“ Voilà ce qu’avait deviné, avant que Jules Janin l’eût écrit, la mère de Gigoux. Aussi lorsque le peintre parlait de sa mère, pour laquelle il professa toujours la vénération la plus profonde, les expressions lui manquaient, et volontiers il citait le mot heureux de son compatriote Victor Hugo : « Ma mère... était ma mère ! » A peine adolescent, le fils du forgeron se recueillit et décida qu’il serait peintre. Le voisinage d’une artiste qui a joui plus tard d’une assez grande réputation, Mlle de Fauveau, a certainement aidé Jean Gigoux à caresser son rêve avec plus d’ardeur. ”
Jean Gigoux
Définition et enjeux
Le thème de “Jean Gigoux” a été abordé par des auteurs tels que Albert Samanos, Henry Jouin, Bruno Galbacio, Frédéric Mercey ou Bibliothèque nationale. Il est souvent associé à des termes comme gigot, le mouton, le vin, la pierre ou le jambon.
Citations sur “Jean Gigoux”
“ Gigoux, mis tout à coup en face d’une peinture désordonnée, hardie jusqu’à la crudité, avec des empâtements d’une exagération fantastique, eut la révélation de ce que peut l’artiste en face de sa toile. Cette licence d’un peintre inhabile faisait naître dans l’âme de Gigoux un vague sentiment de la force que porte en elle la liberté. ”
“ L’homme d’art, gardien de la tradition, hardi et sincère dans l’effort personnel dont il fait preuve, donne un exemple salutaire. Et si, par ailleurs, de lui-même, dans l’élan spontané d’une nature généreuse, il s’approche, les mains ouvertes, de quiconque travaille et s’applique à l’étude des grands ancêtres, ainsi quel Gigoux l’a fait envers ce jeune copiste de Ribera, dont nous a parlé M. Bonnat, cet homme bien inspiré n’est pas seulement un exemple, il est un stimulant et un appui. Notre peintre n’a pas pris rang parmi les plus illustres. ”
“ L’ouvrage que je projetais il y a douze ans de lui dédier en racontant sa vie et celle de ses amis, serait trop étendu pour prendre place dans un recueil périodique, mais j’en détache volontiers les meilleures pages, afin de venir en aide aux biographes qui plus tard voudront parler de Jean Gigoux. Aussi bien, - c’est une jus-tice à lui rendre, - il a peu parlé de ses propres œuvres ou de lui-même dans ses Causeries parues en 1885. Notre réserve ne doit pas être aussi complète. Il est bon que notre génération connaisse les faits saillants d’une noble existence d’artiste ”
“ C’était une page importante aux yeux du peintre, aussi ne négligeait-il pas de s’entourer des conseils de ses amis pour mener cette œuvre à bon terme. Au nombre des visiteurs de l’atelier de Gigoux, il se trouva des hommes assez sincères pour émettre un avis dicté par le goût plus encore que par l’attachement. Auguste d’Espinassy doit être compté parmi ceux qui ne craignirent pas d’inviter l’artiste à se surveiller. ”
“ Le peintre collaborait alors au journal l’Artiste, fondé par Ricourt. Nombre de portraits lithographiés par Gigoux datent de cette époque et furent publiés dans l’Artiste. Ce que David d’Angers avait entrepris avec l’ébauchoir, le peintre l’exécutait avec son crayon. Tous deux frappaient aux portes de leurs contemporains, l’un pour fixer leurs traits dans le bronze, l’autre pour les graver sur sa pierre. Heureux temps que celui où il est permis de présager une renommée durable à l’homme que l’on rencontre dans la rue, au spectacle ou dans les salons ! ”
“ Inutiles acclamations.Antonin Moine vivait dans le dénuement. Les commandes qu’il recevait comme peintre, pastelliste ou sculpteur étaient rares. La lutte inégale dans laquelle il devait succomber dix-huit ans plus tard avait commencé pour lui. Ses amis s’étaient émus de ce duel lent et douloureux d’un vaillant homme aux prises avec les difficultés de la vie, et Gigoux, l’un des premiers, avait essayé de venir en aide à l’artiste. Chargé de la décoration d’un hôtel, Gigoux s’était généreusement désintéressé d’un plafond au profit de son ami malheureux. ”
