“ L’un, âme et intelligence, Taaroa, est le mâle ; l’autre, en quelque sorte la matière et le corps du même Dieu, est la femelle ; c’est Hina. À elle va tout l’amour des hommes, à lui leur respect. — Hina n’est pas le nom de la lune seulement : il y a aussi Hina-de-l’air, Hina-de-la-mer, Hina-de-l’intérieur ; mais ces deux syllabes ne caractérisent que les parties inférieures de la matière. Le soleil et le ciel, la lumière et son empire, toutes les parties nobles, à ainsi parler, de la matière — où plutôt encore tous les éléments spirituels de la matière sont Taaroa. ”
Hina
Définition et enjeux
Citations sur “Hina”
“ Ils l’ont seulement, cette âme, amollie et troublée, et, chez les femmes leur influence, plus active que sur les hommes, a eu le singulier effet d’exalter, aux dépens du rude et bon roi de la Terre, leur culte pour la divinité féminine, Hina, la Lune, la déesse du mensonge et de la pitié. C’est à Hina que le plus volontiers elles l’ont les honneurs du passé, en des fêtes au clair de la lune, célébrées par les baisers, les chants et les danses, et cette légende : Hina disait à Téfatou : — Faites revivre l’homme quand il sera mort. ”
Victor Segalen,
Les Immémoriaux
(1907)
“ Quant à « cette vie qui ne doit point finir », on savait, sur la foi des Dires conservés, que Té Fatu, le maître, la déniait à tous, malgré les supplications de Hina : « Sois bon », murmurait en implorant la douce femme lunaire... « Je serai bon ! » avait concédé le Très-Puissant. Néanmoins meurent les hommes, et meurent les bêtes à quatre pieds, et meurent les oiseaux, et meurent toutes choses hormis les regards de Hina. Pour les esprits : qu'ils aillent, — esprits des Arioï, des chefs et des guerriers, — tourbillonner parmi les nues dans le Eohutu Délicieux. ”
Louis Gaussin, Le Tour du monde
“ Par trois fois, Pani se rendit vers Hina. La colère le gagna parce qu’elle ne voulait pas écouter sa parole. Il prit le Ie et la frappa sur la nuque : elle mourut. L’âme de Hina s’envola dans le ciel. Elle reçut le nom de Hina-nui-aia-i-te-marama, c’est-à-dire la grande Hina prenant possession de la lune, et depuis Hina demeura dans la lune. Traduit du tahitien par M. L. Gaussin. (La suite à une autre livraison.) ↑ L’orateur était dans l’assemblée des chefs de Tahiti ce que sont dans nos assemblées représentatives les commissaires du gouvernement. ”
Victor Segalen,
Les Immémoriaux
(1907)
“ Mais c'était une idée grossière, une injure aux atua supérieurs : Taürua, petit astre vagabond, bien que la plus lumineuse des étoiles, ne franchit point la lumière de Oro. Un astre seul peut s'y perdre, qui renaît ensuite : et c'est Hina-du-ciel, la femme lunaire, l'impérissable femelle dans les cieux, qui parfois, s'approchant du Fécondateur, l'étreint, le mord, et l'obscurcit. Puis, songeait encore Térii, comment figurer un chemin que nul n'a jamais couru, sauf peut-être Hiro, placé depuis au rang des dieux ! ”
Victor Segalen,
Les Immémoriaux
(1907)
“ La foule, on eût dit, flairait des ruts et brûlait. Les reins, les pieds nus, s'agitaient avec saccades. Les hommes, enfiévrés, rampaient vers des compagnes. Parfois, les torches, secouées, jetaient, en pétillant, un grand éclat rouge. Leurs lueurs dansaient aussi. Soudain la femme se cambra, disparut. Des gens crièrent de plaisir. Dans la nuit avancée, des corps se pénétrèrent. Les flammes défaillaient ; l'ombre s'épancha. Alors, la confusion des nuits sans Hina devint effarante. Au hasard, dans les ténèbres, vaguaient des chants dispersés, des appels, des sanglots et des rires repus. ”
Alfred Maury,
Histoire universelle des religions…
(1845)
“ Ils vécurent donc en époux, et le fils qu'Hina mit au monde se nommait Tii : ce fut le premier homme. Plus tard, Hina eut une fille qui se nommait Hina-arii-re-monoï. Elle devint la femme de Tii, et lui donna - un fils qui fut appelé Taata, terme qui, à quelques variantes près, signifie homme, dans toute la Polynésie. Hina, fille et épouse de Taaroa, grand' -mère de Taata, s'étant transformée en une jeune et belle femme, s'unit encore à son petit-fils, et lui donna un couple, Ourou et Fana, les véritables fondateurs de la race humaine. ”
