“ Ce jour-là, Huslin, étendu sur une chaise longue, considérait ses amis et philosophait sur Serpolet, le chat, Toupie, le chien, les chardonnerets perchés sur des branches de rosiers. De plus, il chassait ou écrasait les moustiques selon qu’ils se contentaient de zézayer à ses oreilles, ou sous son nez, ou qu’ils tentaient de s’y introduire. ”
Citations sur “Huslin”
“ Huslin reconnut sa conscience. « Toi, au moins, lui dit-il, tu es juste et incorruptible. Je me présente devant toi avec mon crime ! Prononce ton verdict, j’obéirai... » Alors, sa conscience parla :– Je te pardonne !... Je t’absous ! il n’y a pas de crime !... tu n’es pas coupable !... tu es bon !... tu es noble !... tu es grand !... »– Prenez donc un livre, dit Fauvarque, voyant Huslin inoccupé.Huslin prit un Évangile que Renée avait oublié sur la table.VIII Les Gentines arrivèrent les premiers en automobile. ”
“ Mais Huslin qui prévoyait le geste s’était saisi impérieusement de sa main, sous les plis de la robe. Elle ne résista pas. La déception qu’elle venait d’éprouver, à propos de Fauvarque, la remplissait de doutes sur elle-même et la laissait dans une sorte de stupeur. Ses yeux s’étaient portés, plusieurs fois, timidement, sur Fauvarque. Elle voyait une statue de bronze dans le couloir froid d’un musée, et son amour qui n’était pas mort, vide de toute son énergie, demeurait chancelant et perplexe. L’étreinte de Huslin lui rendit son assurance et fit naître un calcul dans son cœur. ”
“ Huslin se dressa, les mains levées, raidies en griffes. Il s’avança vers Fauvarque, lui prit les bras, les serra avec amertume, mais sans force. Fauvarque, les mains dans les poches, riant, se laissait faire.– Je ne suis pas fou, balbutia Huslin. Si vous avez comploté contre moi, c’est vers la vérité que vous m’avez poussé. Soyez confondu, Fauvarque : j’ai une âme de bonté qui m’emplit d’adoration pour moi-même.– Vous êtes un méchant homme, répondit sévèrement Fauvarque. Autrefois, vous aviez, je crois, du génie, vous étiez sensible et vous tendiez vers le beau. ”
“ Le dos couvert d’une pèlerine, debout sur un escabeau, le malheureux bachelier ès droit peignait la grille du jardin en un beau vert sombre. Le réconfort de Huslin fut si brusque qu’il se prit à replier machinalement le rideau de fer avec un sourire béat. Mais il découvrit soudain Fauvarque devant une toile qui dissimulait le milieu de son corps. Ce spectacle le rendit soupçonneux : « Il a une mine étrange », se dit-il. Que signifie ce chapeau de feutre noir qu’il s’est enfoncé jusqu’aux sourcils ? Et quelle ardeur, quel biceps ! Il manie le pinceau avec une fougue bien extraordinaire... ”
“ Elle dit cela en souriant, mais Huslin fit à cet aveu un accueil grave.– Dans ce cas, remarqua-t-il, vous ne connaissez de lui qu’une apparence. C’est assez triste. Non seulement un mari fermé ne s’épanche pas, mais on ne peut pas davantage s’épancher en lui. Il suspecte les confidences. Il n’en veut pas. Il lui suffit d’avoir l’image que vous êtes, contre l’image qu’il est lui-même... Voulez-vous que je lui parle ?– Vous voulez parler à Potteau ? ”
“ Mais je vengerai Huslin. » Renée regardait Potteau, mesurait sa grosse tête, ses membres pesants. « Tu bois du lait, toi, tu voudrais en faire autant, mais tu n’as même pas le courage de Fauvarque. » Près de la porte, Berthe s’écrasait contre le mur. Elle aimait tous ces « beaux messieurs » et pleurait du mal qu’ils s’infligeaient mutuellement.Fauvarque n’entendait ni ne voyait personne. Il rentra dans l’atelier, prit une brosse, se campa devant la fresque en cours et peignit dans un délire joyeux.XIV Huslin partit le jour même. ”
“ La passion chez Huslin n’était pas véhémente. Elle avait, par contre, une intensité rare. Calmement, sans que fût troublé son masque pâle et sans presque remuer les lèvres, il exprimait des sentiments démesurés où se mêlaient de la cruauté, de la pitié, du sang.Lors des promenades quotidiennes dont ils avaient pris l’habitude depuis le départ des Fauvarque, il s’imposait à Valentine par une lente suggestion.– Mon but, lui disait-il, est de vous doter d’une sensibilité. Après, vous serez mienne. Et l’amour vous élèvera à une pureté immaculée. ”
