“ Boccanera n’eut qu’un geste, les deux mains levées, jetées au ciel, dans l’épouvante de ce qu’il savait enfin. Grand Dieu ! un tel crime, une si affreuse méprise, un jeu si abominable du destin ! Aucun cri de douleur ne lui échappa, l’ombre de son visage était devenue farouche et noire. Pourtant, il y eut un cri, un cri éclatant de Benedetta, qui, ainsi que Pierre et don Vigilio, avait d’abord suivi l’acte du cardinal avec un étonnement qui s’était ensuite changé en terreur. — Du poison ! du poison ! ah ! Dario, mon cœur, mon âme ! ”
Émile Zola
Résumé
Émile Zola, dans Rome, examine les tensions entre le catholicisme et l’individualisme à travers les destins de personnages comme Benedetta, Dario et le cardinal Nani. Située dans un contexte italien marqué par la papauté et le Vatican, l’œuvre combine révolte spirituelle et critique sociale, illustrée par des dialogues percutants et des gestes symboliques.
Les thèmes de la foi, de la science et de la domination religieuse s’inscrivent dans un décor où le rêve du pape absolu se heurte à la réalité des fidèles. La structure narrative, à travers des citations percutantes, souligne l’ambiguïté entre idéalisme et décadence.
Citations de Rome (Émile Zola)
“ Vous ne pouvez laisser là le trône, venir par les chemins, avec les humbles, avec les pauvres, pour faire l’œuvre suprême de fraternité. Eh bien ! c’en est fini de vous, de votre Vatican et de votre Saint-Pierre. Tout croule sous l’assaut du peuple qui monte et de la science qui grandit. Vous n’êtes plus, il n’y a plus ici que des décombres. Mais il ne prononça point ces paroles. Il s’inclina et dit : — Saint-Père, je me soumets et je réprouve mon livre. Sa voix tremblait d’un amer dégoût, ses mains ouvertes eurent un geste d’abandon, comme s’il avait lâché son âme. ”
“ On rêve un prophète, un Dieu le Père ! En bas, Giacinta était encore assise sur la caisse à demi défoncée, avec son nourrisson en travers des genoux ; et, à quelques pas, la Pierina, debout devant Dario, le regardait finir sa cigarette, d’un air d’enchantement ; tandis que Tito, rasé dans l’herbe, comme une bête à l’affût, ne les quittait toujours pas des yeux. — Ah ! madame, reprit la mère de sa voix résignée et dolente, vous avez vu, ce n’est guère habitable. La seule bonne chose, c’est qu’on a vraiment de la place. Autrement, il y a des courants d’air, à prendre la mort matin et soir. ”
