“ Ils n’ont que de la routine dans une aventure où il n’en faut pas du tout. Concevoir une affaire, c’est concevoir un poème. L’homme d’affaires qui n’est pas, en même temps, un idéaliste, un poète, ce n’est rien... rien qu’un escroc, la plupart du temps. Balzac était poète. Il avait la passion des belles et grandes ordonnances ; il ne suivait pas les idées, il les devançait. De même qu’il lui suffisait d’un mot pour reconstituer, dans sa vérité logique, tout un être humain, de même il lui suffisait d’un fait, quelquefois d’un menu fait, pour découvrir et créer d’un coup le drame d’une affaire. ”
Octave Mirbeau
Résumé
Publié en 1907 par Fasquelle, La 628-E8 d’Octave Mirbeau est un récit hybride qui combine voyage, satire et réflexion sociale. À bord de sa voiture, le narrateur parcourt la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, dénonçant l’exploitation coloniale, célébrant l’automobile comme symbole de progrès, et opposant la prospérité allemande à la « saleté » française.
L’œuvre, initialement choquante pour ses allusions à la mort de Balzac, mêle rêve, fantaisie et remise en question des certitudes, illustrée par des dessins de Bonnard.
Citations de La 628-E8 (Octave Mirbeau)
“ Peut-être, de toutes les bêtes de la route, est-ce la pire ? Je le sens par moi-même. Quand, les pieds au sol, et la tête calme, il m’arrive de faire mon examen de conscience, je suis épouvanté d’être, parfois, cette bête-là... Et pourtant, cher monsieur Bourget, dans la tenue générale de mon existence, je ne suis pas un snob qu’exalte le spectacle de la richesse, ni un méchant qu’offense le spectacle de la misère. Sans pose, sans littérature, sans arrière-pensée d’ambition, puisque je n’en attends aucune place, aucun mandat, aucune décoration, – j’ai grand pitié du malheur humain. ”
“ Nous sommes entrés par la route, par le solide support de la route. Il n’en fallut pas moins – tant pleurer est le propre de l’homme – il n’en fallut pas moins le rebondissement de la voiture sur un dos d’âne et sur un caniveau, pour me réveiller de ces souvenirs et faire s’effacer leurs dolentes images, et aussi l’image – qui les contenait toutes – du vieux bateau, qui, si lentement, si rêveusement, nous porta d’Anvers à Rotterdam... jadis !... Par bonheur, il n’est pas de mélancolie dont ne triomphe l’ardent plaisir de la vitesse... ”
