“ « Oses-tu, misérable, tuer Caïus Marius ! » À l'instant le Barbare prend la fuite, et jetant son épée, il sort dans la rue, en criant ces seuls mots : « Je ne puis tuer Gaïus Marius. » L'étonnement d'abord, ensuite la compassion et le repentir, gagnèrent bientôt toute la ville. Les magistrats se reprochèrent la résolution qu'ils avaient prise, comme un excès d'injustice et d'ingratitude envers un homme qui avait sauvé l'Italie, et à qui l'on ne pouvait sans crime refuser du secours. ”
Citations sur “Gaius Marius”
Paulin Paris,
Les Romans de la Table ronde
“ Une demoiselle descendait alors les degrés du palais ; il l’arrête par le giron et la prie de lui apprendre la cause d’une si grande douleur : « C’est, » lui répond cette demoiselle, « que Gaius, le neveu de l’empereur, est en ce moment mort ou peu s’en faut. L’empereur n’a pas d’autre héritier, et Rome fait à sa mort la plus grande perte du monde, car c’était un très-bon et très-beau jeune homme, bien enseigné, large aumônier envers les pauvres gens, humble et doux envers tout le monde. — Où est le corps ? » demanda Ipocras. ”
Paul Prat, Précis d'histoire ancienne (1882)
“ Le bonheur de l'Italie voulut qu'ils restassent plusieurs années en Gaule et en Espagne à piller. Marius seul parut capable de les vaincre, et on le nomma consul. L'année se passa sans combat, et Marius fut réélu, au mépris de la loi qui défendait d'exercer cette magistrature plusieurs années de suite. Marius, disait-on, était l'homme providentiel; seul il pouvait sauver la république. C'est la coutume des peuples dans les grandes crises de s'abandonner à un homme, au lieu de chercher leur délivrance en eux-mêmes et dans la pratique .de la vertu. ”
“ Il estime bien moins les capitaines qui lui donnent de l'argent ou qui l'élèvent aux charges, que ceux qui s'associent à ses travaux et à ses dangers ; il aime qu'ils partagent ses fatigues, et non qu'ils le laissent vivre dans l'oisiveté. Marius, en suivant cette conduite, gagna l'affection de tous les soldats, et remplit bientôt l'Afrique entière et l'Italie même du bruit de son nom et de sa gloire. Tous ceux qui, de l'armée, écrivaient à Rome, ne cessaient de répéter qu'on ne verrait la fin de cette guerre contre ce roi barbare, que lorsque Marius, nommé consul, en aurait seul la conduite. ”
Velleius Paterculus,
Histoire romaine
“ Il massacra, tant le premier que le second jour, plus de cent cinquante mille ennemis et la nation des Teutons fut anéantie. Pendant son cinquième consulat, c’est de ce côte des Alpes, dans les plaines nommées Raudiennes que le consul Manlius aidé du proconsul Quintus Lutatius Catulus, livra lui-même une bataille décisive qui fut tout à fait heureuse. Plus de cent mille hommes furent tués ou pris. Par cette victoire, Marius semble avoir mérité que l’État n’ait pas de regret de sa naissance, et avoir fait autant de bien que de mal. ”
Louis-Napoléon Bonaparte,
Histoire de Jules César
“ Une troisième invasion des Cimbres, suivie de deux nouvelles défaites en 649, aux bords du Rhône, excite les appréhensions les plus vives, et l’opinion publique désigne Marius comme le seul homme capable de sauver l’Italie ; les nobles d’ailleurs, en présence d’un si grave danger, ne recherchaient plus le pouvoir [65] . Il fut donc, contrairement à la loi, nommé pour la seconde fois consul, en 650, et chargé de la guerre dans la Gaule. ”
Revue historique du salon de 1834 contenant des détails d'histoire sur les peintures… (1834)
“ Rome, si puissante alors , trembla ; tous les yeux , toutes les espérances se portèrent sur Marius, farouche républicain , barbare presqu'autant que les barbares qu'il devait combattre , plébéien haïssant l'aristocratie , sans amour pour le peuple ; homme de guerre seulement, et qui n'avait jamais voulu apprendre le grec, principe de l'éducation romaine. Voilà l'homme qui fut envoyé contre les Cimbres et les Teuton? qui s'étaient déjà séparés en deux troupes. ”
Marius Bernard, Excursion à La Sainte-Baume : les étapes d'un touriste en France (1902)
