“ « Il arrive d’étranges choses dans les forêts quand on voyage ! » s’écriait Rustan. Les valets étaient consternés, et le maître au désespoir d’avoir perdu à la fois ses chevaux, son cher nègre, et le sage Topaze, pour lequel il avait toujours de l’amitié, quoiqu’il ne fût jamais de son avis. L’espérance d’être bientôt aux pieds de la belle princesse de Cachemire le consolait, quand il rencontra un grand âne rayé, à qui un rustre vigoureux et terrible donnait cent coups de bâton. Rien n’est si beau, ni si rare, ni si léger à la course que les ânes de cette espèce. ”
Rustre
Définition et enjeux
Citations sur “rustre”
Alfred Bourgeois, Les Gens d'Épinal, 1423-1444, par Richard Auvray… (1891)
“ Bourgeoisie est bête venimeuse ; si les seigneurs ne la détruisent, plutôt ses membres se dévorent entre eux. Donc parle, toi, brave homme. Le rustre, pour qui les paroles du chevalier ne semblaient présenter aucun sens, reprit : — Voulez-vous rogner les dents au mieux endenté de la meute? — Parle vite, — s'écria vivement le prélat; puis, se reprenant soudain comme au souvenir d'une leçon de méfiance : — mais qui es-tu? pourquoi m'offres-tu tes services? qu'espères-tu? Comme étonné de la question, le bonhomme regarda fixement l'évêque. ”
Antoine-Léandre Sardou,
Études et exercices sur les synonymes français…
(1856)
“ Le manant est rustaud ou rustre ; le bourgeois ou autre est rustre et non rustaud. » « Ainsi, c'est faute d'éducation, faute d'usage qu'on est rustaud, c'est par humeur, par rudesse de caractère qu'on est rustre. Le (a) Noir, de même que nègre, vient de niger; voici comment, suivant Bulet de la Sarthe : nigri, nigrc, Itoigr, noir. rustaud ne se gêne point ; il est hardiment ce qu'il est : le rustre ne ménage rien ; il est rudement ce qu'il est » (Roubaud) . Les manières du rustaud sont ses formes ; elles déplaisent, mais elles n'offensent pas : les manières du rustre sont ses mœurs ”
“ Ce rustre mange son morceau de lard rance ; vous avez peine à en supporter l’odeur ; mais lui s’imagine qu’il déguste l’ambroisie ; que lui importe au fond la vérité ? Au rebours, la vue d’un esturgeon donne des nausées à cet autre ”
Henry Blatin, Nos cruautés envers les animaux au détriment de l'hygiène… (1867)
“ Des rustres désœuvrés ont souvent été barbares à l'égard des bêtes, par simple passe-temps, ou par suite d'absurdes paris : Dans l'archipel des îles Galapagos, de l'océan Pacifique, les marins désœuvrés trouvent un odieux plaisir à reconnaître la confiance d'une race qui ignore encore la sauvagerie de l'homme, en abattant les oiseaux qui se laissent approcher sans défiance, à coups de bâton sur la tête, et les laissent pourrir. ”
Charles Seignobos,
La Revue de Paris
“ Entendez-vous par sauvages des rustres vivant dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux, exposés sans cesse à toute l’intempérie des saisons ; ne connaissant que la terre qui les nourrit, et le marché où ils vont quelquefois vendre leurs denrées pour y acheter quelques habillements grossiers ; parlant un jargon qu’on n’entend pas dans les villes ; ayant peu d’idées, et par conséquent peu d’expressions ; soumis, sans qu’ils sachent pourquoi, à un homme de plume, auquel ils portent tous les ans la moitié de ce qu’ils ont gagné à la sueur de leur front ”
Gustave Flaubert,
Madame Bovary
(1856)
“ Emma était accoudée à sa fenêtre (elle s’y mettait souvent : la fenêtre, en province, remplace les théâtres et la promenade) , et elle s’amusait à considérer la cohue des rustres, lorsqu’elle aperçut un monsieur vêtu d’une redingote de velours vert. ”
Arthur Rimbaud,
Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses
