“ J’étais si heureuse qu’à un moment, je me penchai sur Fasol, et, levant un peu mon voile, je lui tendis ma bouche humide. Il avait, lui aussi, oublié sa rancune. Il me prit dans ses bras, me souleva de selle et m’embrassa. Je lui répondis de toute mon âme sans savoir sur quelles lèvres je mettais mon baiser. ”
Fasol
Définition et enjeux
Citations sur “Fasol”
“ Cependant son état ne changeait point, et, doutant de la science de mon médecin, je me décidai à le remplacer. Mais son successeur me terrifia en m’assurant que Guido était perdu, qu’il ne passerait pas l’année. C’est alors qu’avec cette ardeur de vie que rien ne désespère et qui cherche partout le salut, je me souvins de Fasol. Si l’homme me répugnait, son génie vaste, épris des formes innombrables de l’existence, m’émerveillait toujours. ”
“ Je te l’avoue, Pol : mon cœur est pris par un autre homme, par un homme que tu détestes, et je viens te supplier de le sauver. Fasol se leva, éperdu de rage et de douleur. — Il faut être femme, dit-il, pour imaginer de pareils supplices ! Je m’étais jetée à ses pieds ; et, le corps secoué de grands sanglots, je lui disais au milieu de mes larmes : — Fasol, si tu m’aimes réellement, tu dois aimer, tu dois désirer mon bonheur. Or, une femme ne peut pas souffrir plus que je ne souffre. C’est à ce point que, si aujourd’hui tu me refuses, je vais mourir. ”
“ Mais Fasol reprit : — Je crois bien qu’il n’exista jamais un esprit plus doué par les dieux et plus aimable aux hommes que le vôtre. Mais si, dans nos entretiens, vous montrez toutes les richesses d’intelligence dont la Fortune vous combla, il me paraît que, dans vos vers, vous prenez sur vous de les dissimuler avec autant de soin qu’un avare dérobe ses trésors. Votre esprit est excellent, mais un étrange démon l’emmène en de mauvaises voies. Ainsi vous révérez Pétrarque, Guido Cavalcanti et Cino de Pistoia. Ce sont de mauvais modèles, monseigneur. ”
“ Plus tard, quand je me fus levée et que j’eus dit la cause de mon épouvante, Fasol me mena devant un squelette qui se trouvait dans son atelier et auquel je n’avais jamais fait attention. — Regarde donc, me dit-il, si cette belle charpente a rien de terrifiant et si tu ne dois pas plutôt admirer l’esprit divin qui l’a formée. Chère ! comme tu es née, comme tu as grandi, tu mourras, mais ce mot de mort ne doit pas plus t’attrister que la disparition d’un désir lorsque tu l’as satisfait. ”
“ Guido, qui n’était point averti de sa venue et ne savait rien de sa passion, le salua joyeusement, mais Fasol lui répondit à peine, et, de suite, le pria de découvrir ses blessures. Guido se mit sur le côté, montra la plaie béante. — Votre médecin est un niais, me dit Fasol après un minutieux examen. Il vous eût conduit dans la tombe avant peu. Mais, heureusement, rien n’est perdu. Avez-vous du courage ? ”
“ À son arrivée à la maison, Fasol me coucha lui-même sur son lit, et alla chercher dans son atelier un onguent qu’il étala sur mes plaies et qui répandit aussitôt dans tout mon corps une merveilleuse fraîcheur. Profitant du bien-être qu’il venait de me causer, il s’étendit à côté de moi et m’étreignit avec sa violence ordinaire, sans plus de gêne que si rien ne s’était passé entre nous. Certes ! j’aime les baisers d’un homme, même si ce n’est pas l’adoré qui me les donne. ”
“ Il doit y avoir à Posellino, dit Fasol, une fée méchante, irritée contre les hommes. Si nous restons ici, nous n’aurons bientôt plus d’intelligence, puis nous perdrons jusqu’à la sensualité des bêtes, enfin nous finirons par devenir comme des pierres, et nous serons obligés, ainsi déchus, de continuer à vivre. ”
Hugues Rebell,
La Nichina
(1899)
