“ Je détestais aussi tous ceux qui me prenaient son amour ou qui l’aimaient : le cardinal, les jeunes gens qu’il fréquentait et frère Gennaro, le vilain moine. Surtout, je détestais Dieu. Fasol, me voyant un jour une petite croix dont m’avait fait présent l’abbé Coccone, m’avait dit : — Vois-tu, Nichio, il ne faut pas te mettre au coi la croix : cela porte malheur. Le dieu qu’on a cloué là-dessus est un vilain dieu : il défend aux hommes d’aimer ; il a la haine de la chair divine qui nous enchante. Tenez, Nichio et Guido, vous êtes, sans vous vanter, d’admirables garçons. ”
Hugues Rebell
Résumé
La Nichina, roman d'Hugues Rebell, explore les tensions entre passion et dogmes religieux à travers les destins entrelacés de Nichina, Guido et Fasol. Les thèmes de la chair, des étreintes et des conflits spirituels dominent, illustrés par des dialogues percutants et des relations troublées.
L'œuvre, publiée dans un contexte où les normes morales sont contestées, dépeint une société où les figures ecclésiastiques (cardinal, abbé Coccone) entrent en collision avec les désirs humains. Les citations révèlent une quête d'amour libre, confrontée à une morale stricte, aboutissant à des dilemmes existentiels.
Citations de La Nichina (Hugues Rebell)
“ Le cardinal veut t’assassiner ! — Cela m’est égal. Je viens t’arracher à tes abominations. Guido ! Guido ! tu oublies donc qui tu es pour te souiller ainsi ? — Ah ! voyons, qui es-tu, toi-même, pour venir me prêcher la morale ? — Je suis une femme qui t’aime et qui a grand pitié de toi. — Tu n’es qu’une ignoble putain, qui couche avec tous les hommes. — Guido ! Guido ! m’écriai-je les larmes aux yeux, si je suis putain, c’est toi qui en es cause, toi qui méprisas mon amour ! En tout cas, mes amours, si elles ne sont point chastes, ne vont point contre la loi de nature. ”
“ Jamais Fasol ne m’avait ainsi exprimé sa volonté. Je savais son désir viril, désir combattu jusque-là, par son égoïsme d’artiste, heureux que je fusse stérile. Le mâle aujourd’hui était le plus fort. Il voulait s’assurer une race aux dépens de ma beauté. Plutôt mourir, me disais-je, si je ne puis sauver ma vie qu’en l’humiliant à jamais. Paraître devant Guido avec l’enfant de Fasol, cela me semblait le plus atroce supplice. — Le médecin, fis-je, m’a dit que j’en mourrais. — Toi ! Par Bacchus ! une fille aussi saine et forte que tu l’es... Vois-tu, Nichina, tu me trompes : tu aimes un homme. ”
