“ À Rome, ceux qui briguaient alors les charges dressaient des tables de banque au milieu de la place publique, achetaient sans honte les suffrages des citoyens, qui, après les avoir vendus, descendaient au champ de Mars, non pour donner simplement leurs voix à celui qui les avait achetées, mais pour soutenir sa brigue à coups d’épée, de traits et de frondes. Souvent on ne sortait de l’assemblée qu’après avoir souillé la tribune de sang et de meurtre ; et la ville, plongée dans l’anarchie, ressemblait à un vaisseau sans gouvernail, battu par la tempête. ”
Résumé
Les Vies parallèles de Plutarque, rédigées entre 100 et 120, forment une série de biographies qui opposent des figures grecques et romaines. En confrontant des personnages célèbres, l’auteur examine leurs qualités et leurs défauts, dans le but de mettre en valeur des exemples éthiques.
Organisée en 23 paires ainsi qu’en quelques biographies individuelles, l’œuvre a influencé de nombreuses générations, notamment pendant la Révolution française. Son approche dialogique et ses conclusions comparatives en font un texte essentiel de la littérature antique.
Citations de Vies parallèles (Plutarque)
“ Caton était donc avec justice l’objet de l’admiration publique, lorsqu’au milieu de tous les autres citoyens qu’on voyait, amollis par les voluptés, succomber aux moindres travaux, il se montrait seul invincible et à la peine et au plaisir, et cela, non seulement dans sa jeunesse et lorsqu’il briguait les honneurs, mais dans sa vieillesse même et sous les cheveux blancs, après son consulat et son triomphe : il était comme un courageux athlète qui, même après la victoire, continue ses exercices, et ne les cesse qu’à sa mort. ”
“ César, afin de les tromper, fit semblant de fuir, et, ayant trouvé un poste commode pour tenir tête avec peu de monde à une armée nombreuse, il fortifia son camp, défendit à ses soldats de tenter aucun combat, fit élever de grands retranchements et boucher les portes, afin que cette apparence de frayeur inspirât aux généraux ennemis encore plus de mépris pour lui. Son stratagème lui réussit : les Gaulois, pleins de confiance, viennent l’attaquer séparés et sans ordre ; alors il fait sortir sa troupe, tombe sur les Barbares qu’il met en fuite, et en fait un grand carnage. ”
“ Un jour que les cavaliers de César, n’ayant rien à faire, s’amusaient à regarder un Africain qui dansait et jouait de la flûte à ravir ; que, charmés de son talent, ils étaient assis à l’admirer, et avaient laissé les chevaux à leurs valets, tout à coup, les ennemis fondent sur eux, les enveloppent, tuent les uns, mettent les autres en fuite, et les poursuivent jusqu’à leur camp, où ils entrent pêle-mêle avec eux. Si César et Pollion n’étaient sortis des retranchements, pour courir à leur secours et les arrêter dans leur fuite, la guerre était ce jour-là terminée. ”
“ Mais personne plus qu’Alcibiade n’enflamma ce désir dans le cœur des Athéniens, et ne leur persuada plus vivement d’aller, non successivement et par parties, mais avec une grande flotte, soumettre l’île entière. Il faisait espérer au peuple de grands succès, et s’en promettait de plus grands pour lui-même : car les autres regardaient la conquête de la Sicile comme la fin de cette guerre, et lui, comme le commencement des projets qu’il avait conçus. Nicias, au contraire, sentant la difficulté de prendre Sycacuse, détournait le peuple de cette expédition. ”
“ « À l’honneur de Caton, pour avoir, par de salutaires ordonnances, par des établissements et des institutions sages, relevé, dans sa censure, la république romaine, que l’altération des mœurs avait mise sur le penchant de sa ruine. Avant qu’on lui dressât cette statue, il se moquait de ceux qui désiraient ces sortes d’honneurs. « Ils ne voient pas ; disait-il, qu’ils mettent leur gloire dans les ouvrages des statuaires et des peintres ; pour moi, je me glorifie de ce que mes concitoyens portent empreintes dans leur âme les plus belles images de moi-même. » ”
“ Il ne désespérait pas qu'un homme d'un caractère élevé, ambitieux et avide de gloire, quand il verrait César mort, ne s'enflammât, à leur exemple, d'une noble émulation pour la vertu, et ne voulût contribuer à la liberté de sa patrie. Ces réflexions sauvèrent Antoine, qui, le jour du meurtre de César, profitant de la frayeur publique, prit la fuite, déguisé en homme du peuple. Brutus et les autres conjurés se retirèrent au Capitole, les mains teintes de sang ; et montrant aux Romains leurs poignards nus, ils les appelaient à la liberté. ”