“ Mais ce matin, pris de méfiance, Huslin se demandait : « Est-ce bien ? Est-ce mal ? À supposer qu’il y ait dans ces œuvres un génie qui se révélera peu à peu, un homme a-t-il le droit de se risquer à de tels jeux quand la maison est vide ? Lui-même m’a avoué que Demons ne venait plus... » Les yeux au plafond, le bras replié sous sa tête, il plaignit Jeanne, chercha le moyen de venir en aide à Fauvarque. ”
“ La coupe immense du ciel versait l’eau sacrée pour le baptême de la terre. Il y eut de grands cercles d’oiseaux, des chants joyeux, de soudains épanouissements de fleurs éclatantes au-dessus de terres fraîchement arrosées. « C’est une naissance, une naissance. » – « C’est vrai, j’ai trente-trois ans, c’est vrai... », pensa Huslin. Voyant, de nouveau, que Fauvarque riait, il lui demanda :– Pourquoi riez-vous ?L’autre, pour toute réponse, continua de rire. ”
“ Prenez-la, vous, cette fameuse fresque et donnez-moi les deux billets, riposta Lavoine.– Ils sont comme moi, eux, ils n’ont pas d’argent ! dit Fauvarque.– Je vois, ils n’ont jamais d’argent ceux qui vous font des compliments.– Assez ! taisez-vous ! ne riez pas en parlant à un homme de génie... à un géant ! vous qui n’êtes rien, hurla Potteau.– Il refuse... il refuse... dit Jeanne avec un éclat de rire sinistre.Tous sentaient au milieu d’eux l’absence de Huslin, le seul qui pût faire un geste utile.Foutrel, plus doux, essaya de gagner Lavoine par la persuasion. ”
“ Les murs et le plafond tendus d’une étoffe noire pointillée d’étoiles blanches, la natte brune qui recouvrait le parquet, les étroites et hautes bibliothèques argentées, une statue d’ébène figurant un dieu nègre au nombril proéminent éveillèrent en elle une méfiance.– Non, non, fit-elle en repoussant Huslin qui cherchait à l’embrasser.En présence de la réalité de l’amour, ce qu’elle avait appelé le rêve, le mystère, la fusion des âmes s’enfuyait et soudain, par réaction, la pensée lui venait que ce n’était point là des choses sérieuses. ”
“ Les Fauvarque et leurs hôtes, bien protégés par des chapeaux de feutre et des pèlerines, firent de longues promenades. L’air mouillé et chargé d’odeurs de terre et de verdure se précipitait dans les poumons, à la façon perverse, étourdissante et délicieuse d’une drogue. Les champs, d’un côté de la route, la forêt de l’autre, prenaient des attitudes suppliciées. Les marronniers et les ormes avaient des balancements rythmés, profonds, empreints de cette gravité commune à la douleur et à la volupté.– On dirait les femmes nues d’un sérail se tordant sous la cravache, dit Huslin. ”
“ Il était gris des images auxquelles il venait de demander la volupté et il avait appelé cette femme sans désir. Mais à mesure qu’elle s’approchait, elle semblait entrer dans un cercle embrasé, s’animer, se charger des désirs de Huslin. Il l’attira contre lui. Quand il l’eut étreinte dans ses bras, il lui vint l’intuition vague que ce corps tangible mais souple, brûlant, malléable comme une création de l’esprit, était surgi de sa fièvre et des excès de son amour. ”
Erckman-Chatrian, Le Fou Yégof, épisode de l’invasion…
“ Que vous faut-il ? Un homme sûr, n’est-ce pas ? un soldat, un homme qui ait fait la guerre, et qui sache profiter de nos positions... Eh bien ! pourquoi ne choisissez-vous pas Hullin ? En est-il un seul qui puisse trouver mieux ? Qu’il parle tout de suite et l’on décidera. Moi, je propose Jean-Claude Hullin. Hé ! là-bas ! entendez-vous ? Si cela continue, les Autrichiens seront ici avant qu’on ait un chef. — Oui, oui, Hullin ! s’écrièrent Labarbe, Divès, Jérôme et plusieurs autres. Voyons, qu’on vote pour ou contre ! ”
Émile Gaboriau,
Le 13e Hussards, types, profils…
