“ L’échafaud de loin tendu de noir et les cloches en branle. — Algernon Sidney condamné à mort. ↑ Probablement Édouard Guillemardet, frère de Félix Guillemardet. ↑ Champion, camarade d’atelier de Delacroix, resté inconnu. Il ne devait pourtant pas être sans valeur comme peintre, car nous trouvons dans les notes de Léon Riesener sur son cousin ce passage : « Delacroix m’a parlé de l’influence qu’un certain Champion avait eue sur le talent de Géricault lui-même et sur tous les élèves de l’atelier Guérin. » ↑ Soulier fut, avec Pierret et Félix Guillemardet, l’ami le plus intime de Delacroix. ”
Édouard-Léon Delacroix
Définition et enjeux
Citations sur “Édouard-Léon Delacroix”
Édouard Drumont,
La France juive
(1886)
“ Delacroix, l’admirable auteur de tant de peintures religieuses, se détourne sur son lit de mort pour ne pas entendre le son des cloches ; il aime mieux s’enfoncer dans le noir que d’aller regarder combien les figures, qu’il a rendues à demi visibles par son pinceau, sont plus belles encore que son génie n’a pu les concevoir. ”
“ Il est dans une classe d'hommes qui ne sont pas miens. Je sais bien aussi ce qui me tracasse sourdement, quand je me sens près de lui. C'est ce pourquoi je me suis prononcé et dont je ne veux plus que le moins possible... J'en ai parlé hier à X...; il pense comme moi: il y a de la duperie. Il nous considère comme libres. Depuis cette conversation avec lui, je suis plus libre de soucis.J'ai dîné avec lui; puis Mme Pasta [34] dans [p. 27] Roméo [35] , que j'ai revu avec bien du plaisir.—Hier, j'ai vu Édouard et Lopez [36] à l'atelier de Mauzaisse [37] . Superbe atelier. ”
G. Dargenty, Eugène Delacroix, par lui-même (1885)
“ « C'est le seul homme, dit-il , placé pour être utile qui m'ait tendu la main dans ma carrière. C'est lui qui me donna à faire, étant ministre de l'Intérieur, le salon du roi au Palais-Bourbon. Il le fit malgré les avis charitables de mes ennemis, et même de mes amis , qui lui disaient comme à l'envi que c'était me rendre un mauvais service, attendu que je n'entendais rien à la peinture monumentale et que je déshonorerais les murs que je peindrais. » Non, Delacroix ne méprisa pas la critique et ne se montra pas ingrat envers elle. ”
“ « Je n’ai jamais autant qu’à présent éprouvé de vifs élans à la lecture des bonnes choses ; une bonne page me fait pour plusieurs jours une compagnie délicieuse. » (Corresp., t. I, p. 90.) ↑ Henri-François Riesener, peintre miniaturiste, élève de Hersent et de David, était fils de Jean-Henri Riesener, l’ébéniste célèbre par ses beaux meubles en marqueterie. Il eut lui-même un fils, Léon Riesener, cousin germain par conséquent d’Eugène Delacroix, peintre d’histoire, auquel Delacroix laissa par testament sa maison de campagne de Champrosay avec ses dépendances et les meubles qui la garnissaient. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Plus puissant et plus heureux que ceux qui rabaissent une de ces gloires pour déifier l’autre, Delacroix jouit également des diverses faces du beau, par les côtés multiples de son intelligence. Delacroix, vous pouvez l’affirmer, est un artiste complet. Il goûte et comprend la musique d’une manière si supérieure, qu’il eût été très probablement un grand musicien, s’il n’eût pas choisi d’être un grand peintre. Il n’est pas moins bon juge en littérature, et peu d’esprits sont aussi ornés et aussi nets que le sien. ”
Ch. Latoison Duval, Eugène Delacroix et Hippolyte Flandrin… (1864)
“ Dans ses meilleures pages, et il en a produit de bien belles, Delacroix garde toujours une pointe d'exagération. Il est grand, mais non sublime. Jusque dans ses plus faibles ouvrages on retrouve le souffle inspirateur du poète, mais presque toujours il y a chez lui prétexte à quelque excentricité. Ce qui le sauve, ce qui fait que, malgré ses travers, il restera un peintre hors ligne, c'est l'émotion qui se dégage de ses figures si expressives, c'est le charme de son admirable couleur. Avec de telles qualités, on n'est jamais vulgaire. ”
Maxime Du Camp,
Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1855…
(1855)