“ Les Romains exaspérés veulent sortir de leurs retranchements, Marius s'y oppose. Il attend, pour attaquer, l'ordre de Marthe la Syrienne, prophétesse infaillible que lui a envoyée sa femme Julia et qui, portée en litière, l'accompagne en tous lieux, qui, les jours de sacrifice, armée d'une pique fleurie, ne se montre aux soldats que muette, les yeux fixes, et drapée, comme une déesse, dans un manteau de pourpre que des agrafes d'or retiennent lâchement sur sa poitrine nue. ”
“ Ce consul, doué d'un sens droit autant qu'aucun autre Romain, qui ne laissa jamais corrompre la dignité de sa charge par le poison de la flatterie, et qui se tenait fortement attaché aux coutumes et aux lois de la patrie, comme à des formules invariables, avait malheureusement le plus grand faible pour la divination, et passait beaucoup plus de temps avec des devins et des charlatans, qu'avec des militaires et des hommes d'État. Marius avant d'entrer dans Rome, envoya des satellites qui arrachèrent Octavius de son tribunal, et l'égorgèrent sur la place publique. ”
Dix ans de l'Institution Massin au concours général…
“ Comme Annibal à Cannes, Marius avait exposé les ennemis au vent et au soleil. Mais il s'égara dans des tourbillons de poussière et ne put rejoindre que fort tard Catulus, qui eut ainsi à soutenir tout le choc de l'armée ennemie1. Là, comme à Aix, il fallut lutter contre le désespoir des femmes barbares qui se tuaient plutôt que de tomber au pouvoir des Romains. L'armée des Cimbres était anéantie : soixante mille hommes avaient été faits prisonniers ; cent vingt mille étaient restés sur la place. Marius obtint en récompense le triomphe et fut proclamé le troisième fondateur de Rome. ”
Philipp Anton Dethier, Galerie historique-chronologique… (1833)
“ Marius, chassé de Romé par son rival victorieux, est bientôt arrêté et jeté en prison à Minturne. Sa tête est mise à prix. Les Magistrats envoient un esclave, cimbre de nation , pour exécuter le décret du sénat. A peine Marius le voit-il entrer, que se levant d'un air terrible: Barbare, s'écria-t-il, oseras-tu bien tuer Caius .Marius! L'esclave, épouvanté de ce.nom, qui lui rappelle le désastre de sa nation, jette son épée, et s'enfuit. Peu après, Marius trouva un asile en Afrique, et attendit que la victoire de son parti lui permit de revenir en Italie. ”
Velleius Paterculus,
Histoire romaine
“ Puis après sa préture, il se fit remarquer dans la guerre d’Italie. Auparavant, il s’était signalé en Gaule comme légat de Marius en mettant en fuite des chefs ennemis très réputés. Ces succès lui firent prendre courage ”
Alfred Spont, Les grandes infortunes (1897)
“ « 0 ma mère, s'écrie-t-il, vous me désarmez! » puis il murmure : « Rome est sauvée, et votre fils est perdu. » Quelques jours après, en effet, il tomba sous le poignard d'un Volsque indigné de sa palinodie. * * * La destinée de Marius rappelle celle de Coriolan : soldat bourru, son endu rance et sa sobriété n'ont d'égale que son ambition féroce. Cette passion a terni sa vie qui eût pu être admirable. Deux fois Marius sauva sa patrie des coups des barbares qui la menaçaient ; élu six fois consul, il fut salué, en des jours d'apothéose, des cris de : « Vive le sauveur! vive le libérateur! » ”
“ Il encourut par cette conduite la haine des nobles ; mais celui d'entre eux qu'il redoutait le plus, c'était Métellus, dont il n'avait payé les bienfaits que par la plus noire ingratitude ; qui, naturellement vertueux et ami de la vérité, s'opposait avec force à ceux qui s'insinuaient par des voies peu honnêtes dans la faveur du peuple, en ne parlant que pour lui complaire. Marius résolut donc de le chasser de Rome : pour y parvenir, il se lia intimement avec Glaucias et Saturninus, les plus audacieux des hommes, et qui avaient à leurs ordres une tourbe d'indigents et de séditieux. ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Ce talent se retrouve dans l’histoire de Marius. Si les dissertations générales y sont multipliées sans raison, au point de faire souvent oublier le mince fil du récit, ce récit lui-même contient une foule de détails admirables : l’ovation de Marc-Aurèle, le pèlerinage de Marius au temple d’Esculape, son départ de Pise, son arrivée à Rome, les portraits de Fronton, de l’empereur, de Lucien, d’Apulée, du serf Flavien et du chrétien Cornélius. C’est vraiment la résurrection d’une époque, et M. Pater a su y adapter avec une vraisemblance parfaite l’âme de son héros. ”