“ Hina de l’amour et Hina de la mort sont bien la seule et la même Déesse, monstre au mufle de fauve avec des seins de femme. J’écoute mes pensées, dans la nuit maintenant pleine, maintenant tenant calme, en marchant sur le rivage, parmi l’air tout chargé encore d’effluves humains et végétaux. Les fleurs sont mortes, foulées aux pieds des amants. Je hume voluptueusement ce puissant arôme, ce dictame concerté par la mort et l’amour. ”
Victor Segalen,
Les Immémoriaux
“ Laissez dans ses nuages le dieu Kérito qui n’est pas bon pour nous. Laissez dans sa lune, qui n’est pas notre Hina, l’autre déesse, que l’on dit Maria ! Elle ne parle point notre langage ; comment nous entendrait-elle ! Mais nos montagnes et nos vents, jusqu’au firmament septième, et nos eaux, jusque par-dessous l’abîme, sont pleins de grands dieux secourables qui savent nos parlers, qui mangent nos offrandes, qui fécondent nos terres et nos femmes, qui prévoient tous nos désirs. Chassez les autres ! Brûlez leurs faré-de-prières comme ils ont brûlé nos simulacres... ”
François-Timoléon Bègue Clavel, Histoire pittoresque des religions… (1844-1845)
“ Plusieurs légendes attribuent à la déesse Hina, femme de Taaroa, une part importante dans la création de l'univers et particulièrement dans celle de l'homme. « Hina , disent-elles , demanda à Taaroa : « Comment obtenir « l'homme? Les dieux Jour et Nuit sont établis, et l'homme ne l'est * « point. » Taaroa répondit : « Tiimaa-raataï , ton frère, habite les flots, « va-t'en à la mer, et cherche-le. » Ayant ainsi congédié la déesse, Taaroa songea aux moyens de créer l'homme; et, pour cela, il prit une substance et une forme ”
“ Dans la solitude tous deux, près et loin, mon cœur et le vivo chantent. La lune insidieuse et confidentielle rit à travers les bambous bien alignés de ma case, Hina, la lune ! et rythme aux caprices de sa clarté la musique, là bas, qui me vient du rivage, et l’on dirait — ces bambous, la lune — dans la nuit pleine de souvenirs, dans le silence, l’instrument et la mélodie. Dans le silence tous deux, prés et loin, mon cœur et le vivo chantent. Ah ! ce n’est pas un passant qui chante au loin sur le vivo sa chanson : c’est mon cœur ! ”
“ La lune, s’épandant sur le monde voilé, créait des formes nouvelles, brillantes et confuses. Une large lumière éclairait le groupe des jeunes femmes et leur donnait la beauté morte des statues. Devant le ciel semé de lueurs obscures et argentées, devant l’herbe vague, le jardin gris, les pâles feuillages et les vastes nappes d’ombre qui s’allongeaient autour des grands arbres, seule Nichina semblait vivante et, de ses gestes, de sa voix, prêtait une âme à la Nuit. ”
“ Dans les longues après-midi, après avoir dirigé le travail des servantes, elle ne dédaignait pas, tout en jouant aux dés, de nous enseigner l’art de vider les bourses. — Je suppose, Nichina, disait-elle, qu’un homme vous lance pour la première fois le regard féroce de la possession. S’il vous prend pour une fille malheureuse, mais sage, gardez-vous bien de le détromper. Ne vous livrez point ; laissez-le prolonger indéfiniment son adoration et sans lui réclamer seulement un quattrino. Puis, quand vous vous êtes attiré sa confiance, jouez le grand coup ”
“ Ayant parlé de la sorte, Nichina, pour sa récompense, voulut profiter du privilège dont elle jouissait d’être toujours élégante et de pouvoir se permettre les plus audacieux mouvements sans choquer l’assistance. Elle bâilla, s’étira, poussa un soupir, fit craquer son corps de jupe, tendit ses belles chairs sur son siège, appuya ses coudes sur la table et colla ses mains à ses joues. ”
“ Je lui lançai un coup d’œil qui sans doute l’ensorcela, car elle n’osa plus ouvrir la bouche. Vivaio récitait un rosaire en mon honneur. — Nichina, vous devriez paraître nue sur la scène : vous êtes la seule femme qui n’ayez rien à cacher de votre beauté. — Oh ! pourquoi vous moquez-vous de moi, seigneur, lui répondis-je, mais je souffris qu’il s’agenouillât à mes pieds et parcourût mon corps de ses lèvres tandis que l’âme molle, emplie d’une ivresse tranquille, je m’abandonnais aux caresses des mains et des paroles, qui flattaient mon esprit tout en laissant ma chair inattentive. ”
