Victor Segalen,
Les Immémoriaux
“ La voix d’Aüté semblait chargée de peine. « Dis-moi, Iakoba tané, combien de vivants nourrissait l’île quand tu es parti pour ton grand voyage ? » Voilà qui n’était pas à demander, vraiment ! Qui s’en inquiétait ? — « Moi je le sais maintenant : Deux hommes, pour un seul d’aujourd’hui. La moitié sont morts depuis vingt ans. — Aué ! » fit allègrement le diacre : « ceux qui restent ne se plaindront plus de famines ! » et il pensait : « mieux vaut la moitié moins d’hommes sur terre Tahiti, et qu’ils soient bons chrétiens et baptisés, plutôt que le double d’ignorants détestables ! » ”

