“ Puis, à côté, au Prieuré de Malte, le jardin au contraire s’ouvrait sur un horizon immense, à pic au-dessus du Tibre, enfilant le cours du fleuve, les façades et les toitures qui se serraient le long des deux rives, jusqu’au lointain sommet du Janicule. C’étaient toujours, d’ailleurs, dans ces jardins de Rome, les mêmes buis taillés, les eucalyptus au tronc blanc, aux feuilles pâles, longues comme des chevelures, les chênes verts trapus et sombres, les pins géants, les cyprès noirs, des marbres blanchis parmi des touffes de roses, des fontaines bruissantes sous des manteaux de lierre. ”
Janicule
Définition et enjeux
Citations sur “Janicule”
“ En bas, les toits confus du Borgo se noyaient de vapeurs violâtres, pendant que l'horizon, du Janicule au mont Mario, découpait sa ligne nette et noire; et ce fut le ciel qui devint à son tour de pourpre et d'or, un calme infini de clarté surhumaine, au-dessus de la terre qui s'anéantissait. Enfin, les fenêtres s'éteignirent, le ciel s'éteignit, il ne resta que la rondeur du dôme de Saint-Pierre, vague, de plus en plus effacée, dans la nuit envahissante. ”
A. Geffroy, L’Histoire monumentale de Rome et la première renaissance
“ Les habitations s’y multiplièrent promptement ; une des plus anciennes hôtelleries de Rome, l’Albergo del Sole, où descendaient à la fin du XVe siècle les plus nobles voyageurs, y subsiste encore de nos jours. De la même époque datent le palais Capranica, un des plus curieux spécimens de la fin de l’architecture gothique à Rome, l’église Sant’Onofrio du Janicule, sur l’autre rive du Tibre, et bien d’autres édifices. ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ C’est là d’ailleurs une des infinies prévoyances de Dieu, que la modération dans le vice soit impossible ; et voilà pourquoi le vice, comme la gloire, est chose passagère et périssable. Ainsi, la malheureuse, elle aussi, après ses triomphes, elle eut son Waterloo et son île Sainte-Hélène sur les hauteurs de la rue Saint-Jacques. Oh ! les malheureuses ! il leur faut si peu de chose pour être vaincues ! une ride légère, une dent qui se noircit, quelques cheveux qui tombent, cette raison du maître qui leur dit, comme dans Juvénal : — Ton nez me déplaît : displicuit nasus tuus ! ”
Jules Janin,
Contes, nouvelles et récits
“ Aujourd’hui même on lui présente M. Romain, roi de la fête, et vous vous présenteriez vous-même en disant qui vous êtes ; Jolibois, le factotum, vous jetterait la porte au nez. Vous connaissez Mme de Saint-Géran ? — Je ne lui ai jamais parlé ; encore ce matin, avant dix heures, je ne l’avais jamais vue. Il faut cependant que vous y veniez dîner avec moi ; et, comme une difficulté de plus ajoute aux ardeurs d’une grande âme, nous aurons soin d’entrer les derniers, quand les convives seront au grand complot. ”
Léon Cladel,
Le Bouscassié : oeuvres de Léon Cladel
(1881)
“ « Il y a du pour et du contre » avait enfin prononcé le mage ; il y a du pour et du contre, ce qui voulait dire à coup sûr : tes peines ne sont pas finies, et tu en auras encore bien d'autres, pauvre malheureux!. O Janille! Janille! Elle allait venir au bois, il la verrait, lui, Guillaume, avant le coucher du soleil, il pleurerait avec elle, il l'embrasserait encore une fois : il l'embrasserait comme du pain, et puis. elle s'en irait, reviendrait à Sainte-Livrade. Et se reverraient-ils jamais, eux deux ? ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ J’étais mort depuis une heure, quand mon digne capitaine coupa la corde de la potence. Lorsque je revins à moi, mes yeux rencontrèrent le bienveillant regard d’une femme qui, penchée sur moi, me rendait mon âme.... une âme plus pure et plus forte. Cette femme avait la voix italienne, une grâce italienne, le doux parler, le vif regard, toutes les perfections d’une Italienne. Je crus un instant que je sortais du tombeau et que la madone de saint Raphaël me recevait dans ses bras. Voilà, seigneur, mon histoire de bandit ; j’ai promis à ma douce Maria de devenir un honnête homme, si je le pouvais ”
François-Marie Luzel,
Légendes chrétiennes