“ Vers le même temps, j’ouvris fortuitement un volume de l’Artiste, publié en 1839, dans lequel se trouve une notice anonyme sur le peintre. Thoré est l’auteur de cette notice. Racontant les débuts difficiles de Gigoux, lorsqu’il vint à Paris en 1828, Thoré s’exprime ainsi « Une des puissances de Gigoux, c’est de réunir des hommes autour de lui. Même pendant cette période de douleurs et d’enfantement, Gigoux était déjà un centre. Il avait des amis qu’il soutenait et qu’il dirigeait, lui qui n’était encore qu’un apprenti. Depuis, il a formé de nombreux disciples. » ”
“ L’artiste n’était pas l’homme du livre. Il me recommanda de ne suivre aucun plan, de prendre ses souvenirs tels qu’ils se présentaient à son esprit. On ne fait rien sans méthode. Je ne tins pas compte des, injonctions de mon modèle, et m’aidant de ses notes, des écrits du temps, des souvenirs laissés par ses contemporains, je composai mon travail sans nul souci de la suite que lui-même avait donnée à ses anecdotes. Mon indépendance lui déplut, et pour ne pas attrister cet homme excellent, je résolus de ne rien publier sur Gigoux de son vivant. ”
“ Il paraît que M. Gigoux ne suit pas sur le calendrier l’ordre et la marche des saisons, car il fait venir la moisson après la vendange mais en peinture l’on peut sans inconvénient prendre les ciseaux avant la faucille, et cueillir la grappe avant de scier l’épi. Qu’importe, si la grappe a une couleur d’ambre ou de rubis, si la gerbe est blonde et ressemble à de l’or ? La Moisson fait pendant à la Vendange exposée au dernier ou l’avant-dernier Salon. L’artiste, dont les peintures, destinées à orner un monument, ont les dimensions de l’histoire, a transporté la scène aux temps antiques. ”
“ C’est de cette époque que datent les relations de Gigoux avec Sigalon, Delacroix, Delaroche, Antonin Moine, Barye, de Vigny, dont il devait faire plus tard les portraits pour l’Artiste, N’oublions pas que déjà Sigalon avait exposé son Athalie au Salon de 1827, Delacroix, le Christ au jardin des Oliviers et Marino Faliero, Barye, plusieurs bustes, tandis que notre artiste ne devait débuter qu’en 1831. Cela ne l’empêcha pas de se lier avec les hommes d’avenir dès son arrivée à Paris. Decamps, Théophile Gautier, David d’Angers devinrent presque à la même date des amis pour Gigoux. ”
“ Le « diable de Vase » dont parle l’artiste était destiné à la manufacture de Sèvres que dirigeait alors le chimiste Alexandre Brongniart. La lettre qu’on vient de lire et que nous avons empruntée à la collection de Gigoux, porte la date du 29 décembre 1831. Victor Escousse habitait comme Gigoux au n° 70 de la rue de Bondy, lors de la catastrophe du 25 février 1832. On connaît l’histoire de l’infortuné. Il avait fait jouer avec éclat sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin un drame en trois actes, Faruck le Maure [4] . ”
“ Delacroix, Pradier, David d’Angers, tous les maîtres d’hier et d’aujourd’hui, de Sigalon à Bonnat, ont compté en notre’ collectionneur un camarade ou un ami. Julienne n’était qu’amateur. On connaît les œuvres de notre peintre. N’eût-il fait que le Comte de Comminges reconnue par sa maîtresse et la Mort de Léonard de Vinci, dont la lithographie de Mouilleron vaudra de l’or avant peu d’années, il faudrait assigner à M. Gigoux une place de choix dans l’école. ”
“ Notre âge, qui n’a pas la grandeur des temps où nous rappelle la jeunesse de Gigoux, a cependant ses compensations. Nous aussi, nous avons récemment conduit le deuil de deux jeunes hommes ensevelis le même jour dans une mort commune. Mais quelle distance entre le trépas d’Escousse et de Lebras et la fin tragique mais glorieuse de Crocé Spinelli et de Sivel ! Quand on veut mourir, on se fait tuer. La science, l’art, la patrie ne font guère moins de victimes que les batailles. Bonington, la Malibran sont morts pour l’art ”