“ Folle de rage , je brandissais un bâton pour leur rompre les jambes à tous deux , mais Fasol se tourne vers moi et m' arrête le bras : – Laisse -nous , dit -il , qu' il te suffise d' être la plus belle et la plus aimée . Et il me mit assez rudement à la porte . J' allai cacher mes larmes et mon humiliation dans ma chambre , d' où je pus entendre leurs rugissements de plaisir . Il était généreux sans prodigalité . Quand il avait reçu un envoi d' argent d' un prince ou de la Seigneurie : – Voici ta part , faisait -il en me comptant les ducats . ”
“ Au milieu de cette multitude, je perdis de vue Fasol, et je le cherchais encore quand j’aperçus au loin, sur le grand canal, la gondole du cardinal, couverte d’une tente écarlate, qui s’éloignait lentement. Craignant de manquer le départ, je m’élançai aussitôt dans une barque. — Où allez-vous ? me demanda l’un des rameurs. — Je suis mon mari qui est officier de Monseigneur, répondis-je. L’homme n’osa rien objecter, mais il me considéra de haut en bas comme si ma mise et mon voile ne lui disaient rien qui vaille. ”
“ Cependant, aux sons clairs de trompettes, le Doge et Fasol se donnant la main descendaient les degrés de la tribune, jonchés de rameaux et de couronnes fleuries, et les nobles du cortège les suivirent dans un ordre majestueux, balayant de leur longue robe cramoisie l’escalier de feuillage. Mes yeux s’arrêtèrent alors sur un jeune homme qui s’avançait entre le légat et le Patriarche. Des dentelles fines et légères, le rubis qui mettait un œil de feu sur son béret noir, étaient les seules parures de son costume, comme s’il eût craint, par d’autres ornements, de dérober sa beauté. ”
“ Et courant à mon bien-aimé qui reposait sur son lit entre quatre flambeaux de cire : — Oh ! Guido, m’écriais-je, je lui ferai expier son meurtre ! oui ! je te le jure ! J’écrivis le lendemain au Conseil des Dix, dénonçant Fasol comme assassin. Déjà une réaction violente s’opérait contre son œuvre et ses idées. Le frère Martino de Calabre l’accusait volontiers, du haut de la chaire, de corrompre les jeunes gens par ses œuvres sensuelles, et lui reprochait d’avoir peint, jusque sur les murs des églises, les plus éhontées courtisanes. Sa vie était un scandale pour la République. ”
“ LA PASSION DE LA NICHINA Fasol avait les emportements d’une virilité puissante et la grande ivresse de ma beauté. Mais son âme demeurait tranquille près de moi. Il ignorait les caresses, l’enlacement tendre, les petits mots qui fondent sur les lèvres comme des dragées. Avec le plus admirable corps que j’eusse vu, il ne me causait au lit que du dégoût. Je lui disais souvent : — Toi, tu n’as jamais pleuré, tu n’as jamais aimé, tu n’as pas de cœur, tu n’es pas un homme ! ”
Richard Wagner,
La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung
“ SIEGFRIEDJe sais peu de chose encore; qui je suis, pas même encore: à lutter à mort avec toi, toi-même as poussé mon courage [468-2] .FAFNEREnfant aux yeux de clarté [468-3] , ô ignorant de toi-même: apprends, qui tu as mis à mort. Ceux qui jadis furent les maîtres [Pg 469] du Monde [469-1] , la colossale race des Géants, Fasolt et Fafner, les deux frères, ont maintenant succombé tous deux. Pour de l'Or maudit, donné par les Dieux, je tuai Fasolt: c'est celui qui gardait ce Trésor, Fafner, le dernier des Géants, métamorphosé en Dragon, que vient de mettre à mort un rose [469-2] Héros. ”
“ Alors, je croyais me réveiller d’un songe, et je me trouvais seul avec mon ami le capitaine de navire, fier de moi comme d’un tigre apprivoisé que l’on montre ! — Les infâmes ! s’écria Fasillo. — Non, Fasillo ; ces braves gens cherchaient des distractions. Le jour est si long ! et d’ailleurs, de quoi me plaindrais-je ? ils ne m’ont pas sifflé ; au contraire, ils m’ont applaudi. Que veux-tu ? ma vie était mon rôle ; car, là comme ailleurs, tout est rôle, amitié, courage, vertu, gloire, dévoûment. — Oh ! commandant ! dit Fasillo avec amertume. ”