“ Aristote n’eut donc pas tort de dire que Callisthène avait un grand talent pour la parole, mais qu’il manquait de jugement : cependant son refus persévérant, et digne d’un vrai philosophe, de rendre au roi l’adoration qu’il exigeait, son courage à dire publiquement ce que les plus vieux et les plus sensés des Macédoniens pensaient en secret avec indignation, épargnèrent aux Grecs une grande honte, et à Alexandre lui-même une plus grande encore, en l’éloignant de se faire rendre un pareil hommage ; mais Callisthène se perdit, parce qu’il eut l’air de forcer le roi plutôt que de le persuader. ”
“ Les nations les plus belliqueuses de l'Italie, celles dont la population était la plus nombreuse, s'étant liguées contre les Romains, et réunissait à la force des armes, à la multitude des troupes, l'audace et la capacité de leurs généraux, qui n'étaient en rien inférieurs aux plus grands capitaines de Rome, furent sur le point de renverser l'empire. Cette guerre, si féconde en événements, si variée dans ses succès, accrut autant la gloire et la puissance de Sylla qu'elle diminua celle de Marius. ”
“ Le Traité sur le discernement entre le flatteur et l’ami est admirable par la sagacité avec laquelle ce philosophe démêle les artifices du premier, et par les sages préservatifs qu’il donne pour se garantir des dangers de la flatterie, cette peste des mœurs. Mais celui qui a pour objet de juger des progrès qu’on a faits dans la vertu est le plus étonnant de tous par la sublimité et l’excellence de sa morale, par les règles sévères qu’il établit pour se connaître soi-même et pour juger ses actions. ”
“ Près de là paraissait cette Tarpéia, Qui du fier Capitole habitait la colline, Et de l’antique Rome attira la ruine. Ivre du fol espoir d’épouser un Gaulois, Du sang, de la nature elle oublia les lois, Livrant à l’ennemi, dans son fatal délire, Rome, dont tant de rois reconnaissaient l’empire. Et plus bas, en parlant de sa mort : Aux bords de l’Eridan, les Gaulois belliqueux N’ont pas sur son tombeau consacré leurs cheveux ; Sous d’épais boucliers, dans Rome ensevelie (20) , Et payant chèrement sa coupable folie, L’or qu’elle désirait ne para que sa mort. ”
“ Il défend aux Athéniens de vendre leurs filles et leurs sœurs, à moins qu’ils ne les aient surprises en faute avant d’être mariées. Mais est-il raisonnable de punir le même crime tantôt avec la plus grande rigueur, tantôt avec une douceur extrême, et d’en faire comme un jeu en ne le condamnant qu’à une légère amende ? Peut-être aussi que la rareté de l’argent à Athènes, et la difficulté de s’en procurer, rendaient ces amendes pécuniaires très onéreuses : car, dans l’estimation pour les frais des sacrifices, il évalue un mouton et une drachme à une médimne de blé. ”
“ Le corps fragile et périssable Doit subir de la mort l’arrêt inévitable ; L’âme, qui ne périt jamais, Jouit au sein de Dieu d’une éternelle paix. Elle seule vient des dieux et retourne au ciel, d’où elle tire son origine, non pas avec le corps, mais après qu’elle en a été entièrement séparée ; que, devenue pure et chaste par cette séparation, elle ne tient plus rien d’une chair mortelle. L’âme sèche, dit Héraclite, est la plus parfaite ; elle s’élance du corps comme l’éclair de la nue. ”
“ « Oui, lui répondit Solon : c’était un simple citoyen d’Athènes, nommé Tellos, qui, ayant vécu en homme de bien, laissa des enfants généralement estimés, et, après avoir été toute sa vie au-dessus du besoin, mourut avec gloire en combattant pour sa patrie. » Déjà Crésus le prenait pour un homme grossier et stupide, qui, au lieu de mesurer le bonheur sur la quantité d’or et d’argent qu’on avait, préférait la vie et la mort d’un simple particulier à une si grande puissance et à un empire si étendu. ”
