“ Vivovivo de lune La mer, qui heurte aux récifs ses vagues déferlantes, la mer approfondit, ne trouble pas la paix du soir, et la vie alentour, et la vie dans la case, dans la case en bois de bourao, tait ses bruits, et la nuit tombe, rapide, l’immense rideau d’un théâtre infini, toile sombre illustrée d’étoiles. Plaintifs tous deux, près et loin, mon cœur et le vivo chantent. C’est du rivage, là bas où l’anse brusque ses contours, que me vient la mélancolique musique : à quoi songe-t-il, le musicien sauvage, et vers qui s’en vont ses plaintes ? ”
Paul Gauguin
Résumé
Noa Noa, récit de voyage de Paul Gauguin publié en 1897, relate ses années passées en Polynésie française, notamment à Tahiti. À travers des descriptions poétiques et introspectives, l’œuvre combine réflexions sur l’art, la nature et les croyances maories, s’inspirant des figures de Téhura, Hina et Taaroa.
Les thèmes de la liberté, de la spiritualité et de la quête de l’essence de la vie s’entrelacent, révélant un dialogue entre le monde occidental et la culture polynésienne. Gauguin y célèbre la beauté des paysages et la simplicité des mœurs locales, tout en interrogeant les tensions entre modernité et tradition.
Citations de Noa Noa (Paul Gauguin)
“ L’un, âme et intelligence, Taaroa, est le mâle ; l’autre, en quelque sorte la matière et le corps du même Dieu, est la femelle ; c’est Hina. À elle va tout l’amour des hommes, à lui leur respect. — Hina n’est pas le nom de la lune seulement : il y a aussi Hina-de-l’air, Hina-de-la-mer, Hina-de-l’intérieur ; mais ces deux syllabes ne caractérisent que les parties inférieures de la matière. Le soleil et le ciel, la lumière et son empire, toutes les parties nobles, à ainsi parler, de la matière — où plutôt encore tous les éléments spirituels de la matière sont Taaroa. ”
“ Elle me conduit ainsi, plus sûrement que je n'y pourrais parvenir par toute autre méthode, à la pleine compréhension de sa race,—par l'enseignement quotidien de la vie.Et je n'ai plus conscience des jours et des heures, du mal, du bien. La bonheur est si étranger au temps qu'il en supprime la notion. Je sais seulement que tout est bien, puisque tout est beau.Et Téhura ne me trouble pas du tout, quand je travaille ou quand je rêve. D'instinct, alors, elle se tait. Elle sait très bien quand elle peut me parler sans me déranger,—et nous causons d'Europe et de Tahiti, et de Dieu, et des Dieux. ”
