“ Amour ! oh ! c’est bien toi dont j’ai senti la flamme, Toi qui fais mon souci, toi qui fais mon effroi ! Ton souffle impérieux a passé sur mon âme ; Je tremble, je supplie, oh ! que veux-tu de moi ? Qu’on ne me parle plus d’aurore ou de rosée, De chansons au matin, d’astres au firmament ; Laissez-moi, par pitié, j’aime, je suis brisée, Et j’ai tout oublié pour ce cruel tourment. Mais quoi ! je pleure encor ? Oh ! l’amour, c’est la vie, Le bien, le beau, le grand, la foi, la vérité ; C’est Dieu même qui parle & soudain nous convie À jouir tout vivants de l’immortalité ! ”
Louisa Siefert
Résumé
Rayons perdus, recueil de poèmes publié en 1868 par Louisa Siefert, explore avec intensité les thèmes de l’amour, de la nature et de la spiritualité, mêlant mélancolie, passion et réflexion existentielle. À travers des strophes lyriques et introspectives, l’auteur célèbre la « verdeur première » de la vie tout en confrontant les tribulations du cœur et les paradoxes de l’âme.
Les images de fleurs, de larmes et de lumière évoquées dans les citations révèlent une poésie à la fois fragile et puissante, où l’idéalisme et la souffrance s’entrelacent en un dialogue intime avec le divin. Ce recueil, marqué par une langue raffinée, reste une œuvre majeure de la poésie romantique française.
Citations de Rayons perdus (Louisa Siefert)
“ L’été, c’est la jeunesse en sa verdeur première, C’est la santé robuste & l’amour insensé... Et moi, j’ai l’âme sombre & le cœur angoissé. CRÉPUSCULE. Je ne puis résister à la mélancolie De la feuille qui tombe & du jour qui s’en va ; À ce moment, en moi quelque chose se plie, Quelque chose de fier qui souffrit & rêva. Cette feuille qui tombe & qu’à jamais oublie L’arbre, auquel tout à l’heure un souffle l’enleva, Ce jour déjà mourant qui lutte & s’humilie Comme un proscrit blessé que le ciel réprouva, Cette feuille, ce jour, cet oubli, tout m’attriste. ”
“ Oui, la paix qui descend du plus fort, du plus grand, Sur celui qui chancelle & doute ! oui, l’épreuve, Oui, la vie & la mort, mots que nul ne comprend, Oui, l’idéal sacré dont l’âme est toujours veuve ! Oui, le soleil dardant ses rayons éclatants, Oui, sur le passé noir le pardon qui s’attarde, Et, dans cet infini que nous nommons le temps, L’humanité qui marche à Dieu qui la regarde ! Septembre 18... SOLITUDE. Vous qui me plaignez, ne me plaignez plus, Vous qui m’enviez, n’ayez pas d’envie, Mon destin est tel que je le voulus, Et Dieu fit sans moi mon cœur & ma vie. ”