“ Je l’avais sauvé à bord de mon brick. Me retrouvant en France, il voulut me témoigner sa reconnaissance, et me présenta chez un petit nombre d’amis comme un Égyptien proscrit par l’inquisition. Alors, ce furent de si vives et de si chaudes protestations d’intérêt que j’en fus ému, Fasillo. Bientôt le cercle s’agrandit, et chacun voulut m’entendre raconter mon existence malheureuse. Moi, je m’y prêtai ; il est toujours doux de parler de ses malheurs à ceux qui vous plaignent, et il y a jusque dans l’infortune un misérable amour-propre qui vous pousse à dire : Voyez comme ma plaie saigne, voyez. ”
A. Barine, La Légende de Faust
“ FAUST. — Maintenant, Faust, on t’accuse à cause de tes péchés. Malheureux ! Où trouverai-je des consolations, où trouverai-je du secours ? Dans mon angoisse, le vaste monde me paraît trop étroit. L’aiguillon qui pique ma conscience est au dedans de moi ; il n’y a plus de salut, plus de grâce à espérer. Oui, oui, je suis accusé à cause de mes péchés. ”
“ Demain, Fasillo, ni brik, ni frégate, ni vaisseau ne l’oseront, tant a été grande la terreur que j’ai su inspirer aux garde-côtes. J’aurais tué douze lâches. Je paralyserai le courage de dix mille braves, parce que dans ton doux pays, on s’y bat vaillamment contre des hommes, mais on a encore peur du diable. — Les moines le savent bien ; aussi ils se servent de Dieu, comme je me sers de Satan. Encore un rôle, Fasillo. Fasillo ne répondit rien, mais demanda au Gitano ce qu’il comptait faire désormais. ”
Henri de Curzon, Documents inédits sur le Faust de Gounod (1912)
“ La scène IV, où Faust reste seul, a été un peu abrégée aux représentations, comme on va voir. SCÈNE IV FAUST (seul) . Salut, demeure chaste et pure (etc.) . Après le second couplet et ce mot « ...En cet ange des cieux », il n'y a pas de reprise du premier, mais le récitatif et la strette qui suivent : Et toi, malheureux Faust, quelle ardeur insensée Conduit ici tes pas ? Oses-tu lire en ta pensée ? Ah !... ne frémis-tu pas ! C'est l'enfer qui t'envoie, Brûlant d'un sombre amour, Empoisonner la joie De ce calme séjour ! ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ Ô main si chère ! si divine ! La cabane devient par toi riche comme le ciel. Et là..... (Il lève un rideau de lit.) Quelles délices cruelles s’emparent de moi ! Je pourrais ici couler des heures entières. Nature ! ici tu faisais rêver agréablement cet ange incarné. Ici reposait cette enfant dont le sang palpitait d’une vie nouvelle ; et ici avec une sainte et pure agitation se formait cette image de Dieu. Et toi, qui t’y a conduit ? De quels sentimens te trouves-tu agité ? Que veux-tu ici ? Pourquoi ton cœur est-il serré ?... Malheureux Faust, je ne te reconnais plus ! ”
Édouard Rod,
Revue des Deux Mondes
“ Ce sont, dans le Prologue dans le ciel, les paroles déjà citées du Seigneur (« Un homme bon, dans son effort au milieu des ténèbres, a la claire conscience du bon chemin ») ; les conditions du pacte ; le dernier projet de Faust (la construction d’une digue) ; son dialogue avec l’Inquiétude (« Je n’ai fait que courir à travers le monde... Je n’ai fait que désirer et accomplir et désirer encore, et j’ai ainsi traversé ma vie avec la puissance de l’orage ») ; la dernière parole de Faust (« Celui-là seul mérite la liberté aussi bien que la vie, qui sait la conquérir chaque jour... ») ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ Et viens, je suis rassasié de bavardage, car si tu as raison, c’est que je préfère me taire. Un Jardin. MARGUERITE, au bras de FAUST ; MARTHE, MÉPHISTOPHÉLÈS, se promenant de long en large. MARGUERITE. Je sens bien que monsieur me ménage ; il s'abaisse pour me faire honte. Les voyageurs ont ainsi la coutume de tout prendre tout en bonne part, et de bon cœur ; je sais fort bien qu’un homme aussi expérimenté, ne peut s’entretenir avec mon pauvre langage. FAUST. Un regard de toi, une seule parole m’entretient davantage que toute la sagesse de ce monde. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
(1808)