“ Les hommes de leur jeunesse sont demeurés jeunes. Ils nous attirent. Nous vivons de leur vie. Les médailles de David, les lithographies de Gigoux sont les pages jumelles d’un même livre dont la lecture ne lassera personne. ”
“ Ces réflexions naissaient d’elles-mêmes chez ceux qui entendaient Gigoux parler de la vie, cette coupe dont le vin n’a jamais rien perdu de sa force entre ses mains. « La vie est si belle pour qui sait l’employer, disait-il un jour devant nous, qu’il faut plaindre ceux qui ne jouissent pas d’un pareil trésor dans l’honneur et le travail. Quoi de comparable à la nature qui se déroule sous nos yeux ? » Longus, également épris de la nature, avait dit dans sa langue dorée : « Jamais ne fut rien ni ne sera qui se puisse tenir d’aimer, tant qu’il y aura beauté au monde et que les yeux regarderont. » ”
“ J’en appelle aux amis de Gigoux. L’art, comme les lettres, a ses classiques. La peinture a ses dieux. Ce sont eux que l’on doit mettre à proximité de l’œil et de la main, si vraiment on est soi-même épris du divin. L’homme de pensée qui aspire à être créateur ne veut voir dans les choses créées que celles qui se rapprochent de l’infini. La nature ne se révèle complètement à nous que quand nous l’observons des sommets. Seuls, les grands maîtres murmurent à l’âme du peintre l’éternel Excelsior. ”
“ À mainte reprise, dans ses entretiens, Gigoux est revenu sur Bonington et Prud’hon. Prud’hon, le poète du crayon que David appelait « Watteau », que d’autres avaient surnommé le « Corrège français », était l’objet d’une admiration profonde de la part de notre peintre. Ce n’est pas que Gigoux ait été en aucune façon l’imitateur du procédé de Prud’hon. Il ne se passait guère de jours que Gigoux ne travaillât devant la nature. Mais est-il sage de condamner les chefs-d’œuvre, quelle que soit la méthode qui les ait produits, quelques lacunes qu’on y relève ? ”
“ Les concitoyens de Gigoux lui préparent une sépulture définitive au Champ-Bruley, près de Bersot, dans le voisinage du monument élevé aux soldats morts pour la France en 1870. Rapprochement heureux. L’artiste aussi est un soldat. Sans doute le territoire national est une chose sacrée dont l’intégrité doit être défendue jusqu’au sang, mais le génie d’un peuple, la phalange compacte de ses maîtres sont-ils à moindre prix que le territoire ? ”
“ Je l’ai entendu rappeler maintes fois par les élèves de Gros. Bonington est, en effet, l’homme de France et d’Angleterre qui a le mieux compris le jeu de la couleur et de la lumière. Que de chefs-d’œuvre n'eût-il pas produits s’il lui avait été donné de fournir une vie d’homme ! La nature avait tout fait pour lui. Nous croyons utile de rapprocher de ce trait quelques paroles de Gigoux sur le peintre Valenciennes. Bonington et Valenciennes sont morts à moins de dix ans d’intervalle. Leur souvenir n’était pas effacé dans l’école en 1830, mais combien différente fut leur nature ! ”
“ Valenciennes, — c’est Gigoux qui parle, — date de la fin du dernier siècle. Il a peint la nature telle qu’elle devrait être. Ne riez pas, je suis sérieux en m’exprimant ainsi. Homme de réaction à la suite de Louis David, il avait assez de talent pour faire mieux qu’il n’a fait. Mais il commença par suivre la mode, puis sans trop sans douter, ce fut lui qui donna le ton. A l’époque de mes débuts à Paris on allait voir au Luxembourg le tableau de Valenciennes, Cicéron, questeur en Sicile, découvre le tombeau d’Archimède. La toile est au Louvre. C’est le morceau de réception du peintre. ”
“ On diffère ; — la vie à différer se passe ! Mais, au printemps de 1882, l’artiste me proposa de faire mon portrait. J’acceptai et, pendant plusieurs matinées, je vécus de longues heures en tête à tête avec Gigoux. ”
