“ Et Eva, du bout du pont, tournant le dos à l’horizon du Nord, veut s’attacher dans sa souffrance à son île, regarde l’île qui s’étage lentement vers les cimes comme un verger qui ne finit pas, regarde la ville qui n’est qu’un Jardin-suspendu de grands ombrages, regarde les hauteurs du Brûlé où les Européens mêmes disent qu’il règne un climat de France. Toute la terre créole, en pentes douces de verdure, s’élève devant elle comme un passé, un passé qui n’est que de végétation. Pourquoi la vie, puisqu’on est né ici, n’est-elle pas une chose ramassée dans une île ? ”
Marius-Ary Leblond
Élements biographiques
Marius-Ary Leblond, auteur français du XIXe siècle, examine avec acuité les conflits identitaires et culturels dans les colonies françaises, notamment en Martinique, Madagascar et à la Réunion. Son œuvre, caractérisée par une prose poétique et réflexive, questionne les paradoxes de l’exil, la mélangé des traditions, et la relation ambivalente entre les métropoles et les territoires colonisés.
À travers En France, Lavigerie et les Pères blancs ou Leconte de Lisle, il décrit une société en transformation, où les paysages exotiques deviennent symboles de l’âme humaine, révélant ainsi une vision originale de la modernité coloniale.
Citations de Marius-Ary Leblond
Marius-Ary Leblond, Revue des Deux Mondes
“ Le Malgache a une notion trop foncière de la légèreté de la vie pour vouloir la surcharger du poids de la tâche fatigante. A peine drapé dans un lamba qui flotte, l’esprit vide de soucis absorbans, le cœur exempt de passions tenaces, il aime à s’éprouver essentiellement libre, maître de ses fantaisies, goûtant l’existence en artiste au lieu de la subir comme une condamnation. Il n’est pas indispensable de se donner du mal pour avoir le bonheur : au contraire, car ce qui constitue le bonheur, c’est précisément le repos, l’immobilité, le « petraka, » le doux abandon au temps qui passe. ”
Marius-Ary Leblond, Les martyrs de la république. 2… (1927)
“ Volonté ! en vérité, cet homme qui parlait du Peuple et par qui le Peuple parlait, toujours au premier rang de la bataille pour l'Avenir, exposé à la violence, à la haine, à la mort et qui du danger même s'exaltait à la sublimité d'un optimisme surhumain, apparaissait le contraire même des fonctionnaires. Idée en marche, puissance dynamique, éclairs de l'imagination, tonnerre du verbe, l'Eloquence, d'un bord du ciel à l'autre, après le charme des trêves promenait l'électrique indignation et la révolte, si éblouissante Eloquence qu'elle héroïsait l'esprit à la fois de musique et de lumière. ”
