Résumé

Portrait de Victor Segalen Victor Segalen Gauguin dans son dernier décor

Dans l’atelier où vague un pêle-mêle d’armes indigènes s’essouffle un vieux petit orgue, puis une harpe, des meubles disparates, de rares tableaux, car le maître venait de faire un dernier envoi. Il s’était pourtant réservé une ancienne œuvre très poussée : un portrait, de lui-même, portrait douloureux où, sur un lointain de calvaires devinés, se dresse le torse puissant ; l’encolure est forte, la lèvre abaissée, les paupières alourdies.
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Portrait de Victor Segalen Victor Segalen Gauguin dans son dernier décor

C’est affaire de tempérament, de tenue physique : tel écrivain splendide et forcené peut avoir l’habit de chair d’un maigre sacristain ; le génie n’exclut point un extérieur honorable, décent, une vie de négoce ou de ponctualité. Et Gauguin, encore, ne fut point tout cela : mais il apparut dans ses dernières années comme un être ambigu et douloureux, plein de cœur et ingrat ; serviable aux faibles, même à leur encontre ; superbe, pourtant susceptible comme un enfant aux jugements des hommes et à leurs pénalités, primitif et fruste
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Et c’est bien une figuration de l’atua indéfini des jours passés ; mais, issue des rêveries exégétiques de l’artiste, elle est étrangement composite : l’attitude est Bouddhique, mais les lèvres musculeuses, les yeux saillants tout proches, non bridés, le nez droit à peine élargi aux narines, sont des traits indigènes : c’est un Bouddha qui serait né au pays Maori. Gauguin se plut ainsi à revêtir de poses hiératiques diverses les héros des mythes polynésiens. Il ne pouvait, en cela, relever que de lui-même ; car ces peuples dédaignèrent de figurer leurs dieux.
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