“ En voyant cela, Jannig eut une drôle d’idée. Il souhaita que sa marâtre et son moine fussent couplés, comme les bœufs, et attachés sous le même joug ; ce qui fut fût aussitôt. La danse tourbillonnait toujours de plus belle, et le moine et la marâtre, avec leur joug, lancés à travers la foule, renversaient et blessaient beaucoup de monde, et l’on criait sur de tous côtés : — À mort ! à la potence ces méchants ! ”
Jules Janin,
Contes, nouvelles et récits
“ Il ne s’agit pas de donner de bouche, il faut que la volonté y soit tout entière. Attendons ! Comme il disait ces mots, le diable et le bailli virent accourir du milieu des feuillées une douzaine de charbonniers, qui, voyant le porc allant de leur côté, poussèrent des cris de joie : — Ah ! mon Dieu ! disaient-ils, ami Jean, où donc as-tu trouvé tant de provende ? Et les voilà entourant la bête et son guide. Ils ne contenaient pas leur joie ; ils dansaient en rond et chantaient : Ami pourceau ! quelle fête et quel bonheur ! Nous mangerons ton sang, nous mangerons ta chair ! ”
Fabliaux et Contes du Moyen Âge
“ De tout temps ce mariage lui avait paru suspect, et il s’était toujours douté que tôt ou tard le marquis, quand il serait las de sa fille, la lui renverrait. Le vieillard l’embrassa tendrement et sans témoigner ni courroux ni douleur ; il remercia les dames et les chevaliers qui l’avaient accompagnée, et les exhorta à bien aimer leur seigneur et à le servir loyalement. Imaginez quel chagrin ressentait intérieurement le bon Janicola, quand il songeait que sa fille, après un si long temps de plaisirs et d’abondance, allait, le reste de sa vie, manquer de tout ”
Raoul de Navery,
La fille du roi Dagobert
(1879)
“ Sans doute, notre situation est terrible ; mais nous n'avons pas encore le droit de désespérer. Celui qui nous enseigna à demander notre pain quotidien nous a promis de nous traiter en père. Écoute, Janicet, depuis quelque temps le chagrin qui te ronge te fait oublier Dieu ; tu pries moins avec nous, et ton coeur n'est pas toujours d'accord avec tes lèvres. Le souvenir de notre misère hante ta pensée, tu ne te jettes pas dans les bras du Sauveur avec assez de confiance. ”
“ Et alors le vieux courtisan, qui ne s’étonnait de rien, s’arrêta indécis ; il allait même se retirer quand tout à coup la comtesse, sortant de sa rêverie, leva la tête et regarda son père comme si elle eût été réveillée en sursaut. Elle était d’une pâleur effrayante, son œil était sec, sa bouche était fermée, ses deux mains se contractaient horriblement. Un autre homme, moins heureux que M. le maréchal de Richelieu, à voir ce visage tendu et ce beau front tout couvert de nuages, et cette pâleur horrible, eût compris que c’était là une femme blessée au cœur ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
(1861)
“ J'avais cru que ces derniers moments seraient pleins de rage et d'horreur, et je n'éprouvais ni rage ni horreur, mais seulement une faiblesse nauséabonde, comme si le cœur me manquait et comme si la planche même sur laquelle j'étais se dérobait sous moi. Je chancelais. Je ne pus que faire signe au vieillard à cheveux blancs de me laisser; quelqu'un intervint, qui le renvoya. On acheva de m'attacher les bras et les mains. J'entendis un officier dire à demi-voix à l'aumônier : Tout est prêt! Comme nous sortions, un des hommes en noir porta un verre d'eau à mes lèvres, mais je ne pus avaler. ”
Jules Janin,
Contes, nouvelles et récits
“ L’enfant t’appelle, il a soif, il a faim, et je ne puis que le bercer. La jeune mère, à l’instant même, jetant son fardeau, découvrit sa mamelle et le montra à l’enfant, qui se prit à sourire. — Ah ! je te plains, dit le démon à son compagnon ; tu vois que j’y mettais de la bonne volonté, mais tu ne saurais soutenir que la vieille m’ait donné son petit enfant de bonne grâce. Allons, courage ! et cherchons autre chose. Nous avons encore du chemin à faire avant d’arriver à tes besognes. ”
Jules Gabriel Janin,
L'âne mort