“ Rire des enfants, discrétions des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Isfendiar se prit à rire, et dit : « Bois à cette heure, je te combattrai demain ; quand je t’aurai terrassé, je te délivrerai de tout souci et de tout mal, et je te comblerai de richesses. » Rustem répondit en riant : « Ainsi, demain, au lieu de vin nous verserons du sang. Homme contre homme, avec le glaive et la massue, nous accompagnerons le chant de guerre ; alors tu connaîtras ce qu’est le combat des héros. Je t’enlèverai de ta selle, je te porterai devant mon père Zal, je te placerai sur un trône d’or, et je déploierai mes richesses devant toi, pour que tu choisisses ce qui te plaira. » ”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ L'ART ET LES ARTISTES CHAPITRE PREMIER La maison de Jean Rustique. Paul et André La maison du père Rustique. Le peintre Jean Rustique habitait une maison de paysans dans le village de Fays, tout contre la forêt de Fontainebleau. On entrait par une grille de bois dans une cour pavée de pierres inégales ; l'herbe y poussait par endroits, et un beau noyer, venu au hasard, l'ombra geait. Des poules et des canards y passaient leurs journées, gloussant, piaulant, grattant la terre ou barbotant dans une petite mare qu'entretenait l'eau du ciel. ”
Jules Fabien Gingras, Manuel des expressions vicieuses les plus fréquentes
“ Ce n’est dans aucun de ces sens que nous l’employons, car, tous nous disons : « Il y a belle lurette que tel fait s’est passé, a eu lieu. » À la place de lurette, c’est heurette que l’on devrait dire. ”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ Rustique se leva, ferma le volet, et tranquillisé vint se rasseoir dans son grand fauteuil. Cependant Paul avait ramassé et rapproché les morceaux du plat de faïence, et il le considérait avec attention. C'était une sorte de grande assiette, assez épaisse, sur laquelle se détachaient des figures d'animaux rampants et de coquillages. Sur le fond, des lézards couraient, des grenouilles sautillaient, des serpents rampaient et des poissons semblaient nager dans un mince filet d'eau. — Quel dommage qu'un si beau plat soit brisé, s'écria-t-il avec un soupir. ”
Victor Henrion, Les Oiseaux et les insectes, causeries d'un instituteur avec ses élèves… (1866)
“ LA ROUSSETTE, OU FAUVETTE DES BOIS. La roussette est de la même taille que le rossignol ; mais combien celui-ci lui est supérieur par la richesse des modulations! Elle est l'enfant disgracié de la famille ; aussi va-t-elle se cacher au fond des bois, qu'elle n'abandonne pas, même en hiver. Elle chante toujours, au sein d'un bosquet de verdure, comme sur l'arbuste qui domine une plaine de glace; mais c'est toujours le même refrain monotone. C'est dans les taillis qu'on la voit le plus fréquemment : c'est là qu'elle niche, dans les buissons. ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ L’objet principal de la rudenture, à consulter son origine et son utilité, étant d’affecter plus de solidité dans les parties inférieures de la colonne, et aussi de fortifier les arêtes de la cannelure, et de les garantir des accidens qui menacent les colonnes posées à terre ou à rez-de-chaussée, la raison semble vouloir que la rudenture ne se pratique, ni dans le parties supérieures de la colonne, ne dans les colonnes qui sont, ou élevées sur des piédestaux, ou placées hors des atteintes des passans. ”
Léon Cladel,
Les Va-Nu-Pieds
(1881)
“ On s'éveille, on se groupe, ensuite on arpente, on trotte, on galope devant soi comme de véritables sauvages, ayant du sang jusqu'au nombril, la griffe et la gueule noires de poudre, le poil épars dans la fumée. Et plus on en rencontre des rustauds étrangers ôtés de leurs bourgades, arrachés de leurs champs, ainsi que nous des nôtres, manants de France, plus on en bouscule, plus on en estropie, plus on en extermine. ”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ Il prit en effet une toile blanche, large de quarante centimètres à peu près, tendue fortement sur un léger châssis de bois, et la posa sur la tablette du chevalet. Puis il sortit de l'inépuisable boîte une sorte de planchette ovale, percée d'un trou dans lequel il passa le pouce, et la tint ainsi renversée sur son poignet gauche. —Grand Dieu ! que votre planche est sale ! Elle est toute tachée ! s'écria André. Rustique se mit à rire. —Ce ne sont pas des taches, petit, ce sont les couleurs qui me servent à peindre ; on les étale sur la palette pour les prendre avec le pinceau. ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Celui-ci saisit Rustem et l’enlève dans les airs, après quoi il lui demande s’il préfère être jeté dans l’océan ou précipité sur la terre. Rustem, qui comprend la malice du mauvais génie, choisit la terre, sachant bien que ce sera pour son ennemi une raison de le laisser tomber dans la mer. C’est ce qui arrive en effet ; mais le héros tire son glaive de la main droite pour écarter les monstres marins, tandis qu’il nage du bras gauche, et gagne ainsi le rivage. ”
