“ Il ouvrit prudemment les paupières. Le premier objet qu’il aperçut fut son corps vêtu de clair, comme une large avenue. Il le considéra longuement, avec hébétude et méfiance, hésitant à le reconnaître.Devant lui, s’ouvrait sur l’infini un trou de lumière. Il se trouvait face à face avec une force prodigieuse : l’Été qui lui parut recéler l’énigme redoutable du monde.– Il a raison, murmura Huslin.Et lorsque son cerveau eut assimilé cette parole machinale, il se demanda : « Qui, il ?... » « Il, c’est Fauvarque... » répondit la voix grave d’un passant.– Il, c’est Fauvarque, répéta Huslin. ”
Albert Adès
Résumé
"Un Roi tout nu", roman d'Albert Adès, explore les tensions entre création artistique et réalité matérielle à travers les destins de personnages comme Fauvarque, le peintre, et Huslin, son complice ambigu. Les thèmes de l'art, du "carton" symbolisant la superficialité, et des relations humaines complexes s'inscrivent dans un cadre où l'atelier et le jardin deviennent des métaphores de l'âme.
Les dialogues et les réflexions sur l'argent, l'amour et la créativité révèlent une critique subtile de la société. L'œuvre, à travers ses personnages et ses citations percutantes, interroge l'essence de la beauté et la fragilité des illusions.
Citations de Un Roi tout nu (Albert Adès)
“ « Est-ce qu’il l’aurait déjà eue ? » se demanda Huslin en surprenant ce geste. « Pas encore, mais il est temps d’agir. » Son plan était prémédité. Il savait qu’il avait à dire et par quelles voies précises il détournerait de Fauvarque Valentine, avec tout son besoin d’aimer. Il l’attira, l’obligeant à l’écouter.– Vous avez vu les dernières toiles de notre ami, lui souffla-t-il ; regrettez-vous toujours de l’avoir connu ?La pénétration de Huslin était notoire. Valentine ne douta pas qu’il n’eût deviné son amour. Elle se tourna donc de manière à surprendre l’expression de son visage. ”
“ Il leva les yeux. Le ciel s’ouvrit à son regard comme un trou et, une seconde, il eut la sensation d’être enlevé tout droit, de bas en haut, et absorbé par l’infini. La racine de ses cheveux se glaça. Ses pieds étaient déjà loin sur la route.Aux heures de travail, quand un objet vous jaillit des mains, ou, simplement, lorsqu’on cultive son potager, même lorsqu’on enfonce un pieu, à grands coups, pour renforcer la palissade, on a l’illusion d’être l’ami de la terre, l’ami du ciel et des nuages. Mais, ce soir, Fauvarque se sentait étranger. ”
