“ Mourir tous avec le père, les trois grands fils et elle-même, c’était son vœu ardent, pour qu’il n’y eût pas de larmes. Et elle attendait, elle attendait, avec son frisson invincible, avec ses yeux clairs et braves, fixés là-bas. — Mère-Grand, Mère-Grand ! dit Marie éperdue, vous nous épouvantez, à ne pas nous répondre, à regarder au loin, comme si quelque malheur arrivait au galop ! Et, soudainement, Thomas, François et Antoine eurent le même cri, dans la même angoisse de leur cœur. — Le père est en péril, le père va mourir ! ”
Émile Zola
Résumé
Émile Zola, dans Paris (1871), troisième volume de la série Les Rougon-Macquart, explore les conflits familiaux et existentiels à travers la tragédie des frères Guillaume et Pierre, prêtres en crise spirituelle. L’œuvre, marquée par des dialogues touchants et des thèmes tels que la tendresse, la réconciliation et la résistance au nihilisme, dépeint un Paris industriel où les personnages affrontent leur destin.
Les passages choisis révèlent des luttes intérieures et des relations déchirées, notamment autour de la figure de l’abbé Rose et de celle de la mère. Le texte, organisé en récits de douleur et d’espoir, se termine par une tentative de rapprochement fraternel, symbolisant l’ultime effort pour redonner un sens à la vie.
Citations de Paris (Émile Zola)
“ Ah! que je voudrais te croire, tenter la guérison! Déjà, c'est vrai, un vague réveil s'est fait en moi. Mais revivre, non! je ne le pourrai, le prêtre que je suis est mort, un sépulcre vide.Un tel sanglot le brisa, que Guillaume, éperdu, fut gagné par ses larmes. Les deux frères, aux bras l'un de l'autre, étroitement serrés, pleurèrent sans fin, le cœur noyé d'un attendrissement immense, dans cette maison de leur jeunesse, où le père et la mère revenaient et rôdaient, en attendant que leurs chères ombres fussent réconciliées, rendues à la paix de la terre. ”
“ Pourquoi ?... Tu vas rester avec nous. Rien n’est plus simple, tu aimes Marie, et elle t’aime. Je te la donne. Il eut un grand cri, il leva ses mains éperdues, dans un geste de ravissement épouvanté. — Tu me donnes Marie, toi, frère ! toi qui l’attends depuis des mois, toi qui l’adores !... Oh ! non, oh ! non, cela m’écraserait trop, cela me terrifierait, vois-tu, comme si tu me donnais ton cœur lui-même, ton cœur saignant, arraché de ta poitrine... Non, non ! je ne veux pas de ton sacrifice. ”