“ L'humanité et l'histoire, qu'il semble avoir vues à travers un kaléidoscope immense, n'ont été pour lui qu'un motif à association de nuances bien choisies. Un sujet n'a jamais été un but pour lui, mais seulement un prétexte à coloration heureuse. La vérité, il ne s'en soucie pas ; la dignité humaine, il la méprise absolument ; son art même, il le dédaigne, si nous en jugeons par le sans façon avec lequel il le traite et le rang auquel il le rabaisse. Aussi M. Delacroix ne restera ni comme peintre de genre, ni comme peintre d'histoire ”
“ Je me fais des peurs de tout, et crois toujours qu’un inconvénient va être éternel. Moi qui parle, je passerai aussi... Cela aussi est une consolation. — Ma lithographie de chez Leblond n’est pas mal venue. — Félix est venu un moment à mon atelier et Henri chez Leblond. Il y a eu trios d’instruments à vent, mais Batton [119] m’a fait plus de plaisir avec ses folies sur le piano. — Édouard est enchanté du Velasquez ; il dit que c’est le plus beau qu’il ait vu. — Ce bon Pierret m’enchante d’être aussi possédé que moi de tous les projets qui m’ont pris ce soir ; il est aussi ivre que moi. ”
Louis de Planet,
Eugène Delacroix : documents nouveaux
(1864)
“ J'ai tiré la première des Agenda de Delacroix vivant et la seconde des Souvenirs manuscrits de M. de Planet, son élève. J'avais surtout à cœur de raconter les derniers jours du grand artiste, mort avec le calme stoïque d'un ancien, loin du monde et des amitiés banales, au milieu de Paris. Établie à temps, la vérité demeure incontestable : la fantaisie et le mensonge littéraires se trouvent devancés. Eugène Delacroix est enfin sacré premier peintre de son époque par la foi tardive des connaisseurs. Réjouissons-nous, enthousiastes de l'avant-garde ! ”
Ch. Latoison Duval, Eugène Delacroix et Hippolyte Flandrin… (1864)
“ Ame de croyant sincère, nature à demi voilée, ferme dans sa constante douceur, il ne pouvait comprendre l'art comme Delacroix, dont l'inquiet génie avivait incessamment de chimériques souffrances, et qui, bien que d'une imagination féconde, semblait pourtant n'enfanter qu'avec angoisse. ”
Ernest Chesneau,
Constant Dutilleux. 1807-1865…
(1880)
“ Mais Delacroix, mais Ingres, voilà des hommes dont le pinceau ne peut pas errer.» En 1830, son choix est fait, fixé à tout jamais: «Il existe un peintre,un véritable peintre, le seul peintre de l'époque qui ait du génie, qui ne copie point, c'est Delacroix. Voilà mon grand homme, voilà celui dont les tableaux portés au Louvre ne feront point tache. Il vient de paraître de lui deux belles lithographies, un lion et un tigre ; c'est beau comme un Delacroix. Je n'en sais point le prix, je n'en sais que la beauté. » ”
Louis de Planet,
Eugène Delacroix : documents nouveaux
(1864)
“ MM. Lacaze, Delage, Dauzats, Saint-Marcel, Jadin, Champfleury, Mène, Dieterle, Lehmann, Thoré, le critique démocrate, et Haro, le marchand de couleurs, étaient là, le crayon frais taillé pour marquer le prix de chaque objet à cette vente mémorable. Tout le monde sentait qu'il avait affaire à un maître dont le nom et l'œuvre resteront. Si Eugène Delacroix vivant avait jamais eu pareil triomphe, il en serait tombé malade de plaisir. Et nous voilà, Français légers, envieux et brouillons ! Le génie dans toute sa puissance est méconnu, puis insulté au profit des intrigants et des cuistres. ”
Louis de Planet,
Eugène Delacroix : documents nouveaux
(1864)
“ Sérieux, doux, affable et n'ayant que certains bouillonnements d'impatience, ses serviteurs l'adoraient, et lui-même aimait ses serviteurs comme Michel-Ange aima les siens. Nous l'avons un jour trouvé désolé dans sa maison de la rue Notre-Dame-de-Lorette de la maladie de sa gouvernante : « Elle m'est plus chère qu'une sœur, nous dit-il. Elle est le dévouement aveugle en personne. Ne vous fâchez jamais de son humeur, quand vous venez ici. Elle garde à vue comme un soldat mon temps et ma vie. » La santé de Delacroix était frêle et capricieuse ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Il vaut mieux cent fois accepter franchement son talent tel qu’il est que de le comparer sans relâche aux maîtres qu’il n’a pas choisis pour guides. A quoi bon lui opposer à tout propos les écoles de Florence et de Rome, puisqu’il a pris pour conseillers Paul Véronèse et Rubens? Dans le plafond de la galerie d’Apollon, je retrouve M. Delacroix tel que je le connais, tel que je l’ai vu à la chambre des pairs, à la chambre des députés. Son dessin est demeuré ce qu’il était. Il ne faut pas éplucher les contours, il serait trop facile d’avoir raison contre lui. ”