Salluste,
Traduction de Salluste
“ C’étoit la premiere Ville qui l’avoit abandonné après sa défaite. Il s’y avance de nuit avec l’élite de sa Cavalerie, attaque les Romains à la porte comme ils sortoient, & crie en même-temps aux habitants de les envelopper par derriere ; que la Fortune leur offre l’occasion la plus éclatante ; que d’un seul coup ils s’assureront la paix & la liberté, & à lui ses Etats. Peut-être que, si Marius ne se fût pas hâté de faire avancer les drapeaux, & de retirer ses troupes de la Ville, tous les habitants, ou du moins le plus grand nombre, l’eussent effectivement attaqué. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Là, dans l'Eglise primitive de Rome on trouvait, et vraiment fondés sur des bases tout à fait sérieuses, ce contentement, cette sérénité dans l'appréciation équitable des événements de la vie à laquelle tous les coeurs avaient aspiré, la plupart du temps, hélas, en vain, et qui faisait contraste pour Marius, très nettement, avec ce poids si lourd d'incurable mélancolie qui oppressait l'âme de l'empereur philosophe. ”
Édouard-Xavier Gibelin, L'école buissonnière (1885)
“ Marius les suivit jusqu'au-delà des Eaux-Sextiennes (Aix) (1) : il s'arrêta sur cette haute colline, si nue maintenant, mais alors couverte de belles forêts, qui est là-bas dans la direction du Sud-Ouest (2) . En face, sur d'immenses plateaux rocheux moins élevés, s'étendaient les quartiers des Ambrons, et plus loin ceux des Teutons. Romains et Barbares étaient séparés par le ravin au fond duquel le Coenus (aujourd'hui l'Arc) , coulant sur des sables rouges, semble rouler du sang. C'était un champ de bataille digne des Titans. La position de Marius était très-forte, mais privée d'eau. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Les morts, en réalité, occupaient dans des résidences comme celle-là, un voisinage sensiblement plus rapproché de l'ancienne maison dont ils étaient censés demeurer les protecteurs, que celui qu'on leur réserve chez nous d'ordinaire, ou alors, à Rome même — rapprochement qui avait son charme pour les vivants — tant est grande la diversité des sentiments de l'humanité, — et que pouvaient se permettre, tout au moins, les plus fortunés de ce monde, notamment à la campagne. Marius portait à tout cela un intérêt pieux, sincèrement ému et respectueux devant la douleur de sa mère. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Parfois même Marius se demandait avec surprise si l'orateur ne faisait pas allusion à quelque vaste société secrète, association auguste telle que de s'en trouver exilé et d'en ignorer la civilisation serait un plus grand malheur encore que d'être relégué jusqu'aux extrémités du monde, hors de la grande République romaine. ”
“ Cependant Marius, par une ambition excusable tout au plus dans un jeune homme, forçant son âge et sa vieillesse, descendait tous les jours au champ de Mars, s'y exerçait avec la jeunesse romaine, montrait un corps souple et léger sous les armes, propre encore à tous les exercices du manège, quoique, devenu replet et pesant dans sa vieillesse, il conservât peu d'activité. ”
Casimir Raffy, Grands faits de l'histoire ancienne et de l'histoire générale du Moyen Âge… (1868)
“ Ceux-ci décampèrent enfin, en insultant aux Romains, et leur demandant, tant ils comptaient sur la prise de Rome ! s'ils n'avaient rien à mander à leurs femmes. Prompts à exécuter leurs menaces, ils s'avançaient déjà en trois corps par les Alpes, barrière de l'Italie. Marius prévint l'ennemi en occupant aussitôt, avec une merveilleuse célérité, les plus courts chemins. Il atteignit d'abord les Teutons , au pied même des Alpes , dans un lieu nommé les Eaux Sextiennes; quelle bataille, grands dieux! il leur livra! Les ennemis étaient maîtres de la vallée et du fleuve qui la traverse. ”