“ C’est à un brigadier-fourrier que le régiment doit la fameuse chanson du 13e, chantée un soir de gala, à la table même du colonel. Le sabre au flanc, traînant la sabretache, Leste et fringant, le regard séducteur, C’est le Hussard. Aux crocs de sa moustache De la beauté toujours s’est pris le cœur. Sonne l’appel, pour l’amour, pour la gloire, Il ne connaît ni périls, ni hasards. Faut-il se battre, aimer, ou faut-il boire, A nous l’pompon, au treizième hussards! De l’enfoncer, c’est en vain qu’on espère. ”
Alexandre Chatrian,
Romans nationaux
(1865)
“ Au fond de la vallée des Bouleaux, à deux portées de fusil du village des Charmes, sur la gauche, la petite troupe se mit à gravir lentement le sentier du vieux burg. Hullin, se rappelant qu'il avait suivi le même chemin, lorsqu'il était allé acheter de la poudre à Marc Divès, ne put se défendre d'une tristesse profonde. Alors, malgré son voyage à Phalsbourg, malgré le spectacle des blessés de Hanau et de Leipzig, malgré le récit du vieux sergent, il ne désespérait de rien; il conservait toute son énergie, et ne doutait pas du succès de la défense. ”
Joris-Karl Huysmans,
En rade
(1887)
“ Dis-y donc au neveu, François, combien qu'il a fallu d'hommes pour faire vêler la vache à Constant ? – Oh, Monsieur, fit le berger, en se tournant vers Jacques, il en a fallu huit, et des hommes qu'avaient du sang, allez ! – ah ! je peux dire que j'ai été outré de sueur, ce jour-là ! Oui, mon cher Monsieur, j'ai dû, sauf votre respect, enfoncer mon bras dans le trou du cul de la bête, pour y tournibuler le veau et le faire descendre par la naissance ; et, c'est pas pour dire, mais il y a là, comme séparation, une peau qu'est ben vétilleuse ! ”
Joris-Karl Huysmans,
En rade
(1887)
“ Tiens, bois, fit-elle, à la vache qui avala, en deux coups de langue, la purée de ses pis. – Pour un beau veau, c'est un beau veau, dit le berger, en étanchant ses doigts avec un bouchon de paille ; la tante Norine demeurait en extase, les mains tombées sur le ventre et jointes. La vache se remit à mugir. – Ah çà, t'as pas fini de gueuler comme ça, chameau ! clama Norine. – Fous-y donc sur le museau, à cette carne-là ! reprit l'oncle qui s'essuyait le front d'un revers de manche. ”
Victor Barrucand, La Vie véritable du citoyen Jean Rossignol
“ Ils levèrent la séance et se formèrent par bataillons. Je revins à mon poste où je trouvai dix mille hommes au moins rassemblés et qui disaient : « Il faut qu’ils viennent à Versailles et qu’ils marchent en tête. » Hullin était alors rentré et parlait au peuple. Il avait beaucoup d’organe et se faisait très bien comprendre, mais tout ce qu’il pouvait leur dire ne les faisait point changer d’avis : il fallut marcher. ”
Théophile Anger,
Notes de guerre, de Théophile Anger…
(1914)
“ Il y a dans le bourg un va et vient incessant et une grande confusion. Là, je recontre Pamard, Terrillon, etc. avec leur ambulance. Vers le soir arrivent quelques blessés, qui nous viennent des environs de Buzancy où a eu lieu un engagement entre des hussards français et les hulans. Nous installons ces nommes chez les sœurs et les pansons,. Le Capitaine de hussards (brigade de Bernis) raconte qu'envoyé en reconnaissance vers Buzancy, il a été attaqué soudainement par les Prussiens qui se trouvaient sous bois, avec de l'artillerie. ”
Victor Dupuy, Souvenirs militaires de Victor Dupuy… (1892)
“ Le colonel Franceschi, qui commandait le 8e de hussards, arrivant sur le terrain, accourut vers moi et me dit : « Eh! bien, maréchal des logis chef! est-ce que les chasseurs ne savent pas charger comme les hussards? Oh! que si. colonel! lui fis-je, vous l'allez voir ! » Et en même temps, piqué du reproche, je m'écriai : « En avant, chasseurs du 11e! ». Je m'élançai avec eux et, dépassant les hussards, refoulant les tirailleurs ennemis, nous déchargeons nos pistolets à vingt pas de distance des hulans rangés en bataille ! Ils s'ébranlent alors la lance basse et nous chargent avec impétuosité. ”
Charles Joliet,
Les trois hulans : odyssée du capitaine Karl Siffer