“ FAUST. Sauve-la !... ou malheur à toi ! la plus horrible malédiction sur toi, pour des milliers d’années ! MÉPHISTOPHÉLÈS. Je ne puis détacher les chaînes de la vengeance, je ne puis ouvrir les verrous. — Sauve-la ! — Qui donc l’a entraînée à sa perte ?... Moi ou toi ? (Faust lance autour de lui des regards sauvages.) Cherches-tu le tonnerre ! Il est heureux qu’il ne soit pas confié à de chétifs mortels. Écraser l’innocent qui résiste, c’est un moyen que les tyrans emploient pour se faire place en mainte circonstance. ”
André Van Hasselt,
Nouvelles poésies
“ Dans le chemin de sang que leur glaive a tracé. YVOR. Ô lairds, ô chefs de clans, seigneurs, barons et comtes, Quel jour Dieu viendra-t-il vous demander vos comptes, Et, forçant vos manoirs pleins d’effrayants secrets, Écrire sur vos murs : « Mané, Thékel, Pharès ? » FERGUS. Oh ! le jour du Seigneur est plus près qu’on ne pense. YVOR. Ami, si tu dis vrai, le ciel te récompense ! Car voilà bien longtemps, hélas ! que nous versons, Nous qu’on foule et meurtrit de toutes les façons, La sueur de nos fronts et le sang de nos veines. ”
“ Aussi le Gitano exerçait sur Fasillo cette inévitable et puissante influence qu’un homme aussi extraordinaire devait imposer à tout caractère exalté ; en un mot, Fasillo éprouvait pour lui ce sentiment qui commence à l’admiration et finit au dévoûment héroïque. — À boire, Fasillo, reprit le commandant, dont le regard avait repris sa vivacité habituelle. À boire, car je viens de te faire une longue et ennuyeuse confession, mon enfant ; seulement songe à ne plus me reparler de tout ceci jamais, jamais ! Tu sais ma vie, maintenant. — Allons, à ta Juana ! ”
“ Va-t’en, fuis en Amérique... Tu es jeune,... brave... — Non, je vous vengerai,... ici ! — Fasillo, tu exécuteras mes ordres ; je te le défends. — Vous serez vengé ! Mon plan est là, fixe, arrêté comme la mort qui vous menace, car vous allez mourir. Vous, si brave ! si grand ! mourir ! mourir comme un misérable, disait le pauvre Fasillo à voix basse, de peur d’éveiller les soupçons des gardiens, — et il se tordait les bras. — Le Gitano passa une main sur son front. — Tiens, Fasillo, finissons cette scène, elle est atroce. Adieu ! Laisse-moi. — Commandant, pas encore, pas encore !... ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ Emportée loin de la terre par les esprits du ciel, l’âme de Faust traverse d’abord une région intermédiaire où prient de saints anachorètes, auxquels l’auteur donne les noms mystiques de Pater Extaticus, Pater Profundus, Pater Seraphicus. Dans cette solitude céleste, les âmes s’épurent et laissent au passage les dernières souillures de leur enveloppe terrestre. Une sphère supérieure encore est habitée par les enfants de minuit et les anges novices, qui, de là, transmettent l’âme aux saintes femmes, sur lesquelles règne et plane la souveraine du ciel, Mater Gloriosa. ”
“ Ô vie, ô tourment ! tout aspirer et ne rien saisir, tout comprendre et ne rien posséder ! arriver au scepticisme du cœur, comme Faust au scepticisme de l’esprit ! Destinée plus malheureuse que la destinée de Faust ; car il garde dans son sein le trésor des passions jeunes et ardentes, qui ont couvé en silence sous la poussière des livres, et dormi tandis que l’intelligence veillait ; et quand Faust, fatigué de chercher la perfection et de ne la pas trouver, s’arrête, près de maudire et de renier Dieu, Dieu pour le punir lui envoie l’ange des sombres et funestes passions. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ FAUST, sortant du palais en tâtonnant aux piliers de la porte. Comme le cliquetis des pelles me réjouit ; c’est la foule qui me flatte, qui réconcilie la terre avec elle-même, qui met des bornes aux vagues et qui entoure la mer d’une sorte de chaîne. MÉPHISTOPHÉLÈS, à part. Tu ne travailles que pour nous avec tes digues et tes bords ; car tu apprêtes par là un grand repas au démon de la mer, à Neptune. Tu es perdu dans tous les cas. Les éléments ont pactisé avec nous, et le tout n’aboutit qu’à la destruction. ”
