“ Il faut vivre, vivre tout entier, vivre toute la vie, et plutôt la souffrance, la souffrance seule, que ce renoncement, cette mort à ce qu’on a de vivant et d’humain en soi ! M. Bellombre s’était levé, et il suivait une allée de son jardin, à petits pas paisibles. Alors, Clotilde, qui le regardait toujours, silencieuse, dit enfin : — Il y a pourtant la joie du renoncement. Renoncer, ne pas vivre, se garder pour le mystère, cela n’a-t-il pas été tout le grand bonheur des saints ? — S’ils n’ont pas vécu, cria Pascal, ils ne peuvent pas être des saints. ”
Émile Zola
Résumé
Le Docteur Pascal, vingtième et dernier volume de la série Les Rougon-Macquart d’Émile Zola, publié en 1893, termine l’œuvre du naturaliste en abordant les thèmes de l’hérédité, de la science et des conflits moraux. Pascal Rougon, médecin passionné par l’étude de sa famille, combat les forces obscurantistes incarnées par sa mère Félicité et sa nièce Clotilde, dans un huis clos tendu par des secrets génétiques et une relation incestueuse.
À travers cette quête de vérité scientifique et la chute de ses héritiers, Zola évoque la tension entre progrès et tradition, avant de conclure par la naissance de l’enfant de Pascal et Clotilde, symbole de l’indomable vitalité de la vie.
Citations de Le Docteur Pascal (Émile Zola)
“ Un savant qui enseignerait au monde un peu de la vérité éternelle, un capitaine qui apporterait de la gloire à son pays, ou mieux encore un de ces pasteurs de peuple qui apaisent les passions et font régner la justice? Elle le voyait très beau, très bon, très puissant. Et c'était le rêve de toutes les mères, la certitude d'être accouchée du messie attendu; et il y avait là, dans cet espoir, dans cette croyance obstinée de chaque mère au triomphe certain de son enfant, l'espoir même qui fait la vie, la croyance qui donne à l'humanité la force sans cesse renaissante de vivre encore. ”
“ Nana, dès lors, devenait la revanche, la fille poussée sur l'ordure sociale des faubourgs, la mouche d'or envolée des pourritures d'en bas, qu'on tolère et qu'on cache, emportant dans la vibration de ses ailes le ferment de destruction, remontant et pourrissant l'aristocratie, empoisonnant les hommes rien qu'à se poser sur eux, au fond des palais où elle entrait par les fenêtres, toute une oeuvre inconsciente de ruine et de mort, la flambée stoïque de Vandeuvres, la mélancolie de Foucarmont courant les mers de la Chine, le désastre de Steiner réduit à vivre en honnête homme, l'imbécillité satisfaite de La Faloise, et le tragique effondrement des Muffat, et le blanc cadavre de Georges, veillé par Philippe, sorti la veille de prison, une telle contagion dans l'air empesté de l'époque, qu'elle-même se décomposait et crevait de la petite vérole noire, prise au lit de mort de son fils Louiset, tandis que, sous ses fenêtres, Paris passait, ivre, frappé de la folie de la guerre, se ruant à l'écroulement de tout. Enfin, c'était Jean Macquart, l'ouvrier et le soldat redevenu paysan, aux prises avec la terre dure qui fait payer chaque grain de blé d'une goutte de sueur, en lutte surtout avec le peuple des campagnes, que l'âpre désir, la longue et rude conquête du sol brûle du besoin sans cesse irrité de la possession, les Fouan vieillis cédant leurs champs comme ils céderaient de leur chair, les Buteau exaspérés, allant jusqu'au parricide pour hâter l'héritage d'une pièce de luzerne, la Françoise têtue mourant d'un coup de faux, sans parler, sans vouloir qu'une motte sorte de la famille, tout ce drame des simples et des instinctifs à peine dégagés de la sauvagerie ancienne, toute cette salissure humaine sur la terre grande, qui seule demeure l'immortelle, la mère d'où l'on sort et où l'on retourne, elle qu'on aime jusqu'au crime, qui refait continuellement de la vie pour son but ignoré, même avec la misère et l'abomination des êtres. ”