(1872)
“ Il n'y a pas de hulans. Je bats la campagne depuis trois mois avec le quatrième escadron des hussards, et jamais je n'en ai vu un. Il n'y a pas de hulans. Le hula'n est un préjugé du premier Empire, qui date de 1806. A cette époque, il y en avait peut-être quelques échantillons ; mais, depuis Wœrth, le quatrième escadron n'en a jamais tenu un à portée de carabine. Il faut qu'on ait inventé cet animal fantastique, qu'on appelle un hulan, pour éreinter les hussards. Je pars ce matin à trois heures, rendez-vous à midi au carrefour du Roi ”
“ Le lendemain, dès l’aube, vers les quatre heures, un coup de poing culbuta dans la chambre le battant de la porte. Réveillés en sursaut, Jacques et Louise virent, effarés, devant eux, l’oncle Antoine debout, dans une latrinière exhalaison de purin tiède. — Mon neveu, fit-il, la bouteille passe ! — Quelle bouteille ? — Eh pardi, celle de la bête ! Que je vous dise. Norine a couru vers le village chercher le berger ; moi, je peux pas être partout à la fois et j’ai crainte que la Lizarde, elle ne vêle, avant qu’ils aient monté la côte. ”
Alexandre Chatrian,
Romans nationaux
(1865)
“ Le premier de ces hussards, la figure toute rouge, allongea d'abord un coup de sabre sur l'oreille de mon pauvre camarade, en jurant comme un possédé ; et comme il relevait le bras pour l'achever, je lui enfonçai ma baïonnette dans le côté de toutes mes forces. Mais en même temps, l'autre hussard me donnait sur l'épaule un coup qui m'aurait fendu en deux sans l'épaulette ; il allait me percer, si par bonheur un coup de fusil d'en haut ne lui avait cassé la tête. Je regardai, et je vis un de nos soldats enfoncé dans la terre glaise jusqu'à mi-jambes. ”
Alexandre Chatrian,
Romans nationaux
(1865)
“ Hullin avait établi son quartier général dans la grande salle du rez-de-chaussée, à droite de la grange, faisant face à Framont; de l'autre côté de l'allée se trouvait l'ambulance ; audessus habitaient les gens de la ferme. Quoique la nuit fût très-calme et parsemée d'étoiles innombrables , le froid était si vif, qu'il y avait près d'un pouce de givre sur les vitres. Au dehors, on entendait le « qui vive? » des sentinelles, le passage, des rondes, et sur les cimes d'alentour, les hurlements des loups qui suivaient nos armées par centaines depuis 1812. ”
Erckman-Chatrian, Le Fou Yégof, épisode de l’invasion…
“ Bois aussi, Jean-Claude ! Hullin but, puis la vieille. — Maintenant tout est dit, s’écria Divès ; mais écoute, Hullin, il ne faut pas croire que ce sera facile de se mettre en travers ; tous les braconniers, tous les ségares [2] , tous les schlitteurs, tous les bûcherons de la montagne ne seront pas de trop. J’arrive de l’autre côté du Rhin. Il y en a... des Russes, des Autrichiens, des Bavarois, des Prussiens, des Cosaques, des houzards, il y en a ! La terre en est toute noire. Les villages ne peuvent pas les tenir. ”
George Sand,
Jean Ziska: épisode de la guerre des Hussites
“ Il ne paraît pas que tous ces docteurs hérétiques sortis des rangs du peuple aient tenu à leurs noms de famille, mais beaucoup à leur nom de baptême et à celui de leur village. Jean Huss prit le sien de Hussinetz, où il était né. Je prierai mes lectrices de faire attention, en lisant l'histoire de ces siècles, à la prodigieuse quantité de théologiens célèbres dans l'Eglise ou dans l'hérésie qui portent le prénom de Jean. À l'époque de la prédication du joannisme et de la dévotion à l'évangile de saint Jean, ce n'est pas un fait indifférent. ”
“ D’un ton solennel, mais d’une voix clignotante il dit : « Hoc est enim corpus meum », puis, au lieu de s’agenouiller, après la consécration, devant le précieux corps, il fit face aux assistants et il apparut, tuméfié, hagard, ruisselant de sueur. Il titubait entre les deux enfants de chœur qui, relevant la chasuble, montrèrent son ventre nu, le tinrent, tandis que l’hostie, qu’il ramenait devant lui, sautait, atteinte et souillée, sur les marches. ”