Auguste Panneton, En flânant dans les portages
“ Vous avez lancé en plein courant, là où le fretin saute hors de l’eau ; vous savez, le fretin saute quand la truite est en chasse, et c’est de bon augure ; vous faites danser vos mouches en frôlant les roches derrière lesquelles les truites se postent, le long des branches immergées sous lesquelles elles s’embusquent, et voilà que ça se décide. ”
Mme Le Lasseur, Contes de féés, par Mme Le Lasseur… (1876)
“ Entr'ouverte comme ces jolis fruits mûrs qu'on voit en rêve et découvrant des belles petites dents éclatantes de blancheur ! Sans cette bouche, je vous affirme que Rosette (chose bizarre) eût été le portrait frappant de Rubine. Que de fois, en la voyant passer alerte et gracieuse, avec sa tournure de reine déguisée, les courtisans stupéfaits se disaient tout bas : — N'est-ce pas elle, Ah ! qu'elle ne la voie pas. — Oui, c'est elle ; mais embellie par l'âme et par le cœur. ”
James Fenimore Cooper,
Les Puritains d’Amérique
“ Les simples tissus sortant des métiers de Ruth étaient étendus sur la terre, pour blanchir à l’humidité de la rosée et de la nuit comme aux rayons de l’astre du jour. Les charrues, les herses, les charrettes, les selles, et autres objets semblables, étaient laissés dans des lieux assez exposés, comme pour prouver que la main de l’homme avait des occupations trop nombreuses et trop urgentes pour employer son temps à des travaux qui n’étaient pas regardés comme absolument nécessaires. Content fut le dernier à quitter les champs et les bâtiments extérieurs. ”
Narcisse-Eutrope Dionne,
Le Parler populaire des Canadiens français
“ Lurette (belle) , loc. Longtemps. Ex. Il y a belle lurette que j’ai fini ma besogne. L’expression est usitée en France, mais familièrement. Lurette signifie en rouchi une chose sans durée, sans consistance. ”
Frédéric Baudry,
Mythologie zoologique, ou les Légendes animales…
(1874)
“ Rustem frappe le monstre aux pieds et lui en enlève un ; le géant boiteux continue le combat, mais Rustem lutte corps à corps avec lui, le soulève en l'air, le jette à terre à plusieurs reprises et lui arrache la vie de cette façon. Il jette dans la caverne de la montagne le corps de Sefid dont le sang sature le sol, et rend au prince Kawus la vue et la splendeur. Ce mythe est beau et expressif. De même que du venimeux serpent noir, vient le lait blanc et salutaire, le monstre noir, au moment de sa mort, répand du sang qui rend la vue au prince aveugle ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Après plusieurs autres rencontres, Rustem arrive à la caverne du div blanc, défenseur terrible du Mazenderan. Le trouvant endormi, le héros se garde bien de le tuer dans son sommeil ; mais il l’éveille par un cri, et le combat commence. Rustem et son ennemi s’arrachent l’un à l’autre des lambeaux de chair, le sol est pétri de leur sang. Enfin Rustem enfonce son poignard dans le cœur du div, dont le sang versé sur les yeux de Kaous rend à ce monarque la vue, que les enchantemens lui avaient ravie. ”
Jean-Jacques Ampère,
La science et les lettres en Orient
(1865)
“ Rustem monte à cheval, et, guidé par le perfide Schégad, arrive au bord d'une des fosses creusées pour le perdre. Raksch flaire la terre fraîchement remuée, se dresse et piétine sans vouloir avancer; mais Rustem, que sa destinée aveugle, le frappe du fouet la terre cède sous les pieds de Raksch cheval et cavalier tombent ensemble et sont percés tous deux. Le héros jette un profond soupir « On t'a appelé le fort, s'écrie-t-il, et maintenant tues tombé là d'où tu ne peux revenir, et pour toi il n'est plus d'espoir de vengeance. » ”
Élisée Reclus,
Histoire d’un ruisseau
“ L'incessante bataille de la vie qui nous a fait les ennemis de l'animal des prairies et de l'oiseau du ciel excite aussi nos instincts contre les populations du ruisseau. En voyant la truite glisser dans le flot rapide comme un rayon de lumière, la plupart d'entre nous ne se contentent pas d'admirer la forme élancée de son corps et la merveilleuse prestesse de ses mouvements, ils regrettent aussi de ne pas avoir saisi l'animal dans son élan et de n'avoir pas la chance de le faire griller pour leur repas. ”
