Victor Segalen,
Les Immémoriaux
“ « Mes dieux sont donc les dieux de Tahiti. Cela n’est-il point éclatant ? Pourrais-je en avoir d’autres ? Si je parle, n’est-ce pas avec ma propre bouche, et pourquoi voler aux autres leurs lèvres et leur souffle ! Quand les bêtes changent leurs voix, c’est qu’elles vont mourir ! — Cela », interrompit Noté, « ne fait pas connaître ta conduite, ni ce que tu prétends être... » Paofaï se découvrit le torse, et, baissant les paupières, chanta sourdement : — « Arioï ! Je suis Arioï... » Dans la stupeur immobile de la foule, il acheva, sans récris, l’incantation des grands-maîtres passés. ”