“ Là-dessus, il se leva et se mit à marcher comme vous et moi, mais chacun de ses mouvements soulevait une odeur infecte qui me montait aux narines. — Sainte Vierge ! mon pauvre Arrivabene ! que tu sens mauvais ! — Ah ! Nichina, on n’assiste pas à de pareilles batailles sans éprouver quelques émotions ! Cependant nous entendîmes sonner les cornets de ralliement ; des cavaliers, au grand trot, passèrent à la file, comme des ombres, et je n’eus que le temps de me jeter de côté ; la nuit s’emplit tout à coup de flammes ”
Michel Ribaud,
Voyage du jeune Stanislas au Japon…
(1929-1935)
“ Cette branche s'établira à Ceylan, au Siam et en Birmanie. Elle fut nommée « Hinayana », le petit véhicule, eh japonais Shodjo, par le bouddhisme du Nord, dans le but de l'humilier, sous prétexte d'étroitesse de vue. A ce concile il faut attribuer dit-on, la fixation de la « Tripitaka », la triple corbeilie qui depuis deux mille ans constitue le canon officiel du bouddhisme méridional ; mais, remarquons le, ce fut seulement en 88 avant notre ère que le canon du « Hinayana » fut écrit en langue Pali. ”
“ Les habitants de Hinaour font profession de la doctrine de Châfe’ï ; ils sont pieux, dévots, courageux et, font la guerre sur mer aux infidèles. Ils sont devenus célèbres sous ce rapport ; mais la fortune les a ensuite abaissés, après qu’ils eurent conquis Sendâboûr. Nous raconterons cet événement. Parmi les saints personnages que je rencontrai à Hinaour, se trouvait le cheïkh Mohammed Annâkaoury, qui me traita dans son ermitage. Il faisait cuire les aliments de sa propre main, regardant comme impures celles des esclaves mâles ou femelles. ”
Joseph Hackin,
Guide-catalogue du Musée Guimet…
(1923)
“ DU MUSEE GUIMET § 4. Hînayâna et Mahâyâna. Nous nous sommes limité jusqu'à présent à des distinctions exprimant une dualité d'ordre linguistique, réservant à dessein, pour éviter toute confusion, les termes de Hînayâna et de Mahâyâna, qui expriment surtout une dualité de tendances. La distinction apparaît vers le Ier siècle de notre ère et va s'accentuant progressivement. Le Hînayâna fait du salut, de l'accession au nirvâna, une oeuvre personnelle. Résultat d'une ascèse égoïste ; il reste un idéal monacal, érigeant en théorie le respect de la vie et l'amour des êtres. ”
Hugues Rebell,
La Nichina
(1899)
“ L' A PASSION DE LA NICHINA Fasol avait les emportements d' une virilité puissante et la grande ivresse de ma beauté . Mais son âme demeurait tranquille près de moi . Il ignorait les caresses , l' enlacement tendre , les petits mots qui fondent sur les lèvres comme des dragées . Avec le plus admirable corps que j' eusse vu , il ne me causait au lit que du dégoût . Je lui disais souvent : – Toi , tu n' as jamais pleuré , tu n' as jamais aimé , tu n' as pas de cœur , tu n' es pas un homme ! ”
“ Enfin elle se rassit et se disposait à continuer son histoire, lorsqu’elle aperçut sa mère qui, ayant déjà couvert ses genoux d’une chemise à raccommoder, s’était mise à coudre avec une nouvelle ardeur. — Maman, cria-t-elle, il faudrait pourtant te reposer. La vieille hocha la tête plusieurs fois, montra son ouvrage et continua de tirer l’aiguille d’un geste large et majestueux. La Nichina la considérait avec un étonnement mêlé de pitié ”
“ On ne trouve dans sa physionomie de féminin et de sensuel que la bouche ; les yeux sombres, le dessin pur et fier de la figure, le front large et découvert ont quelque chose de vainqueur. Sa magnifique chevelure, ici crêpée, là relevée en larges torsades, lourde et soyeuse par derrière, légère par devant de frisons et de boucles folles que le soleil couchant couvrait d’or et de feu, cette chevelure dont elle eût pu s’envelopper et dont elle avait fait une couronne, était comme l’image de cette discipline puissante à laquelle Nichina plia toujours sa riche et superbe nature. ”
Antoine de La Mazelière, Essai sur l'évolution de la civilisation indienne… (1903)
