, ce qui donnait beaucoup de prestige et d'influence à la famille des Ulrich. Ses descendants avaient de grandes propriétés dans le Vorarlberg et leur château était à Brégenz; ils étaient « comtes de Brégenz ». Une des gloires de cette noble famille fut saint Gebhard, né en 949 et mort en 996, étant évêque de Constance. Le pays l'honore comme son patron. En 843, par le traité de Verdun, le territoire appartenant aux neveux de Charlemagne fut divisé entre la France et l'Allemagne. ”
“ Ils étaient six, et nous en connaissons trois déjà : le madgyar Yanos Georgyi, le chevalier de Regnauld et l’usurier Mosès Geld. — Les autres étaient Zachœus Nesmer, intendant de Gunther de Bluthaupt, frère aîné du malheureux comte Ulrich, Fabricius Van-Praët et le docteur portugais José Mira. Personne ne les avait inquiétés, bien que le comte Ulrich eût beaucoup d’amis. Ses trois fils, qui atteignaient l’âge d’homme, se seraient chargés peut-être de l’œuvre de la vengeance ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Où les âmes ont des nuances infinies, un pays qui a le charme d'une femme qu'on aime, quelque chose comme une Alsace encore plus belle I Ils, s'étaient levés tous deux. M. Ulrich attira son neveu, et serra contre sa poitrine cette tête ardente. ”
“ Quand il fut au bord du glacier, il s'arrêta, se demandant si le vieux avait bien pris ce chemin ; puis il se mit à longer les moraines d'un pas plus rapide et plus inquiet.Le jour baissait ; les neiges devenaient roses ; un vent sec et gelé courait par souffles brusques sur leur surface de cristal. Ulrich poussa un cri d'appel aigu, vibrant, prolongé. La voix s'envola dans le silence de mort où dormaient les montagnes ; elle courut au loin, sur les vagues immobiles et profondes d'écume glaciale, comme un cri d'oiseau sur les vagues de la mer ; puis elle s'éteignit et rien ne lui répondit. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ M. Ulrich l'arrêta du geste : — Non ! il est fort. — Pas cOtilfrië toi, qui as su, du moins, fermer ta maison. — Elle m'appartenait. — Et j'ai le droit de dire : pas tomme moi. Tous ces petits jeunes acceptent trop de choses, mon ami. Moi, je ne fais pas de politique. Je me tais. Je remue le sol de mon Alsace. je suis en suspicioti déjà parmi les paysans, qui m'aiment sans doute, mais qui commencent à me troüver compromettant ; je suis détesté par les Allemands de tout poil et de tout rang. Mais, que Dieu rtl'en- tende, tout cela ne fait que m'enraciner, et je ne change pas. ”
Émile Souvestre,
Scènes et récits des Alpes, par Émile Souvestre…
(1857)
“ Hans ne demande rien , interrompit brusquement la grand'mère ; Hans est à son devoir . La bonne occasion viendra un jour pour lui , et alors sa balle saura suivre le droit chemin . En attendant , il s' occupe de nous nourrir . – Et vous pouvez ajouter que c' est une préférence qu' il obtient contre toute justice , fit observer Ulrich vivement , car moi aussi j' avais droit de faire accepter ... – Rien , acheva la vieille femme . Les Hauser ont toujours vécu de la montagne ; le neveu Hans et l' oncle Job y récoltent pour nous , et leur moisson suffit . ”
Louis Rivière, Entre l'Inn et le lac de Constance… (1891)
“ Sa bibliothèque n'était pas volumineuse : il devait posséder un missel, le texte de l'Ecriture sainte et les Homélies de saint Grégoire, comme modèle pour ses prédications du dimanche. Le prêtre s'habillait d'un long vêtement blanc ; il renonçait à chasser et à tenir •chez lui des faucons ; il devait s'abstenir de porter les armes. Saint Ulrich nous apprend que les moeurs m'étaient pas meilleures au dixième siècle en Allemagne qu'en Italie, l'évêque suit l'exemple donné par le Saint- Siège et multiplie les recommandations à ce sujet. ”
Madame Ulrich, La Folle Enchère
“ ANGÉLIQUE. Écoutez Monsieur de Pharnabasac, vous n’estes pas en état qu’on vous parle raison, si pourtant vous continuez à me fâcher, je vous la feray entendre d’une maniere... MADAME ARGANTE. Monsieur le Comte, qu’allez-vous faire ? MERLIN. Il est violent le petit homme. LISETTE. Ils s’égorgeront dans vostre chambre, si vous n’y mettez ordre. MADAME ARGANTE. Quel ordre y mettre, à moins de luy donner trois cens pistolles. ANGÉLIQUE. Les luy donner, Madame, j’aimerois mieux mille fois... LISETTE. Hé le petit mutin ; Madame il n’y a point d’autre party à prendre. ”
Jeremias Gotthelf,
Ulric le valet de ferme,... par Jérémias Gotthelf…
(1854)
“ Ulric répondit que oui, s'informant à son tour si les blés étaient versés dans les environs de Muhliwald, les leurs ayant été abattus au premier coup de vent. Enfin, après a votre convenablement battu les buissons, Jean se décida à dire à Ulric : - « Tes affaires vont bien, il paraît. Il m'est revenu que tu ne tarderais guère à devenir le paysan de la Steinbrücke. » - « Qui dit cela? » — «Eh ! un peu tout le monde. C'est un bruit répandu partout, et on assure que la chose est certaine. » — « Le public en sait toujours beaucoup plus que les intéressés eux-mêmes. » ”