“ Pourtant, la malheureuse! elle l'avait tant prié de venir la voir et de la retirer lui-même de cette misère où il l'avait plongée! Mais il n'était pas venu:—Et sans vous, Monsieur, je serais morte de froid et de honte sur cette borne. Ainsi elle parlait, et d'une voix si douce! et elle jetait sur moi un si touchant regard! Pauvre femme! si chaste et si souillée! si honnête et si perdue! faite tout exprès pour les douces joies domestiques, et passant sa lune de miel à l'hôpital! Nous avancions; à chaque rue nouvelle elle devenait plus triste. ”
“ Comme ce pauvre cœur se soulevait dans cette petite poitrine ! Comme ces cheveux blonds tout bouclés se dressaient d’effroi et retombaient tremblans et tout raides sur ce front pale et jauni ! Comme tout entier le pauvre petit Julien succombe sous le souffle empoisonné du marquis de Sade ! comme il retirait en ployant en deux son corps si frêle pour n’être pas touché par cette lueur pestilentielle ! Quels frissons ! quel effroi ! Hélas ! une nuit de cette lecture l’avait vieilli de vingt ans. Je le vois encore arriver au second repas du matin. — Est-ce toi, Julien ? ”
Jules Janin,
Les Chants du soir, par Chéri Pauffin…
(1844)
“ J'aurais gémi sans elle autrement, dans ce monde; On ne saura jamais, o marâtre inféconde , Nature, tout le mal que peut faire un tombeau ! Sans une mère, enfin, à quoi sert un berceau? Ce berceau fut placé dans le premier étage ; Marie, en me couchant, me disait : Soyez sage, Puis elle me baisa. Mon cher petit duvet, J'étais sauvé, l'amour était à mon chevet. Pétulant, au matin, quand je vis la lumière, Je vins près de l'aïeule. As-tu fait ta prière ? –Non, je songeais à vous.–Enfant, moi, c'est trop peu: Avant tout, mon cher fils, il faut penser à Dieu. ”
Eugène Le Roy,
L’Ennemi de la mort
“ Depuis sa maladie, elle se considérait comme la chose de celui qui l’avait sauvée : elle ne souffrait pas qu’un autre homme eût pour elle des attentions. Les regards amoureux de Jannic lui semblaient voler celui qu’elle se complaisait toujours à nommer son maître, comme pour constater qu’elle lui appartenait. Dès le temps où, petite fillette, elle venait au Désert à califourchon sur l’ânesse du moulin, elle admirait naïvement Daniel. ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ Le soir venu, à l’heure où jadis elle recevait à sa table tous les amours empressés à lui plaire, le même geôlier silencieux lui jetait un morceau de pain par le guichet de sa prison ; elle mangeait lentement son pain noir, levant les yeux vers le soupirail où la nuit commençait à descendre sur les quatre heures, et, pensant déjà à la longueur de cette nuit nouvelle, elle restait dans une extase pénible, les yeux mouillés de pleurs, la bouche à moitié pleine, laissant tomber sur la terre humide le reste de ce pain si dur. Quelle lente agonie ! quelle profonde solitude ! quel néant ! ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ Alors l’homme se dressa de toute sa hauteur, il repoussa sa barbe sous son menton, il écarta son pied en arrière, il leva les yeux au ciel, puis, ouvrant toutes grandes ses larges narines, il laissa retomber son bras dans sa force et sa liberté. — Le bel homme ! me disais-je, et par un mouvement d’envie. — À présent, lui dis-je, montre-moi un esclave romain, qui va être fouetté pour avoir volé des figues. ”
Jules Janin,
Petits romans d'hier et d'aujourd'hui
(1869)
“ Il a bien fait d'être en perte et de jouer de malheur; il n'eût pas échappé aux embûches de Mlle Victorine, qui, faute de mieux, s'est mise à courir après son digne amoureux, M. de Santis. Et tout est bien qui finit bien. Quant à moi, j'ai la fièvre. Adieu, et je vais me mettre au lit. Portez-vous bien, mes enfants. — L'étrange événement, mon cher docteur. Vous voilà malade, et chaste comme un petit saint Jean. ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ Le jeune Anglais était hors de lui. D’abord, en retrouvant cette frêle et horrible apparence de la vie, il avait poussé un cri de joie ; mais, hélas ! ce dernier bond de la pourriture humaine avait à peine duré une seconde. — Il se précipita sur le cadavre insulté ; il prit sa main, cette main était froide ; il se frotta les yeux comme s’il était tourmenté par un mauvais songe, et il voulut fuir. Je le suivais, je le soutenais. Déjà nous étions à la porte du salon, lorsque se retournant avec un regard menaçant : — Monsieur, dit-il au maître du logis, je reviendrai demain à huit heures ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