Virgile,
Œuvres de Virgile (coll. Panckoucke…
“ Les Rutules, ensevelis dans le sommeil et dans le vin, gardent un profond silence : non loin de la porte du camp la plus voisine de la mer, nous avons découvert un endroit commode pour les surprendre ; leurs feux, qu’ils n’ont pas entretenus, ne font plus qu’exhaler dans les airs une noire fumée. Laissez-nous profiter d’une aussi favorable occasion : nous nous rendrons auprès d’Énée, dans les murs de Pallantée, et bientôt vous nous verrez revenir chargés, je l’espère, des dépouilles de l’ennemi, après avoir fait un grand carnage. ”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ Ce n'est pas très bien fait, comme vous le pensez, mais on reconnaît facilement le modèle. D'ailleurs je vais reproduire ce dessin de mémoire : vous jugerez vous-mêmes. Rustique prit un crayon et dessina rapidement les contours d'un animal que son gros ventre et ses énormes pattes firent aisément reconnaître. — C'est tout à fait un ours, s'écria Paul. Voilà un sauvage qui ne manquait pas d'intelligence Qu'en dis-tu, André ? ”
Marie Maréchal, La maison modèle (1878)
“ Mais les jeunes officiers ont le pied et la main aussi fermes que le cœur. Ils établissent solidement le surtout rustisque, où des grappes dignes de lutter avec les souvenirs de Chanaan, étalent leurs grains d'ambre au milieu des pêches pourprées, des fraises monstres, des mirabelles d'or, de tout ce que les jardins réunis du Moustier et de la Roncière ont pu fournir de plus remarquable et de plus succulent. ”
Paul Arène,
Œuvres de Paul Arène, Lemerre, 1884
“ Depuis longtemps, on se le rappelle, le soleil m’avait enivré, un rayon fou me dansait dans la tête ; la réponse de mon père fut le verre d’eau froide qui me guérit. Mais au prix de quelle épouvantable crise ? Voilà donc mes pressentiments changés en certitude : Roset morte, et comment ensevelie ! Je courus d’une traite à la Cigalière ; et toute la nuit, pleurant Roset, au pied du figuier où les paysans me retrouvèrent à l’aurore, je sentis, avec une bizarre impression de soulagement et de souffrance, le maudit rayon, le rayon de Blanquet qui s’échappait de mon front rafraîchi. ”
Louis Rouquet, Au bord de l'eau : les loisirs d'un vieux pêcheur (1924)
“ Il n'y a qu'une seule et unique espèce de truite qui, selon le milieu où elle est placée et son mode de nourriture, varie de grosseur et de livrée, se transformant en quelque sorte. Prenez ce que nous appelons nos truites de rivière ou nos truites de ruisseau, et, mettez-les dans un vaste lac à eaux profondes et abondamment empoissonnées, et vous verrez, sans tarder, ces truites ordinaires prendre la livrée des grandes truites des lacs, dont elles atteindront les fortes dimensions et le poids, si Dieu leur prête vie. ”
A. Descubes, L'art et les artistes : causeries familières du père Rustique (188?)
“ Ce fut un véritable voyage ; mais la beauté de la route fit oublier la fatigue; comme nos voyageurs étaient arrivés tard, ils allèrent souper et coucher à l'auberge ; puis le lendemain, frais et dispos après une bonne nuit, ils se dirigèrent vers l'église où se trouvait le tableau de Rustique. Une curieuse petite église, au parvis abrité d'un large auvent que soutenaient de minces colonnettes de bois et dont la toiture aiguë supportait un clocher grêle. En y entrant, Rustique se sentit pris d'émotion et la crainte de trouver son oeuvre détruite le fît pâlir. ”
Comtesse de Ségur,
Nouveaux Contes de fées
“ Et on vit approcher un petit char de perles et de nacre, attelé de deux magnifiques chevaux blancs, dont les harnais étaient en velours paille orné de saphirs. Charmant ne savait s’il devait laisser Rosette monter dans un char inconnu ; il craignait encore quelque scélératesse du roi et de la reine. La voix de la fée dit à son oreille : « Laissez monter Rosette ; ce char et ces chevaux sont un présent de moi. Suivez-la partout où la mènera son équipage. La journée s’avance, je n’ai que quelques heures à donner à Rosette ; il faut qu’elle soit dans votre royaume avant ce soir. » ”