“ Aux divinités mâles l'on substitua bientôt les divinités féminines : au contraire des buddhas dissous dans le Nirvâna, elles symbolisaient l'action toujours efficace de la Grâce et les efforts jamais découragés de la pitié. (Ainsi Târâ.) Morale Le principe fondamental de l'Hînayâna est que l'homme ne peut compter que sur lui-même pour faire son salut. ”
Michel Ribaud,
Voyage du jeune Stanislas au Japon…
(1929-1935)
“ Les Bouddhas sont seuls à tendre au nirvana. Les simples fidèles expieront leurs crimes dans les enfers et recevront dans la « Terre Pure » la récompense de leurs bonnes a-ctiotis. Le Hinayana ne promet à l'homme aucun secours surnaturel, le kharma agit pour ainsi dire automatiquement. Chacun ne doit compter que sur ,soi, tandis que le grand Véhicule présente une doctrine du salut par la grâce. Il suffira même d'invoquer le Bouddha Amida pour obtenir la fin des renaissances et entrer dans le séjour du grand calme final. ”
Étienne de Villaret,
"Dai Nippon" (le Japon)
(1889)
“ Les vallées supérieures et moyennes du Shinano et du Tenriu se trouvent sur un plateau élevé. Elles étaient d'une part isolées par la chaîne du Tateyama des régions dépendant immédiatement de Kyoto, et séparées d'autre part d'Edo (Tokyo) par celle de l'Assama, qui n'est franchissable aussi que par de rares passages autrefois gardés par les troupes du shogun. Elles forment ainsi au cœur du Hondo une région bien nette, la province de Shinano, avec des mœurs et une sorte de patois qu'il est impossible de confondre avec ceux des autres provinces. ”
Jules Verne,
L’École des Robinsons
“ Peut-être miss Phina avait-elle le cœur un peu gros, mais son parti était bien pris de ne rien dire. Ce fut alors que William W. Kolderup, sans regarder Godfrey, s’approcha du piano : « Phina, dit-il gravement, il ne faut jamais rester sur la « sensible ! » Et, de son gros doigt qui s’abattit verticalement sur une des touches, il fit résonner un « la » naturel. ”
“ Depuis qu’ils sont habillés plus décemment, les Nouka-Hiviens et autres insulaires ont, n’en doutez pas, perdu de leur vigueur native, et aussi de leur gaîté naturelle. Ils s’ennuient, et leur santé en a souffert. Ils ignoraient autrefois les bronchites, les pneumonies, la phtisie... — Et depuis qu’ils ne vont plus tout nus, ils s’enrhument... s’écrie Pinchinat. — Comme vous dites ! Il y a là une sérieuse cause de dépérissement pour la race. ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
“ Et moi et les rameurs nous avons repris en chœur, au bruit cadencé des rames : « Elle était jeune, elle était belle, elle était sainte ! » Elle a offert son sang à Hésus pour la délivrance de la Gaule ! » Elle s’appelait Hêna, Hêna, la vierge de l’île de Sên. » Douarnek continua le bardit : » — Brillante est la lune, grand est le bûcher qui s’élève auprès des pierres sacrées de Karnak ; immense est la foule des tribus qui se pressent autour du bûcher. » — La voilà ! c’est elle ! c’est Hêna !... Elle monte sur le bûcher, sa harpe d’or à la main, et elle chante ainsi : » ”
Urbain Mô, Le Masque de cristal (1925)
“ Nous voyagions sous des millions d'étoiles ; L'Hindou aborda les seuls passants dont j'étais. C'était un dieu de bronze et comme un prince énigmatique d'Orient qui, vu à la lueur des allumettes que le vent venait éteindre au creux des mains, tremblait de froid. Et partout au large des terrains vagues et des docks noirs ! L'Hindou parlait des langues inconnues. Qu'il fût perdu, c'était sûr. Il suppliait avec ses mains, avec des cris de petit chien sans mère ; il nous étreignait comme des bouées... ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
“ Hêna, la vierge de l'île de Sên, vint à la tombée du jour, selon qu'elle l'avait promis.Lorsque son père, sa mère et tous ceux de la famille, virent entrer Hêna, il leur sembla que jamais... non, jamais elle n'avait été belle... et son père (qui écrit ceci) , ne s'était non plus jamais senti si fier de son enfant. La longue tunique noire qu'elle portait était serrée à sa taille par une ceinture d'airain, où pendaient d'un côté une petite faucille d'or, de l'autre un croissant, figuré ainsi que la lune en son décours. Hêna avait voulu se parer pour ce jour où l'on devait fêter sa naissance. ”