G. Dargenty, Eugène Delacroix, par lui-même (1885)
“ Il faut pénétrer au plus profond de l'ame du peintre pour rencontrer la houle intime qui battit incessamment les parois de son crâne comme elle ne manque jamais de battre la boite osseuse de tout urand homme. Delacroix confie à ses seuls amis ses préoccupations, ses tourments ; eux seuls savent ce qu'endure sa nature mélancolique, souffre- teuse et hypocondriaque. Il ne fait point d'éclat, ne prend pas l'univers à témoin de ses peines, ne monte pas sur les toits pour crier à la foule ce qu'il souffre. Le monde le croit heureux et riche ”
Musée Fabre, Musée de Montpellier. La Galerie Bruyas (1876)
“ C'est le dessin de Delacroix, c'est-à-dire l'arabesque rapide d'un génie aussi naïf que raffiné, mais toujours fiévreux et toujours haletant; pour qui la forme la plus arrêtée, dans le visage le plus calme, est encore ondoyante comme la vague, lumineuse comme la flamme, subite comme la vision. Malgré les faiblesses instinctives et les outrances systématiques de ce dessin, si particulièrement scabreux pour le portrait, jamais Delacroix n'a été d'une plus heureuse harmonie de lignes que cette fois. ”
Arsène Alexandre,
La collection Henri Rouart
(1912)
“ A gauche, un homme étendu sur le dos et appuyé sur le coude. A droite, vu de face, un homme assis, et un autre debout, vu de dos. Cachet de la vente Delacroix. Daté vers le milieu, 7 septembre 57. Cité et reproduit dans l'Œuvre de Delacroix, par A. Robaut, page 353, n° 1318. Exposition des œuvres de Delacroix à l'École des Beaux-Arts, Paris, 1885, n° 384 du catalogue. Dessin à la plume. — Haut. : 15 cm. 1/2 ; larg. : 30 cm. DELACROIX (EUGÈNE) . — Projet pour le rectangle de la Justice. (Frise du salon du roi, au Palais-Bourbon.) A droite, un vieillard est couché sur le sol. ”
Guide dans l'Exposition universelle des produits de l'Industrie et des beaux-arts de toutes les… (1855)
“ Deux grands Paysages, de M. Français (3126 et 3125) , terminent la série des toiles intéressantes qui précèdent l'exposition de M. Delacroix. Nous allons aborder les œuvres de M. Eugène Delacroix, l'un des grands peintres de l'école française. M. Delacroix est une de ces individualités puissantes qui excitent au plus haut degré les sentiments les plus contraires : quelques-uns nient son talent avec énergie ”
Victor Hugo,
Correspondance de Victor Hugo
“ Vous m’envoyez un beau croquis de Delacroix, deux fois précieux parce qu’il est de lui et parce qu’il vient de vous. Delacroix eût été le plus grand peintre du temps et eût dépassé Géricault [25] , s’il eût eu comme homme la sincérité qu’il avait comme artiste. Mais il n’avait qu’une demi-foi. Son pinceau disait oui, ses opinions disaient non. Peut-être se croyait-il habile et s’est par là diminué comme Gœthe qu’il admirait trop. Pour que la grandeur soit complète, il faut que l’homme égale l’artiste. Petit homme ne fait pas grand poëte. ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ Delacroix était un homme instruit ; il avait du monde ; il passait, bien malgré lui, pour le chef de l’école révolutionnaire en peinture ; aussi semblait-il prendre à tâche de protester contre cette imputation par la correction de son attitude et la courtoisie de ses façons d’être. Quel que soit le jugement que l’on porte sur ses œuvres, il reste digne du plus haut respect par son amour du travail. La quantité d’esquisses, débauches qu’il a jetées sur le papier est prodigieuse ; l’accumulation de ses notes plastiques dénonce un homme que l’idée de l’art préoccupait sans cesse ”
Alfred Robaut,
L'oeuvre complet de Eugène Delacroix…
(1885)
“ Feuille entière, dimensions in-folio ; la Lionne du haut seule : H. 0m095, L. 0m140. – Non catalogué par M. Moreau. Ces croquis, d'une expression si bestiale, traduisent non seulement la science du maître, mais encore sa pensée profonde. Il a peint, dans toute la tristesse de sa destinée, la misérable existence du fauve, qui marche lourdement, la tête baissée vers la terre, ou se bat sans autre but que d'exercer sa férocité. Delacroix a toujours saisi, avec une force d'intuition qui est la marque de son génie, le grand côté des choses ; c'est par la puissance de la vision qu'il excelle. ”
