“ Elle l’entoura de ses bras et le pressa contre son cœur avec une force surhumaine. Sténio, qui voulait encore lui résister, se sentit dominé par cette puissance qui le glaçait d’effroi. Son sang bouillonnait comme la lave et se figeait comme elle. Il avait tour à tour chaud et froid, il était mal et il était bien. Était-ce la joie, était-ce l’angoisse? il ne le savait pas. C’était l’un et l’autre, c’était plus que cela encore: c’était l’amour et la honte, le désir et l’effroi, l’extase et l’agonie. ”
George Sand
Résumé
« Lélia », roman de George Sand paru en 1833, explore les thèmes de l’amour, du désespoir et de la quête spirituelle à travers le parcours tragique de Lélia, une femme intellectuelle et sceptique. Son lien ambigu avec Sténio, un poète passionné, ainsi que sa relation complexe avec Trenmor et Magnus révèlent une réflexion sur la dualité de l’âme humaine.
Le roman, divisé en cinq parties, mêle lettres philosophiques et scènes dramatiques, provoquant un scandale par sa vision pessimiste de l’existence. Une édition revue en 1839 atténua le ton sombre initial, marquant une évolution dans la pensée de l’auteure.
Citations de Lélia (George Sand)
“ Nous le saurions au juste, dit Sténio, nous n’en serions pas plus avancés. Nous ne connaissons pas les secrets de son organisation, nous ignorons combien de temps un monde constitué comme celui-ci peut et doit vivre. Mais je sens à mon cœur que nous marchons vers la lumière et la vie. L’espoir brille dans notre ciel; voyez comme le ciel est beau! comme il est vermeil et généreux! comme il sourit aux montagnes qui s’empourprent de ses caresses et rougissent d’amour comme des vierges timides! Ce n’est point avec la logique du raisonnement qu’on peut prouver l’existence de Dieu. ”
“ Élève tes désirs vers Dieu seul, ou consens à être aimée comme une mortelle. Jamais tu ne rencontreras un amant qui ne soit pas jaloux de toi, c’est-à-dire avare de toi, méfiant, tourmenté, injuste, despotique. GABRIELLE. Crois-tu que je rêve l’amour dans une autre âme que la tienne ? ASTOLPHE. Tu le devrais, tu le pourrais ; c’est ce qui justifie ma jalousie et la rend moins outrageante. GABRIELLE. Hélas ! en effet, l’amour ne raisonne pas ; car je ne puis rêver un amour plus parfait qu’en le plaçant dans ton sein, et je sens que cet amour, dans le cœur d’un autre, ne me toucherait pas. ”