“ Dès que les Teutons l'eurent aperçue, ils n'attendirent pas que les Romains fussent descendus au pied de la colline, où ils auraient pu les combattre à avantage égal, sur un terrain uni. Frémissant de colère, ils s'arment avec précipitation, et vont les attaquer sur la hauteur même. Alors Marius envoie ses officiers porter dans tous les rangs l'ordre de s'arrêter, et d'attendre que l'ennemi soit à la portée du trait ; de lancer alors leurs javelots, de mettre ensuite l'épée à la main, et de le pousser vigoureusement en le heurtant de leurs boucliers. ”
Alphonse de Lamartine,
Histoire des Girondins
“ Il fait un grand bruit pour préparer les esprits aux grandes commotions ; il s’annonce fièrement à la nation dans cette apostrophe sublime de son adresse aux Marseillais : « Quand le dernier des Gracques expira, il jeta de la poussière vers le ciel, et de cette poussière naquit Marius ! Marius, moins grand pour avoir exterminé les Cimbres que pour avoir abattu dans Rome l’aristocratie de la noblesse. » Dès son entrée dans l’Assemblée nationale, il la remplit ; il y est lui seul le peuple entier. Ses gestes sont des ordres, ses motions sont des coups d’État. Il se met de niveau avec le trône. ”
“ « Je vois que la guérison ne vaut pas la douleur qu'elle cause. » 7. Vers ce temps-là le consul Cécilius Métellus [3] , ayant été chargé d'aller en Afrique faire la guerre contre Jugurtha [4] , choisit Marius pour son lieutenant. Marius, qui vit dans cette expédition un vaste champ à de grands combats et à des actions glorieuses, n'eut garde, comme les autres lieutenants, de servir à l'élévation de Métellus et de travailler pour sa gloire. ”
Anatole France,
Sur la pierre blanche
“ Et ils s’étonnaient douloureusement que ce nouvel ordre de choses, qui promettait au genre humain une longue félicité, eût si vite apporté à Rome des hontes inouïes et des tristesses inconnues même aux contemporains de Marius et de Sylla. Ils avaient vu, durant la folie de Caïus, les meilleurs citoyens marqués au fer rouge, condamnés aux mines, aux travaux des chemins, aux bêtes, les pères forcés d’assister au supplice de leurs enfants, et des hommes d’une vertu éclatante, comme Crémutius Cordus pour priver le tyran de leur mort, se laisser mourir de faim. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Marcher sur les traces de semblables succès devait instinctivement exciter l'ambition des jeunes ; et ce n'était nullement pour suivre l'impulsion d'un vulgaire égoïsme, que Marius, à l'âge de dix-neuf ans, prit le parti, comme nombre de jeunes gens de distinction, d'entrer en qualité d'étudiant de rhétorique à Rome. ”
Alexandre Dumas,
Isaac Laquedem
“ Marius marcha contre eux, et les anéantit : hommes, femmes, enfants, vieillards, il tua tout ; il tua jusqu’aux chiens, qui défendaient les cadavres de leurs maîtres ; il tua jusqu’aux chevaux, qui ne voulaient pas se laisser monter par de nouveaux cavaliers ; il tua jusqu’aux bœufs, qui ne voulaient pas traîner les chars des vainqueurs ! Cette boucherie terminée, il fut décrété par le Sénat que Marius avait bien mérité de la patrie, et il reçut le titre de troisième fondateur de Rome. Tant d’honneurs rendirent Sylla jaloux : il résolut de détruire Marius. ”
Jean-Baptiste-Gaspard Roux de Rochelle, Les trois âges, ou Les jeux olympiques… (1816)
“ En vain de l'étranger leur valeur te délivre : Marius et Sylla n'ont pas cessé de vivre (s) . Tu recueilles enfin le fruit de tes forfaits, Quand Marius, souillé du limon des marais, Poursuivi par le fer de rivage en rivage, Errant en fugitif aux lieux où fut Carthage, Fidèle à la vengeance, et l'enfer dans le cœur, Aux portes des Romains reparaît en vainqueur. Inflexible, muet, il concentre sa rage : Un signe de sa tête annonce le carnage : Ses licteurs, épiant ceux qu'il veut immoler, Lisent dans ses regards quel sang devra couler. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Il jaillit dans cet endroit des sources d’eaux chaudes, et une bonne partie des Barbares s’y livraient au plaisir, savourant les délices et l’enchantement de ces lieux, lorsque survinrent les Romains. Aux cris des combattants, ils accourent plus nombreux ; et il était alors difficile à Marius de contenir plus longtemps ses gens, qui craignaient pour leurs valets. ”