(1861)
“ Cet homme, mais peut-on l'appeler un homme? avait été vaincu, aussi bien que moi, par cette beauté sans rivale. Pourtant, une rude écorce enveloppait le cœur de cet amant étrange. Il n'avait guère été plus heureux que la misérable dont il était le gardien. Il était né dans cette prison, dont son père était le geôlier avant lui. Une femme des galères l'avait engendré sous le bâton, et pourtant cet être avorté était venu assez à temps et assez intelligent pour être un geôlier à son tour. ”
Jules Janin,
Circé
(1867)
“ Il ne voyait qu'elle, elle seule : elle était sa vie et son étoile. Il ne songeait qu'à lui plaire ; esclave et demi-dieu tour à tour. Tant qu'elle s'était plu à ses élégies, il en avait composé de toutes sortes : idylles, églogues ou chansons, poëmes voisins de Pindare ou d'Horace, Il allait tantôt dans les champs de Virgile, à l'air libre et dans l'espace enchanté, tantôt dans les bosquets de Tibulle ou dans les labyrinthes ardents de Properce. ”
Théophile Gautier,
Les Jeunes-France
“ Janin, l’aigle et le papillon du Journal des Débats, effondre tous les sophas du dix-huitième siècle sur lesquels il lui prend fantaisie de s’asseoir ; son menton et ses joues débordent de tous côtés et passent par-dessus ses favoris ; l’habit et la redingote trop larges sont des chimères pour lui, et tout spirituel qu’il est, l’on n’oserait pas se hasarder à dire qu’il a plus d’esprit qu’il n’est gros. ”
Jules Janin,
Les Oiseaux bleus, par Jules Janin
(1864)
“ « Mais, mesdames, reprit le comte de SaintGermain, après une pause d'un instant, je m'aperçois que mon vieux récit ne vous touche guère, et je pense qu'il serait bon d'en remettre la fin aux premières vapeurs. » A ces mots, Madame fit un soubresaut. « Comte, dit-elle, je ne sais personne qui soit aussi taquin que vous. Vous voyez bien qu'on vous écoute, et beaucoup mieux que vous ne le méritez. Finissez donc, ou bien pas de cerises ! — Madame, reprit le comte, s'il vous plaisait de m'en octroyer une seule, en avancement d'hoirie, il est sûr et certain que mon récit en irait mieux. » ”
George Sand,
Le Péché de Monsieur Antoine
“ Janille est bonne comme Dieu même, et, par ignorance ou préjugé, cette parfaite amie repousse mes idées d’égalité et veut me persuader que je puis aimer, plaindre et secourir les malheureux sans cesser de les croire d’une nature inférieure à la mienne. ”
“ J’ai bien aimé aussi une jeune femme, Julia, créature plus douce que le dernier chant du cygne, plus tendre que les agneaux du Galèse, plus blanche que les perles de la mer Erythrée. Les femmes qui habitent les bords du Rhin n’ont pas une plus longue chevelure ; elle avait l’haleine suave des roses de Pestum ; de sa peau s’exhalait les vapeurs du safran qu’une main brûlante a froissé. Elle est morte ; et, pendant que son mari comptait les deux cent mille sesterces dont il héritait, je m’écriais : « Plus d’amour, plus de joie, plus de fêtes, plus de bonheur pour toi, Martial ! » ”
Jules Janin,
Circé
(1867)
“ Ah ! c'était bien son même pas lefte et léger; c'était bien le craquement de son soulier neuf ; il reconnaissait le frou-frou de cette robe, où le ruban se marie à la gaze; il était pâle... il brûlait. — O mon Dieu ! la voilà qui s'est assise à sa place accoutumée; elle a posé son pied sur le satin à ses armes, et relevé son jupon jufte à la cheville. Elle met ses gants ; elle prend son flacon... ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
(1841)
“ J'ouvris la porte, la jeune femme était pâle comme la mort; son beau sein , qui n'était plus voilé était haletant; j'entrai le premier; un homme entouré de cartons verts et de papiers nous recut ; il accueillit sa femme comme s'il l'eût vue la veille; pas un mot d'intérêt, pas un sourire, pas un regret, pas une pitié! L'homme horrible ! Il osa encore donner à cette femme un baiser qui me fit peur, car cet homme avait les yeux rouges , ses cheveux tombaient, de larges pustules couvraient son visage! — Ah! malheureuse femme, m'écriai-je en m'approchant d'elle, que venez-vous faire ici? ”