“ Mais Cicéron, dès l'entrée de son discours, émut singulièrement son juge ; et, à mesure qu'il avançait dans sa cause, il excitait en lui tant de passions différentes, il donnait à son expression tant de douceur et de charme, qu'on vit César changer souvent de couleur et rendre sensibles les diverses affections dont son âme était agitée. Quand enfin l'orateur vint à parler de la bataille de Pharsale, César, n'étant plus maître de lui-même, tressaillit de tout son corps et laissa tomber les papiers qu'il tenait à la main. Cicéron, vainqueur de la haine de son juge, le força d'absoudre Ligarius. ”
“ Pour moi, je pense qu'une vertu réelle, bien affermie par la raison, ne peut jamais être renversée par les plus grands revers de fortune ; mais je ne crois pas impossible non plus que les meilleurs naturels, les âmes les plus fermes, quand elles sont accablées par de grands malheurs qu’elles n’ont pas mérités, changent de mours en changeant de fortune. Et c’est, je crois, ce qu’éprouva Sertorius, quand la fortune l’eut abandonné : aigri par ses revers, il fut cruel envers des traîtres. ”
“ « Je suis, lui dit-elle, bien payée des peines que j’ai souffertes en errant par toute l’Asie, lorsque j’ai la satisfaction d’insulter aujourd’hui à l’orgueil des rois de Perse ; mais ma joie serait bien plus grande, si je pouvais, en masque, brûler le palais de ce Xerxès qui brûla la ville d’Athènes, et y mettre moi-même le feu en présence du roi, pour faire dire partout que les femmes qui étaient dans le camp d’Alexandre avaient mieux vengé la Grèce de tant de maux qu’elle avait essuyés de la part des Perses, que tous les généraux qui ont combattu pour elle et sur terre et sur mer. » ”
“ César, en voyant nos blessures, ne doit-il pas songer qu’il commande à des hommes mortels, et que nous souffrons tous les maux attachés à notre condition ? Un dieu lui-même peut-il, sur les mers, forcer la saison de l’hiver, des vents et des tempêtes ? Et cependant c’est dans cette saison qu’il nous expose à tous les périls de la mer ; on dirait, non qu’il poursuit des ennemis, mais qu’il fuit devant eux. ”
“ Mais la puissance qui ne souffre jamais que la joie des plus grands succès soit pure et sans mélange, qui jette tant de variété dans la vie humaine par des vicissitudes continuelles de bien et de mal, soit qu'on l'appelle fortune, vengeance divine, ou enfin nécessité naturelle des choses humaines, fit arriver peu de jours après, à Marius, de tristes nouvelles de Catulus son collègue, dont le malheur fut pour la ville de Rome un nouveau sujet de terreur, et comme un nuage funeste, une tempête menaçante, au milieu d'un temps calme et serein. ”
“ Cinna, rassasié de sang, voulait mettre fin à tant de meurtres ; mais Marius, plus aigri chaque jour, plus altéré de vengeance, continuait de faire égorger tous ceux qui lui étaient suspects. On voyait sur tous les chemins et dans toutes les villes des gens courir, comme des chiens de chasse, à la poursuite de ceux qui s'étaient cachés ou qui avaient pris la fuite. On éprouva, dans cette occasion, que la fidélité aux liens de l'hospitalité et de l'amitié résiste rarement à la mauvaise fortune, car on vit peu de personnes ne pas dénoncer ceux qui étaient venus leur demander un asile. ”
“ Je vois avec la satisfaction la plus vive que je n'ai été abandonné par aucun de mes amis ; et ce n'est que par rapport à ma patrie que je me plains de la fortune. Je me crois bien plus heureux que les vainqueurs, non seulement pour le passé, mais pour le présent ; car je laisse une réputation de vertu que ni leurs armes, ni leurs richesses, ne pourront jamais leur acquérir, ni leur faire transmettre à leurs descendants : on dira toujours d'eux, qu'injustes et méchants, ils ont vaincu des hommes justes et bons, pour usurper un empire auquel ils n'avaient aucun droit. ”
“ Les Barbares, du pied de la muraille, lançaient sur lui leurs flèches ; il n’avait été suivi que d’un très petit nombre d’officiers ; tout-à-coup, ramassant ses forces, il s’élance au milieu des ennemis, et par bonheur il tombe sur ses pieds. Au bruit que ses armes firent dans la chute, à l’éclat qu’elles jetaient, les Barbares crurent voir un éclair rapide ou un fantôme menaçant qui le précédait, et, par l’effroi qu’ils en eurent, ils prirent la fuite et se dispersèrent. ”
