“ Jeanne, enfin, balbutia:— As-tu été heureuse au moins?Et Rosalie, hésitant dans la crainte de réveiller quelque souvenir trop douloureux, bégayait:— Mais... oui..., oui..., madame. J'ai pas trop à me plaindre, j'ai été plus heureuse que vous... pour sûr. Il n'y a qu'une chose qui m'a toujours gâté le coeur, c'est de ne pas être restée ici...Puis elle se tut brusquement, saisie d'avoir touché à cela sans y songer. Mais Jeanne reprit avec douceur:— Que veux-tu, ma fille, on ne fait pas toujours ce qu'on veut. ”
Guy de Maupassant
Résumé
"Une vie", premier roman de Guy de Maupassant, publié en 1883, suit le parcours tragique de Jeanne Le Perthuis des Vauds, une aristocrate normande dont l'existence est marquée par l'amour, la trahison et la solitude. À travers ses mariages, ses enfants et ses relations tendues, l'œuvre examine les fragilités humaines, les déceptions conjugales et les effets des normes sociales.
Le récit, caractérisé par une analyse psychologique des personnages, dépeint une femme rongée par la déception et la solitude, oscillant entre l'espoir et la résignation. Publié initialement en feuilleton, ce roman demeure une œuvre majeure de la littérature réaliste du XIXe siècle.
Citations de Une vie (Guy de Maupassant)
“ Le soleil montait, comme pour considérer de plus haut la vaste mer étendue sous lui; mais elle eut comme une coquetterie et s'enveloppa d'une brume légère qui la voilait à ses rayons. C'était un brouillard transparent, très bas, doré, qui ne cachait rien, mais rendait les lointains plus doux. L'astre dardait ses flammes, faisait fondre cette nuée brillante; et lorsqu'il fut dans toute sa force, la buée s'évapora, disparut; et la mer, lisse comme une glace, se mit à miroiter dans la lumière.Jeanne, tout émue, murmura:— Comme c'est beau!Le vicomte répondit:— Oh! oui, c'est beau! ”
Guy de Maupassant,
Une vie
(1883)
“ « Mais c’est votre mari... vous aussi... » Et il s’enfuit du côté de la mer. Jeanne courut pour l’arrêter, l’appelant, l’implorant, le cœur crispé de terreur, pensant : « Il sait tout ! que va-t-il faire ? Oh ! pourvu qu’il ne les trouve point ! » Mais elle ne le pouvait atteindre, et il ne l’écoutait pas. Il allait devant lui sans hésiter, sûr de son but. Il franchit le fossé, puis enjambant les joncs marins à pas de géant, il gagna la falaise. Jeanne, debout sur le talus planté d’arbres, le suivit longtemps des yeux ; puis, le perdant de vue, elle rentra, torturée d’angoisse. ”
