“ Hélène se tourna tout d'un coup, prise d'une inquiétude instinctive. —Tu n'es pas malade, Jeanne? demanda-t-elle. L'enfant, très-blanche, les yeux humides, comme emportée dans le torrent d'amour des litanies, contemplait l'autel, voyait les roses se multiplier et tomber en pluie. Elle murmura: —Oh! non, maman.... Je t'assure, je suis contente, bien contente.... Puis, elle demanda: —Où donc est mon ami? Elle parlait de l'abbé. Pauline l'apercevait; il était dans une stalle du choeur. Mais il fallut soulever Jeanne. —Ah! je le vois.... Il nous regarde, il fait des petits yeux. ”
Émile Zola
Résumé
"Une page d’amour", publié en 1878 par Émile Zola, est le huitième volume de la série Les Rougon-Macquart, explorant les enjeux de l’hérédité et des passions dévastatrices. L’histoire suit Hélène Mouret, veuve et mère de Jeanne, une enfant fragile dont les crises psychiques révèlent les tensions familiales et les conflits amoureux.
Le roman dépeint une relation tumultueuse entre Hélène et le docteur Deberle, tandis que Jeanne, victime de jalousie et de dépendance affective, meurt de tuberculose, héritage de ses ancêtres. Zola y analyse avec acuité les liens entre génétique, environnement et psychisme, offrant une réflexion nuancée sur les forces destructrices de l’amour et de la honte.
Citations de Une page d’amour (Émile Zola)
“ Un soir, elle eut cette parole cruelle, comme sa mère lui présentait une cuillerée de potion: —Non, ça m'empoisonne. Hélène resta saisie, le coeur traversé d'une douleur aiguë, craignant d'aller au fond de cette parole. —Que dis-tu, mon enfant? demanda-t-elle. Sais-tu bien ce que tu dis?... Les remèdes ne sont jamais bons. Il faut prendre celui-là. Mais Jeanne garda son silence entêté, tournant la tête pour ne pas avaler la potion. À partir de ce jour, elle fut capricieuse, prenant ou ne prenant pas les remèdes, selon son humeur du moment. ”
“ Une exaltation dévote l’avait subitement prise, elle multipliait les signes de croix, elle envoyait des génuflexions au grand lit et à la veilleuse de cristal. Puis, ouvrant la porte qui donnait sur le palier, elle ajouta à l’oreille d’Hélène, d’une voix changée : — Quand vous voudrez, frappez à la cuisine : j’y suis toujours. Hélène, étourdie, regardant derrière elle comme si elle sortait d’un lieu suspect, descendit l’escalier, remonta le passage des Eaux, se retrouva rue Vineuse, sans avoir conscience du chemin parcouru. Là seulement, la dernière phrase de la vieille femme l’étonna. ”
