“ Vivovivo de lune La mer, qui heurte aux récifs ses vagues déferlantes, la mer approfondit, ne trouble pas la paix du soir, et la vie alentour, et la vie dans la case, dans la case en bois de bourao, tait ses bruits, et la nuit tombe, rapide, l’immense rideau d’un théâtre infini, toile sombre illustrée d’étoiles. Plaintifs tous deux, près et loin, mon cœur et le vivo chantent. C’est du rivage, là bas où l’anse brusque ses contours, que me vient la mélancolique musique : à quoi songe-t-il, le musicien sauvage, et vers qui s’en vont ses plaintes ? ”
Paul Gauguin
Élements biographiques
Paul Gauguin (1848-1903), peintre postimpressionniste français, incarne une rupture stylistique majeure avec l’impressionnisme par son emploi audacieux des couleurs et son approche synthétique, proche du symbolisme. Figure de proue de l’École de Pont-Aven et du primitivisme, ses œuvres, comme Noa Noa ou Lettre de candidature, explorent les thèmes de la spiritualité, de la nature primitive et des cultures exotiques, mêlant réflexions métaphysiques et visions oniriques.
Son parcours, marqué par des voyages en Bretagne, en Martinique et aux îles Marquises, révèle une quête de l’essence humaine à travers des paysages chargés de symbolisme et des scènes de genre profondément introspectives.
Citations de Paul Gauguin
“ L’un, âme et intelligence, Taaroa, est le mâle ; l’autre, en quelque sorte la matière et le corps du même Dieu, est la femelle ; c’est Hina. À elle va tout l’amour des hommes, à lui leur respect. — Hina n’est pas le nom de la lune seulement : il y a aussi Hina-de-l’air, Hina-de-la-mer, Hina-de-l’intérieur ; mais ces deux syllabes ne caractérisent que les parties inférieures de la matière. Le soleil et le ciel, la lumière et son empire, toutes les parties nobles, à ainsi parler, de la matière — où plutôt encore tous les éléments spirituels de la matière sont Taaroa. ”
“ Elle me conduit ainsi, plus sûrement que je n'y pourrais parvenir par toute autre méthode, à la pleine compréhension de sa race,—par l'enseignement quotidien de la vie.Et je n'ai plus conscience des jours et des heures, du mal, du bien. La bonheur est si étranger au temps qu'il en supprime la notion. Je sais seulement que tout est bien, puisque tout est beau.Et Téhura ne me trouble pas du tout, quand je travaille ou quand je rêve. D'instinct, alors, elle se tait. Elle sait très bien quand elle peut me parler sans me déranger,—et nous causons d'Europe et de Tahiti, et de Dieu, et des Dieux. ”