“ Les habitans de la montagne demandaient un gouvernement populaire : ceux de la plaine préféraient un état oligarchique : et ceux de la côte, portés pour un gouvernement mixte, balançaient les deux autres partis, et empêchaient que l’un n’eût l’avantage sur l’autre. Dans le même temps, la division que cause presque toujours, entre les pauvres et les riches, l’inégalité de fortune, se trouvant plus animée que jamais, la ville, dans une situation si critique, semblait n’avoir d’autre moyen de pacifier les troubles et d’échapper à sa ruine que de se donner un roi. ”
“ J’ai bravé tes menaces, dit-il à Porsenna en prenant son épée ; mais je suis vaincu par ta générosité. Je vais faire à la reconnaissance un aveu que la violence n’aurait jamais pu m’arracher. Trois cents Romains, qui ont juré ta mort, sont répandus dans ton camp, et n’attendent que le moment favorable d’exécuter leur dessein. Pour moi, appelé par le sort à tenter le premier l’entreprise, je ne me plains pas de la fortune, qui n’ a pas voulu que je fasse périr un homme vertueux, plus fait pour être l’ami que l’ennemi des Romains. ”
“ César, ainsi enfermé et assiégé entre deux armées si puissantes, fut obligé de se remparer de deux murailles, l’une contre ceux de la place, l’autre contre les troupes qui étaient venues au secours des assiégés : si ces deux armées avaient réuni leurs forces, c’en était fait de César. Aussi le péril extrême auquel il fut exposé devant Alésia lui acquit, à plus d’un titre, la gloire la mieux méritée ; c’est de tous ses exploits celui où il montra le plus d’audace et le plus d’habileté. ”
“ Aussi Cassius n'avait-il plus la même ardeur pour livrer la bataille ; il préférait de traîner la guerre en longueur, parce qu'avec plus d'argent que l'ennemi, ils avaient moins d'armes et de soldats. Brutus, au contraire, avait toujours pensé qu'il fallait en venir promptement à une action décisive, afin de rendre au plus tôt la liberté à sa patrie, ou du moins pour délivrer de tant de maux tous ces peuples qui étaient écrasés par les dépenses de la guerre, et par tous les malheurs qu'elle entraîne après elle. ”
“ Pendant sa marche, un de ses courtisans lui raconta, comme une plaisanterie qui pouvait l’amuser, que les valets de l’armée, voulant se divertir, s’étaient partagés en deux bandes ; qu’à la tête de chaque bande ils avaient mis un chef, et nommé l’un Alexandre, l’autre Darius ; que leurs escarmouches avaient commencé par des mottes de terre qu’ils se jetaient les uns aux autres ; qu’ensuite ils en étaient venus aux coups de poing ; qu’enfin, le combat s’étant échauffé de plus en plus, ils s’étaient battus à coups de pierres et de bâtons, et qu’on ne pouvait plus les séparer. ”
“ Romulus, qui enleva près de huit cents femmes, ne prit pour lui qu’Hersilie, et laissa les autres aux plus distingués des citoyens. Dans la suite même, les Romains, par leur bonne conduite envers ces femmes, par les égards et l’amitié qu’ils leur témoignèrent, firent de cet acte de violence et d’injustice l’action la plus sage et la plus politique. Il unit par là deux peuples, lia intimement les familles ; et l’intelligence que ces mariages établirent entre eux devint la source véritable de leur puissance. ”
“ Pendant qu’il délibérait sans oser prendre son parti, il s’éleva tout à coup un vent doux et léger, qui, enlevant d’une prairie voisine une grande quantité de fleurs, les porta au milieu de ses troupes ; il semblait qu’elles vinssent d’elles-mêmes se placer sur les boucliers et sur les casques des soldats, de manière qu’ils paraissaient, aux yeux de l’autre armée, couronnés de fleurs. Encouragés par cette espèce de prodige, ils tombèrent sur les ennemis avec tant de vigueur qu’ils remportèrent une pleine victoire, leur tuèrent plus de dix-huit mille hommes, et s’emparèrent de leur camp. ”
“ Tous ses capitaines regardaient comme indigne des Romains d’acheter, à prix d’argent, l’alliance des Barbares. « Ce marché, leur dit Caton, n’est pas si déshonorant que vous le pensez ; si nous remportons la victoire, nous paierons avec l’argent des ennemis ; si nous sommes vaincus, ni ceux qui exigent cette somme, ni ceux qui nous la demandent, n’existeront plus. » Il remporta une victoire complète et eut depuis les plus grands succès. ”
“ Camille, révolté d’une si noire perfidie, dit à ceux qui étaient présents : « Combien la guerre est une chose fâcheuse ! que d’injustices et de violences elle entraîne après elle ! Mais pour les hommes honnêtes la guerre elle-même a ses lois ; et il ne faut pas désirer tellement la victoire, qu’on n’ait horreur de l’obtenir par des moyens criminels et impies. Un grand général doit l’attendre de sa propre valeur, et non de la méchanceté d’autrui. » ”
