Charles Bigot

Résumé

Charles Bigot Peintres français contemporains (1888)

Tels sont, chez Millet, l'homme et l'artiste, étroitement, indissolublement liés. Un tempérament impérieux et exclusif, une âme grave et triste, une intelligence aussi étendue que vigoureuse. Et maintenant, que vaut l'œuvre de l'artiste, c'est-à-dire que vaut son exécution?
A-t-il fait, et bien fait, ce qu'il voulait faire? Tout est là pour sa gloire; car les meilleures intentions n'ont jamais pavé que l'enfer; et il n'y a qu'une peinture qui compte : la bonne peinture. Le « sujet » dans une œuvre d'art est ce qui touche le moins les connaisseurs.
Source : Gallica

Charles Bigot Peintres français contemporains (1888)

C'est par l'œil avant tout qu'il est peintre, un œil épris d'abord de la lumière brillante, joyeuse, éclatante, où les tons chantent gaiement les uns à côté des autres. Ses vrais maîtres, ce ne sont ni Michel-Ange ni Raphaël, quelque admiration qu'il professe pour ce dernier surtout, c'est Corrège, ce sont les Vénitiens, le Titien et Paul Véronèse.
Il n'a pas à un degré supérieur le sentiment de la forme, de la beauté plastique; la sculpture paraît l'avoir médiocrement touché. Il n'a pas non plus le sentiment vif du mouvement, le sens dramatique, l'imagination impétueuse et violente.
Source : Gallica

Charles Bigot Peintres français contemporains (1888)

Eh bien, je suis de l'avis de Fromentin : non, Millet, n'est pas un peintre excellent. Il est des qualités d'exécution par où il me paraît l'égal des plus grands. Il n'est pas un coloriste éclatant; son pinceau n'a jamais la note chaude et brillante, qui a bien son prix. Dans ses Glaneuses, par exemple, je ne sens pas cette intensité de la lumière d'août qui inonde la terre et embrase l'atmosphère; l'aspect général reste un peu froid et triste. Mais, à défaut de l'intensité de la couleur, Millet en a l'harmonie; son œil voit juste, dans une tonalité un peu grise et éteinte.
Source : Gallica

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