Auguste Jal,
Salon de 1831 : ébauches critiques
(1831)
“ Les soldats étendus aux pieds de la Liberté sont aussi d'une grande et belle facture. La touche de M. Delacroix, dans cet ouvrage, est libre et fière; vous avez oublié de le remarquer. Je pense que vous lui accorderez ce mérite. La couleur du morceau est plus sévère que brillante; le soleil manque à l'éclat de ce drame que M. Delacroix a fait plus triste qu'il ne fut en réalité. Le caractère de fête qu'eut la lutte parisienne contre la tyrannie était bon à conserver; le peintre a voulu être grave: il est un peu gris. ”
Delacroix : huit reproductions fac-simile en couleurs (1910)
“ La vie de Delacroix, à part sa lutte constante pour faire reconnaitre son talent soit reconnu, lutte qu'il ne soutenait qu'à coups de chefs d'œuvres, ne présente pas grands incidents ; ses seules passions furent son art, son amour de la littérature romantique et sa fidélité à ses amis; quelques voyages à Dieppe, à Nohant chez Georges Sand, à Angerville chez Berryer, à Vichy, à Ems, une excursion en Belgique et en Hollande et des séjours à la campagne, sont seuls à noter. ”
Henri Raison Du Cleuziou, L'Oeuvre de Delacroix par Henri Du Cleuziou (1885)
“ Comme il est calme le poète, comme il est grand, pendant qu'autour de lui grincent les dents et rient du gros rire de l'idiotisme des critiques d'un autre genre. DELACROIX s'était affirmé, il resta l'homme de la lutte. C'était l'aspect sous lequel il considérait toute chose. Cet amour de la lutte devait plus tard, par la connaissance de sa force, le mener à l'amour de la paix. La vie de l'homme est un grand combat, mais la paix immortelle lui est promise après la victoire. ”
Philippe Burty,
Maîtres et petits maîtres
(1877)
“ Faut-il vous dire que je lui préfère Delacroix avec ses exagérations, ses fautes, ses chutes visibles, parce qu'il ne tient à rien qu'à lui, parce qu'il représente l'esprit, le temps, le verbe de son temps. Maladif et trop nerveux peut-être, parce que son art souffre avec nous, parce que, dans ses lamentations exagérées et ses triomphes retentissants, il y a toujours le souffle de la poitrine et son cri, son mal et le nôtre. Nous ne sommes plus au temps des Olympiens comme Raphaël, Véronèse et Rubens, et l'art de Delacroix est puissant comme une voix de l'enfer du Dante. ”
Ernest Chesneau,
Peintres et statuaires romantiques…
(1880)
“ Ici, ce n'est point le même cas, et M. Piron le comprenait bien lorsque, dans l'intéressante biographie qu'il a placée en tête du volume, il disait : « L'art d'écrire, chez Delacroix, est né de la nécessité de se défendre. » Or, un artiste d'exception comme Delacroix est toujours, après lui autant que de son vivant, dans la nécessité de se défendre. Il est donc essentiel qu'on se décide aussi promptement que possible à publier les œuvres littéraires d'Eugène Delacroix. Nous supplions instamment les enfants de M. Piron de se prêter à cette publication. ”
François Bournand,
Histoire des beaux-arts et des arts appliqués à l'industrie
(1885)
“ Si Delacroix (1799-1863) a été un excentrique durant toute sa vie, il n'en a pas été moins un maître dans l'art de rendre la vie, le mouvement, le tragique. Il était tout l'opposé d'Ingres, ce maître du dessin, et il connaissait si bien le caractère de son œuvre qu'il disait à ses élèves : « Surtout, gardez-vous de m'imiter. » Les premiers essais de Delacroix furent, le croirait-on, des caricatures. Tout jeune, il avait collaboré au Nam jaune. Le terrible, le fantastique, l'émouvant étaient ses moyens de mise en scène. ”
Charles Bigot, Peintres français contemporains (1888)
“ De là le caractère de l'œuvre de Delacroix, œuvre étonnante, toute vivante et émue, virile et nerveuse, pleine de fougue et d'emportement, faite de fièvre et qui donne la fièvre, mais à laquelle une qualité a toujours manqué, la première dans les choses de l'art : la sérénité. Il a la force et la puissance; il n'a jamais connu le calme et la paix ; il n'a pas produit dans la joie et l'épanouissement heureux des facultés ”