“ Le service important que Saturninus venait de rendre à Marius imposait à celui-ci la nécessité de souffrir toutes ses violences ; il ne sentait pas que c'était faire à la république une plaie incurable ; que ses lâches complaisances pour ce tribun audacieux l'autorisaient à se frayer par les armes et par les meurtres un chemin à la tyrannie et à la ruine du gouvernement. Conservant donc quelques égards pour les nobles, et voulant toujours se ménager la faveur du peuple, il fit l'action de l'homme le plus vil et le plus faux. ”
“ Mais la grande science qu’il lui importe d’acquérir, l’art sublime auquel il doit se former, c’est celui de gouverner sagement ses peuples, et de tout rapporter à cette fin unique. La justice est la première vertu et le premier devoir des rois : c’est par elle qu’ils font luire aux yeux des mortels les rayons de la divinité dont ils sont sur la terre les images vivantes. ”
“ Outre cette multitude d’Athéniens qui périrent par le fer des ennemis, il y en eut aussi un grand nombre qui se donnèrent eux-mêmes la mort, par la douleur et le regret que leur causait la certitude de voir détruire leur patrie. C’est ce qui jeta dans le désespoir les plus honnêtes gens, et qui leur fit préférer la mort à la crainte de tomber entre les mains de Sylla, de qui ils n’attendaient aucun sentiment de modération et d’humanité. ”
“ « Nous vaincrons avec gloire, César, lui dit-il d’une voix forte, et aujourd’hui vous me louerez mort ou vif. » En disant ces mots, il s’élance avec impétuosité sur l’ennemi, et entraîne après lui sa compagnie, au nombre de cent vingt hommes. Il taille en pièces le premier qu’il trouve sur son passage, pénètre au milieu des plus épais bataillons, et s’entoure de morts, jusqu’à ce qu’enfin il reçoit dans la bouche un coup d’épée si violent, que la pointe sortit par le chignon du cou. ”
“ Mais ce qu'il y a de plus en toi, c'est que ton corps, affaibli par l'excès du travail, rend ton esprit plus mobile et plus prompt à changer. Il n'est pas vraisemblable qu'il existe des génies, ni, s'il en existe, qu'ils prennent la figure et la voix des hommes, ou que leur pouvoir s'étende jusqu'à nous. Je voudrais qu'il y en eût, afin que nous puissions mettre notre confiance, non seulement dans cette multitude d'armes, de chevaux et de navires, mais encore dans le secours des dieux, qui se déclareraient sans doute pour les chefs de l'entreprise la plus sainte et la plus belle. ”
“ Voilà la vraie cause de ce dépit secret qui arme nos sophistes modernes contre un philosophe estimable à qui ils ne pardonnent pas ses sentimens religieux. Un nouveau grief contre lui, c’est qu’après avoir vivement combattu la superstition, il a encore moins ménagé l’athéisme. De son temps, la Grèce était inondée d’un déluge de sophistes qui, sous le nom fastueux de philosophes, étaient les ennemis de la véritable sagesse, et faisaient gloire de leur impiété ; ils s’efforçaient d’anéantir toute idée de la divinité, pour détruire avec elle toute morale et toute justice. ”
“ Archélaüs, reprit Sylla, vous qui êtes Cappadocien, et l’esclave, ou, si vous l’aimez mieux, l’ami d’un roi barbare, vous ne pouvez supporter une proposition honteuse au prix de tant de biens que je vous offre ; et à moi, qui suis général des Romains, à moi, Sylla, vous osez me proposer une trahison ! comme si vous n’étiez pas cet Archélaüs qui vous êtes enfui de Chéronée avec une poignée de soldats, reste de cent vingt mille combattants que vous y aviez amenés ”
“ Ils traitèrent avec toute sorte d’humanité ceux des Thébains qui se réfugièrent dans leur ville. Mais, soit que la colère d’Alexandre, comme celle des lions, se fût éteinte dans le sang qu’il avait fait couler ; soit qu’il voulût opposer à une action si atroce et si barbare un acte éclatant de douceur, non content d’oublier tous les sujets de plainte qu’il pouvait avoir contre les Athéniens, il les invita à s’occuper sérieusement des affaires communes, parce que leur ville, s’il venait lui-même à manquer, était faite pour donner la loi au reste de la Grèce. ”
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