“ La vocation du jeune artiste, écrit Thoré, l’entraînait en dépit de tout obstacle vers le dessin et il faisait parfois de petits portraits au crayon pour ses amis. Un jour, on lui donna, en reconnaissance, la Vie des hommes illustres de Plutarque, et la Vie des Peintre allemands, flamands et hollandais de Descamps. Voilà Gigoux qui se met à lire, jour et nuit, ces drames si simples, où la volonté et l’intelligence de l’homme triomphent de la nature et de la société ”
“ Combien qui, ne pouvant acquérir des tableaux, savent jouir du trésor commun qui est au Louvre ? Combien parmi les favorisés de la fortune se sont fait une galerie ? Ils ne sont pas nombreux. On cite M. Bonnat. N’était-il pas au premier rang des amis de Gigoux ? C’est donc une haute faveur de se trouver inopinément dans la maison d’un artiste, toute remplie d’œuvres de grand style, à l’aspect durable, parmi des toiles éclatantes et souveraines. L’œil et l’esprit se retrempent dans cette saine vision. Le cadre nous étant connu, parlons de l’homme. ”
“ « Vous êtes roi dans votre domaine et Raphaël n’eût pas fait ce que vous faites. Ne vous inquiétez pas des qualités des autres ni des proportions de leurs tableaux puisque les vôtres sont des chefs-d’oeuvre. » Ainsi parle Delacroix dans sa droiture, dans son admiration pour un peintre contemporain de ses belles années. C’est du même peintre que Thoré doit écrire plus tard : « Bonington est une sorte de sylphe léger qui montre la nature en l’effleurant. » Gigoux ne l’a pas connu, Bonington étant mort le 23 septembre 1828 avant d’avoir accompli sa vingt-septième année. ”
“ Les Grecs ont fait le plus beau rêve de la vie, et depuis bien des siècles nous retournons leur songe. M. Gigoux, qui n’est point un classique forcené, que nous sachions, s’est bien gardé de faire couper ses blés par des paysans ou des paysannes modernes il a mieux aimé employer de belles filles et de beaux jeunes gens vêtus de courtes tuniques, ou même pas vêtus du tout il a pu montrer ainsi qu’il savait peindre un torse, ce qui est plus difficile que de peindre un gilet. ”
“ Tout infirme est un vaincu. Une défaveur durable s’attache dans notre société moderne a quiconque est privé des avantages du corps. Si la fortune ou le nom ne fait contrepoids à cette défaveur, l’infirme est déchu du droit de commandement. Lorsque des sympathies vont à lui, elles lui viennent d’hommes supérieurs ou se jugeant tels. Un infirme est souvent un protégé, rarement on le tient pour un égal. Que l’on s’étonne après cela de surprendre parfois un fonds d’amertume dans l’âme de l’infirme ! Avec son bon sens populaire, la mère de Gigoux s’était pénétrée de cette vérité. ”
“ Ce sont ces joies qui suspendent pour l’homme d’intelligence, le cours normal des années, ce sont elles qui lui font goûter le bonheur de vivre et qui donnent à son âme je ne sais quel reflet de cette jeunesse éternelle qui est l’attribut de Dieu. ”
“ L’artiste tient le pinceau jusqu’à son dernier jour, mais non pas le crayon. Il semble que l’homme d’art ait un respect sans égal pour ses menus ouvrages. Il dessine à l’heure de son adolescence et de son âge mur, plus rarement aux approches de la vieillesse. ”
“ Un millier de ces feuilles légères, tombées de la main distraite du génie, apportées des Flandres, d’Allemagne, de Néerlande, d’Espagne et d’Italie sur l’aile de la Fortune, un millier de dessins de Maîtres vont passer en vente. Que vaut la pluie d’or de Danaé devant cette pluie d’étoiles ? Vous aimez, n’est-il pas vrai, les lettres intimes d’un homme supérieur ? Rien de plus profondément intime qu’un dessin. C’est ce qui explique que tel crayon de Rubens est d’une vie plus intense que ses tableaux ; telle sanguine du Corrège a le charme pénétrant d’un parfum. ”
“ Un salon est une réunion intime, qui dure depuis plusieurs années, où l’on se connaît, où l’on se cherche, où l’on a quelques raisons d’être heureux de se rencontrer. Les personnes qui reçoivent servent de lien entre celles qui sont invitées. ”
